Dans le tourisme international, une règle demeure intangible: le prix s’oublie, l’expérience reste. L’équilibre qualité-prix n’est pas seulement une donnée économique; c’est un choix stratégique qui révèle le modèle de destination que nous voulons incarner.

Le mois dernier, j’ai vécu une scène révélatrice.
Je quittais l’Aéroport de Tanger-Ibn Battuta. Dernier geste avant d’embarquer: un café. On me propose une marque italienne connue, servie dans un gobelet en carton, sans chaleur particulière. Fatigué et pressé, je demande un double. «Six euros», me répond-on. Je crois à une plaisanterie. Ce n’en était pas une. Je me rabats sur un café simple: deux euros. En demandant le ticket, je perçois une gêne manifeste; on me tend un petit bout de papier sans véritable présentation. Je monte dans l’avion avec un sentiment désagréable — non à cause du prix en soi, mais du décalage entre le montant payé et la valeur perçue.
Quelques heures plus tard, arrivée à l’Aéroport Josep Tarradellas Barcelone-El Prat. Première cafétéria. Je demande un double: trois euros. La moitié du tarif précédent. J’opte finalement pour un espresso : deux euros. Tasse en porcelaine, plateau, présentation soignée, et surtout un sourire lumineux qui transforme l’arrivée en bienvenue.


Deux cafés. Deux aéroports.
Deux messages adressés au voyageur.
Le tourisme ne se résume ni aux chiffres d’arrivées ni aux discours sur la croissance. Il se joue dans la cohérence entre prix et expérience. Lorsqu’un visiteur a le sentiment de payer plus qu’il ne reçoit, ce n’est pas seulement une question de coût : c’est une atteinte à la crédibilité du destination.
Aujourd’hui, chaque voyageur compare, évalue et partage instantanément son ressenti. L’aéroport est à la fois porte d’entrée et dernière impression. Il reflète la culture de service, le niveau de professionnalisation et l’ambition internationale d’un pays.
La vraie question est simple: quel tourisme voulons-nous? Un tourisme de passage, basé sur la maximisation immédiate des marges, ou un tourisme durable, fondé sur la fidélisation et la confiance?
Le modèle du “prix élevé, service minimal” peut générer des recettes rapides, mais il fragilise la réputation. À l’inverse, un prix juste, une qualité tangible et une attention humaine construisent une marque forte.
Le débat dépasse le café. Il concerne la vision stratégique. Les destinations qui aspirent à devenir des hubs internationaux doivent comprendre qu’un détail apparemment anodin peut influencer une perception globale. Transparence tarifaire, formation du personnel, qualité de l’accueil: ces éléments sont des investissements, non des coûts.
Nous célébrons souvent les records touristiques et les statistiques flatteuses. Pourtant, la réalité se mesure dans les micro-expériences. Un simple sourire peut valoir plus qu’une campagne institutionnelle. Un ticket négligé peut ternir l’image d’un pays.
Le tourisme de qualité ne signifie pas luxe inaccessible; il signifie cohérence entre ce qui est facturé et ce qui est offert. Il signifie respect du visiteur et vision à long terme.
Au fond, la question n’est pas le prix du café. La question est le souvenir qu’il laisse. Car dans le tourisme moderne, ce sont les récits — parfois nés d’un simple espresso — qui façonnent durablement la réputation des destinations.

Par A. Ouadrassi