Eliminer les chiens ou sanctionner les gens parce qu’ils nourrissent les chats dans la rue n’est pas la solution.
À Tanger, le débat revient chaque été. Les autorités procèdent à des campagnes d’élimination des chiens et chats errants. Des méthodes jugées « sauvages » par les habitants et les associations, et qui ne règlent rien sur le long terme. Une semaine après, les animaux reviennent.
Pourtant, d’autres villes ont choisi une autre voie. Istanbul en est l’exemple le plus connu.

Istanbul: La ville qui a choisi de cohabiter

À Istanbul, les chats ne sont pas un problème. Ils font partie du paysage.
La municipalité a mis en place un système simple mais efficace depuis plus de 10 ans:
1. Stérilisation et vaccination en masse: La mairie capture les animaux, les stérilise, les vaccine contre la rage, les identifie avec une puce et une marque à l’oreille, puis les relâche à l’endroit exact où ils ont été trouvés. C’est la méthode « CNVR »: Capturer, Stériliser, Vacciner, Relâcher.
2. Points de nourrissage et d’eau: Des centaines de distributeurs de croquettes et d’eau sont installés dans les quartiers, les parcs et même devant les commerces. Les habitants et la mairie les remplissent.
3. Maisons-abris: De petites cabanes en bois sont posées l’hiver pour protéger les chats du froid.
4. Sensibilisation: Les écoles et les médias expliquent que ces animaux font partie de la ville. Maltraiter un animal est mal vu et puni.

Résultat: Moins de naissances, moins de maladies, des animaux calmes et en bonne santé. Et une ville propre. Istanbul est devenue une destination pour les amoureux des chats.

Que pourrait faire Tanger ?

Garder Tanger propre et en sécurité, sans cruauté, c’est possible. Il faut passer d’une logique d’élimination à une logique de gestion.

Les 3 piliers d’un plan pour Tanger

Campagne CNVR à grande échelle
En partenariat avec la commune, les vétérinaires et les associations locales. Priorité aux femelles et aux zones à forte concentration: marché central, corniche, quartiers populaires. Un animal stérilisé ne se reproduit plus et devient moins territorial.
Gérer la nourriture, pas l’animal
Le vrai problème de propreté vient des poubelles éventrées. Installer des points de nourrissage officiels et des poubelles anti-animaux. Sensibiliser les commerçants et habitants à ne plus laisser de déchets alimentaires dans la rue.

Impliquer les citoyens
Créer un réseau de « référents de quartier » bénévoles qui surveillent les points d’eau, alertent en cas de maladie et participent aux campagnes. Reconnaître le rôle des associations qui font déjà ce travail avec peu de moyens.
Éliminer ne marche pas. Ça crée un « effet vide »: d’autres animaux arrivent pour prendre la place et se reproduisent plus vite.
Istanbul nous le prouve : une ville peut être propre, sûre et accueillante… pour les humains comme pour les animaux.
Tanger a le climat, la culture et les associations pour réussir le même pari. Il ne manque que la volonté politique et un projet efficace.

Tanger: Et le foyer pour chiens errants, on en est où?

Depuis des années, les Tangérois en parlent. Le projet de foyer/refuge pour chiens errants à Tanger devait être la solution durable au problème.
L’idée était simple. Au lieu d’éliminer, on capture, on stérilise, on soigne, et on accueille les animaux dans un espace géré par la commune avec des associations. Un lieu pour la mise en quarantaine, les soins vétérinaires, l’adoption et la sensibilisation.
Le projet a même été annoncé et validé dans le cadre des efforts de la commune et du ministère pour améliorer la gestion des animaux errants et répondre aux exigences de santé publique. Un terrain avait été identifié, et le budget évoqué.

Mais depuis, le dossier tarde à se concrétiser.
Résultat: on continue avec des campagnes ponctuelles d’abattage qui coûtent cher, qui choquent, et qui ne règlent rien. Les populations de chiens reviennent, les associations sont débordées, et les habitants restent partagés entre sécurité et compassion.
Pourquoi c’est urgent de le débloquer ?
Parce qu’il s’agit d’abord de l’efficacité. Un foyer permet d’appliquer la méthode CNVR: Capturer, Stériliser, Vacciner, Relâcher. C’est la seule méthode reconnue par l’OMS pour réduire durablement les populations.
Parce qu’il s’agit aussi de la santé publique. Vaccination antirabique obligatoire, suivi sanitaire, moins de risques pour les citoyens.
Et finalement de l’image de la ville. Tanger veut être une vitrine du Maroc. Une gestion humaine et moderne des animaux errants va dans ce sens.
Istanbul l’a fait. Marrakech et Rabat ont aussi avancé sur des refuges et des partenariats avec des associations.
Tanger a besoin de ce foyer. Il faut débloquer les financements, signer les conventions avec les associations locales, et nommer un gestionnaire.
La population est prête à aider: dons, bénévolat, adoption. Il manque juste la décision finale.
Tant que le foyer n’ouvrira pas, on tournera en rond.

Par Abdeslam Reddam