Le patron du football mondial, Gianni Infantino, a inauguré le 11 Juin 2026 en compagnie de Donald Trump, président Nord-Américain, une Coupe du monde 2026 aux normes surdimensionnées, en accueillant plus de pays, donc plus de matchs et corrélativement en perspective un substantiel accroissement des recettes. Un rendez-vous planétaire sportif en écho de la politique qu’il met en œuvre depuis qu’il a été propulsé à la tête de la FIFA il y a dix ans, consistant à faire fructifier les affaires de l’organisation, pour enrichir les diverses fédérations nationales et surtout à dessein d’asseoir son pouvoir.
UNE PLUIE DE DOLLARS
Déjà à la veille de la Coupe du Monde, le «foot business» non seulement ne manque pas d’allant, mais se porte comme un charme et s’il fallait l’humaniser par un visage, ce serait tres vraisemblablement celui de l’Helvético-Italo-Libanais, aux yeux rieurs, sous ses deux épais sourcils grisonnants et ce crane aussi lisse que le cuir d’un ballon. Jamais autant d’argent n’a été brassé dans le périmètre des stades, suites aux initiatives de «Gianni», dont pour la seule période s’étalant entre 2023 et 2026, il est prévu que la FIFA engrange une recette exceptionnelle de 13 Milliards de Dollars. Autrement dit, du jamais vu, et la caractéristique de l’organisation de ce Mondial en est l’illustration par la participation pour la première fois de 48 nations en lieu et place des 32 lors de la précédente édition de 2022. Tres précisément, il s’agit de plus de matchs (104, 64 en 2022), davantage de droits de retransmission télévision et corrélativement un accroissement des spots publicitaires (même en plein match, une nouveauté) la résultante aboutissant à amasser encore et toujours plus de Dollars sous l’incarnation de cette nouvelle ère Infantino, insensible aux multiples critiques accompagnant son règne dans une course effrénée aux profits. La fédération va distribuer 727 millions de Dollars entre les 48 équipes qui disputent le Mondial, une enveloppe en progression de 50 % par rapport à l’édition 2022 au Qatar, une augmentation qui épouse mécaniquement l’élargissement de la compétition passée de 32 à 48 équipes. Chaque fédération qualifiée se verra percevoir 1,5 millions de Dollars, montant destiné « à couvrir ses frais de préparation ». Le reste sera alloué en fonction des résultats sportifs : 9 million de Dollars de prime seront versés aux 16 équipes éliminées dès la première tour, 11 millions de Dollars que toucheront celles écartées en seizième de finale et 15 Millions de Dollars pour les formations qui termineront le tournoi à l’issue des huitièmes de finale. Les quarts-de-finalistes repartiront avec 21 millions de Dollars.
Les sélections défaites en demi-finale disputeront un match pour la troisième et quatrième place, à l’issue duquel le vainqueur empochera 30 millions de Dollars, le perdant sera tout de même gratifié de 28 millions. Quant au futur champion du Monde, la FIFA le récompensera de 50 Millions de Dollars, le finaliste devant se contenter de 33 Millions…
Pas davantage à sa servilité et sa proximité avec les chefs d’état aux tendances quelque peu autoritaires, tel Vladimir Poutine lors de la Coupe du Monde en 2018, qui s’est tenue en Russie ou le prince héritier Saoudien Mohammed Ben Salman Al Saoud, dont le pays accueillera la Coupe du Monde en 2034, n’a d’égale aux liens tres étroits qu’il a su tisser avec le locataire de la maison Blanche. Car au demeurant, le président Nord-Américain fut décoré du «tout premier prix de la paix» de la FIFA, aux conditions frôlant le comique, par Infantino saluant «les actes exceptionnels et extraordinaires pour promouvoir la paix et l’unité dans le monde entier».
N’en jetez plus… C’est un peu comme sa revanche du prix Nobel tant souhaité mais jamais reçu en Octobre 2026.
Et même davantage, aujourd’hui tel son affidé, voire son obligé en effaçant, à sa demande, une décision de ce corps arbitral, qui se retrouve ainsi dans une situation fragilisée: une pseudo jurisprudence pour certains, mais réellement une entorse par le simple fait du prince, de pouvoir annuler à posteriori et sans fondement, les sanctions infligées aux joueurs fautifs…
FOLKLORE DE LA FIFA
C’est à se demander si cette marche forcée vers le gigantisme ne voit pas l’intérêt du football se diluer au profit d’un show au service des intérêts de la fédérations internationale dont l’inauguration aura débuté par trois cérémonies d’ouverture, une pour chaque pays hôte, durant lesquelles ont paradé des cohortes de chanteurs et danseuses souvent inconnus dans le monde entier.
Aussi, le passage des pauses publicitaires qui découpent les rencontres en quart de temps en cassant le rythme, révèlent d’une conception qui sacrifie et accorde la primeur à un spectacle dérivé, plutôt qu’à la compétition. C’est également le sens du passage de 32 à 48 équipes. L’intention louable de la FIFA était d’augmenter à la fois ses recettes et l’assise électorale de son président, mais elle n’a invoqué que l’objectif de rendre la compétition plus universelle. Dont acte et l’argument est imparable : qui aurait le cœur d’interdire la fête à Haïti, au Cap Vert ou à la Jordanie ? La contrepartie est à chercher quelque part dans un certain fléchissement du niveau de plateau et aux écarts aussi béants que le score d’Allemagne-Curaçao (7-1). Si le choix est recevable, il n’en demeure pas moins que les enjeux sportifs se trouvent dilués : seules 16 équipes ont été éliminées, soit un tiers du total, au lieu de la moitié auparavant, et à l’image des événements pétillants de la champions League, l’intensité ne sera de retour qu’avec la phase à l’élimination directe. Et à y voir de plus près, on peut remarquer que cette coupe du Monde est délayée dans une soupe assez peu populaire, au regard d’une politique, de prix exceptionnellement élevés, aggravée par une plateforme de revente aux enchères qui a abouti à des tarifs record. Le Mondial le plus lucratif de l’histoire étant aussi le plus cher pour ses spectateurs, on ne serait être pas parfois surpris par une sorte de gentrification des tribunes.
Et pourtant, malgré le slogan de la FIFA « le Football unit le monde » et en dehors des touristes fortunés disposant de moyens pour voyager, les restrictions ajoutées aux tracas de visas de la part de l’administration Trump, les diasporas hispaniques présentes aux Etats Unis et passionnées de football, ont sans doute été dissuadées autant par les prix que par la police de l’immigration.
Quoiqu’il en soit, cet état de fait, n’empêche pas la FIFA de s’autocélébrer plus impériale que jamais avec son logo au format gigantesque accroché et bien visible sur les stades ainsi que l’omniprésence sur les écrans de télévision de son flamboyant président Gianni Infantino confortablement installé en tribune.
Alors cette coupe du Monde qui devrait appartenir à tous, serait-elle devenue le «coupe du Monde de la FIFA»?
Au moins, on ne se demandera plus, si cette dernière est au service du football ou si c’est plutôt l’inverse…
Par Afif Khalladi
Docteur en économie et finances
Paris 1 Panthéon -Sorbonne


























