A l’instar de tous les grands hôpitaux du royaume, l’hôpital Mohamed V de Tanger suscite également la colère des populations locales.
Depuis quelques années, bien avant le scandale qui a secoué la ville d’Agadir, des vidéos et des photos prises à l’intérieur de l’hôpital régional Mohammed V de Tanger laissent clairement un ressenti amère chez les habitants et les professionnels de santé dans la capitale du Nord.
Révélant un état de santé déplorable, indigne d’un établissement de santé censé être le principal refuge des patients qui y arrivent de toute la région, ces images coïncident avec un débat sur les réseaux sociaux concernant l’état des hôpitaux publics du pays.
Que voit-on sur ces photos? On découvre des scènes choquantes à l’intérieur des structures de santé de l’hôpital, notamment des couloirs sales et des lits vétustes, sans parler de l’absence des normes d’hygiène et d’équipement les plus élémentaires. Les militants locaux estiment que ces images ne révèlent qu’une infime partie de la réalité bien plus sombre que vivent les infrastructures hospitalières depuis des années, compte tenu de l’absence de réformes radicales et de l’accumulation d’irrégularités administratives et de gestion. Ils remettent en question le sort des promesses officielles d’améliorer les services médicaux et d’offrir des conditions de traitement humaines.
Rappelons nous que des rapports récemment soumis au ministère de la Santé par des médecins des hôpitaux locaux de Tanger confirment que la situation sanitaire dans la préfecture de Tanger-Asilah a atteint un niveau critique en raison du manque de nombreux médicaments et fournitures médicales urgentes dans les hôpitaux et les centres de santé, ce qui pourrait exposer les patients à des complications et mettre leur santé en danger. À cela s’ajoute le fonctionnement avec des équipements usés et corrodés, notamment à l’hôpital régional susmentionné. On observe également une grave pénurie d’équipements de protection individuelle pour les travailleurs et de matériel de stérilisation en raison de la mise en œuvre de mesures d’austérité à tous les niveaux.
La pénurie d’équipements et de médicaments, selon les rapports médicaux, entrave le travail des professionnels de santé et complique leurs tâches. Parallèlement à cette pénurie, le secteur privé connaît une croissance constante pour répondre aux besoins d’une minorité, tandis que les habitants des quartiers pauvres et modestes ne bénéficient que d’un secteur de la santé vétuste, inadapté aux besoins et aux capacités du pays, notamment dans les centres de santé manquant de ressources logistiques.
Faut-il indiquer également qu’un rapport officiel du Conseil supérieur des comptes sur l’hôpital régional Mohammed V de Tanger a constaté une série d’irrégularités structurelles et organisationnelles, notamment la faiblesse des mécanismes de gouvernance et de gestion. Le Conseil a constaté l’absence de réunions régulières des comités de gestion et d’administration, ainsi que l’absence de mécanismes de contrôle interne censés garantir l’utilisation rationnelle des ressources humaines et matérielles. Il a également constaté des lacunes dans les services médicaux et une exploitation excessive, soulignant que certains départements et services ne sont pas utilisés à pleine capacité, contrairement à la surpopulation étouffante dans d’autres départements, ce qui reflète une mauvaise répartition des ressources et un manque de planification sanitaire.