Attirés tout autant, par les accords de libre-échange avec l’Union Européenne, par ses réserves de phosphates nécessaires à la fabrication des batteries Lithium-Fer-Phosphate (LFP), le Royaume du Maroc a réussi à attirer entre 2023 et 2025 près de la moitié des investissements d’équipementiers et constructeurs automobiles chinois dans la région Moyen Orient et Afrique du Nord devant l’Egypte et l’Algérie selon une note de l’agence BMI Fitch solutions publiée fin Janvier, soit 23 projets sur 45.A noter parmi les prétendants, l’arrivée de la société Gotion High Tech, fabricant de renommée mondiale de batterie lançant un projet de giga-usine à Kenitra de 12,5 milliards de Dirhams, tout comme le démarrage d’une unité de production de matériaux pour batteries à Jorf Lasfar née d’un partenariat entre la société marocaine Al Mada et la groupe Chinois GNCR Advanced Materials.
Parfaitement consciente de l’atout que confère les accords de libre-échange signés par le Royaume du Maroc avec les Etats Unis et l’union Européenne, l’irruption de ces nouveaux venus, fait partie d’une stratégie bien rodée de la part des entreprises chinoises dans le but évident de contourner les barrières tarifaires imposées par Européens et Américains.
Si les véhicules électriques Chinois, les batteries et ses composants importés aux Etats Unis peuvent être taxés jusqu’à 100%, en Europe l’imposition des pièces et véhicules chinois est comprise dans une fourchette oscillante entre 10 et 35%. De ce fait, désormais Pékin et ses fleurons de l’industrie automobile entendent tirer profit de cette porte d’entrée alléchante vers les marchés occidentaux que représente le Royaume du Maroc disposant d’accords de libre-échange historique avec Bruxelles et Washington depuis 2000 et 2006.

Ecosystème industriel aguerri
Il va sans dire que les entreprises chinoises nouvellement installés au Maroc aussi bien en territoire assujetti que dans les zones dites «d’accélération industrielle» autrement dit, les ex zones franches bénéficieront de plein droit des dispositions prévues par l’accord de libre-échange, sous réserve bien entendu que ces entreprises respectent la règle d’origine stipulée dans la convention Pan-Euro-Méditerranée (PEM) qui exige que les composants provenant des pays hors de cette zone ne doivent pas excéder 45% de la valeur des voitures (Prix départ usine).
A préciser que le Maroc faisant partie du top 5 des importateurs dans l’union Européenne avec un flux annuel d’un demi millions de voitures, abrite à Tanger et Kenitra les usines de Renault et Peugeot, avec cette caractéristique d’une main d’œuvre qualifiée, un écosystème industriel bien rodé en mesure de fabriquer la quasi-totalité des composants d’un véhicule, ainsi que des infrastructures connectées permettant d’exporter facilement, notamment via le port de Tanger Med (dans le top 20 mondial des ports à conteneurs).

MINERAIS VALORISANTS
Autre atout pour le Royaume du Maroc, réside dans ses gisements de phosphates évaluées à plus de 70% des réserves planétaires, nécessaires à la fabrication des batteries Lithium, Fer, Phosphate (LFP), une technologie montante (ayant l’avantage d’être l’une des moins chères) pour les voitures électriques et dont la Chine est le premier producteur planétaire. Face à la poignée de nations qui surfent sur la vague des investissement chinois dans les batteries électriques, le Royaume du Maroc profite encore d’un second avantage : ses réserves en minerais essentiels à leur fabrication. A Guemassa, au sud de Marrakech une usine de cobalt est annoncée, de même dans le portefeuille du groupe minier marocain Managem s’ouvre une usine de cuivre à Tiznit.
Selon les projections de BMI Fitch solutions, le Royaume du Maroc pourrait devenir à l’orée de 2030 un HUB de la production mondial de batteries LFP, soutenu par des investissements chinois en majorité, une perspective bien inquiétante pour l’industrie automobile Européenne…
Et Pourtant l’Union Européenne, n’a pas manqué de signer en 2022 un partenariat avec le Maroc visant la neutralité Carbonne en 2050 ; en l’espèce il s’agirait d’un «green deal» destiné à encadrer les investissements Européens liés au développement durable dans le Royaume Chérifien dont la banque Européenne, bras armé de l’opération a signé des accords de financement à hauteur de 740 millions d’euros pour près de 200 millions d’euros sont destinés à renforcer la chaine de valeur dans l’industrie exportatrice de l’automobile principalement.
En dépit de l’intérêt que suscite les potentialités du Maroc en Europe dans le segment de la mobilité électrique, les entreprises chinoises en débarquant avec force et détermination, seront probablement difficiles à contrer, et inverser le rapport de force s’annoncera plutôt laborieux pour le partenaire Européen!

Par Afif KhalladI
Docteur en économie et finances
Paris 1 Panthéon -Sorbonne