Qu’une ville de la taille de Tanger ait son festival de jazz est une bonne chose. Mais est-ce que ce festival est à la taille de Tanger? Là tous les paramètres changent. Explication.
Rappelons le rôle de certains grands festivals internationaux de jazz dans la promotion touristique des villes qui les organisent. Parmi ces derniers citons à titre d’exemple les festivals de jazz de Montreux (Suisse), de Monterry (San Francisco), de Montréal (Canada), de Copenhague (Danemark) ou encore de San Sébastien (Espagne). Chacun de ces événements est suivi par une moyenne de 250.000 amateurs de jazz qui font dans leur majorité un déplacement, habitent un hôtel pendant au moins 3 jours et visitent la ville… en plus bien sûr d’assister aux concerts organisés.
L’organisation d’un festival de jazz aide ainsi à l’animation touristique de la ville qui l’abrite.
Est-ce le cas à Tanger où le festival de jazz vient de célébrer son 21ème anniversaire?
Pour le savoir, ce n’est pas dans les salons du Palais Moylay Hfid qu’on trouve la bonne réponse. Durant les soirées du Tanjazz, ces salons sont pleins à craquer. Mais qui sont ces gens si nombreux à assister à ces soirées de jazz? Ils sont majoritairement de Tanger, en plus de quelques personnes venus de Casablanca et de Rabat.
Dans les salons de certains hôtels, partenaires de ce festival, c’est aussi la foule. Mais les clients sont les mêmes. « Ce ne sont pas des touristes étrangers qui ont fait le déplacement à Tanger pour assister aux concerts du Tanjazz ». C’est la réponse confirmant que ce festival n’a jamais dépassé la limite du petit événement local et que même après 21 ans d’existence, aucun effort n’a été fait pour l’utiliser comme attraction touristique.
Pourtant, le Tanjazz coûte des millions de DH et en rapporte davantage à ses organisateurs.
Durant les premières éditions du festival et lors des conférences de presse ou interviews les présentant, on parlait toujours du « rêve » de voir bientôt des avions charters pleines d’amateurs de jazz de toute l’Europe pour assister à l’événement.
21 ans plus tard, ce rêve n’a toujours pas été réalisé. Et il ne le sera jamais. Pourquoi?
Deux raisons empêchent l’internationalisation de ce festival. D’abord, il n’y a jamais eu des opérations marketing le mettant en valeur comme événement artistique organisé annuellement à Tanger. En effet, dans les salons touristiques tenus en Europe, cet événement a toujours été absent. Représentant diverses associations professionnelles, les délégations qui vont défendre la destination touristique régionale ne parlent jamais de ce rendez-vous annuel. « On nous a toujours ignoré concernant ce point, comme si l’idée est que ce festival reste une affaire privée et que ce n’est pas la peine d’en parler dans les grands salons du tourisme international », indiquent certains responsables.
Certains autres estiment que « même si on en parle, personne ne sera intéressé. Les touristes étrangers préfèrent se déplacer à Tanger pour assister à un festival mettant en valeur la musique et les traditions artistiques locales et pas le jazz. Pour les Espagnols par exemple, venir à Tanger pour assister à un festival des musiques locales, de la gastronomie et des habits traditionnels de la région de Jbala, serait beaucoup plus intéressant que de faire le déplacement à Tanger pour assister à des soirées de jazz ».