La série de poèmes de Philippe Guiguet Bologne, « Les chants illicites » s’enrichit de son nouvel opus, « Sol », dix ans précisément après « Prémisses » et le début de cette aventure poétique de longue haleine… Mis en valeur par un très beau dessin de couverture de l’artiste Amine Asselman, ce joli livre édité par Tarik Slaiki, est à lire absolument.
Résumé: « L’été, un jour par semaine, celui de son repos, il se rend seul dans les rochers noirs qui bordent l’Atlantique du Cap Spartel, dans une anse d’Achakkar ; il se donne à dévorer par le soleil et, quand il va nager, il aime à se laisser emporter par la puissance de l’océan, qu’il ne craint pas. Ses bains d’été, depuis qu’il est adolescent, lui assurent une parenthèse de solitude, de silence et de densité, durant laquelle il perçoit chaque détail de la garrigue qui l’entoure, ceux de la houle qui roule ses miroitements, le frisson de l’écume contre les roches sombres et le plaisir du sable chaud contre son corps en éveil. Il est seul, il rêve, il se laisse engloutir par des mondes imaginaires, qu’il déconstruit d’un battement de paupière face au soleil.
L’hiver, la nuit, il parcourt ce boulevard au bord duquel il est né et où il a grandi. Une petite avenue de province, bordée de vieux immeubles élégants bien que mal entretenus, qui offrent une présence décadente et surannée à son quotidien. Une nostalgie marquée dans le paysage. La nuit, l’hiver, l’asphalte brille, se recouvrant de l’humidité de l’air qui remonte du port. Les lumières de la ville se reflètent sur le noir du goudron. Les enseignes désuètes scintillent, les phares des automobiles glissent, les guirlandes de la fête clignotent encore. Des filles de la nuit, ivres et heureuses, défient le ciel en riant aux étoiles. Les ivrognes les suivent en hurlant des poèmes. De jeunes voyous se battent à coups de cimeterres et d’insultes rageuses. Les pentes du quartier espagnol glissent jusqu’à la baie qui se referme comme l’anneau d’une chaîne. La nuit, tous les démons se voudraient heureux et hantent ce labyrinthe en ruine… Dans les terrains vagues, les feuilles d’acanthes plient au vent et luisent comme un trésor dans ce monde de naufrage.
Je l’imagine venu se perdre dans la chambre chaulée d’ocre rouge, comme le sont les murs de Marrakech la triviale et les remparts du Generalife des roitelets andalous. Ici, l’amour se fait. Ici, l’amour se défait dans un décor d’odalisque peint par un Henri Matisse de l’ombre, un Caravage de l’Orient, un Zurbaran hédoniste. La chambre rouge est un nid de désir, tressé de lambeaux d’indiennes, de brocarts, de coussins moirés et de courtepointes de velours de Gênes. Les miroirs de Venise reflètent les lumières voilées. La volupté est un luxe, brodé de chuchotements, de regards dans le vide, d’effleurements et de souffles courts. L’amour est un imaginaire.
Les chimères sortent des rochers noirs du Cap Spartel et gagnent les maquis, ceux-là mêmes où vont paître les licornes. Dans les ronces s’affairent des faunes opiniâtres et malins. Les monstres sacrés s’emparent du temps suspendu qu’il avait pris pour son repos. Il se laisse ainsi envahir par tous les démons qui l’ont toujours assailli, qui constituent à la fois son asservissement mais aussi ses affranchissements. Le soleil monte dans le ciel ; l’air sec et cassant se tend ; les cœurs battent plus lourdement. Au royaume de Pan, le soir se prépare. Il plonge une dernière fois dans le mauve de l’océan, se couvre d’une saveur de sel et d’iode, remonte sur la grève se laisser sécher par le vent encore chaud. Les pins ploient où les pousse le vent. Les goélands crient devant ce crépuscule qui promet la nuit au ciel. La première étoile cligne et annonce le commencement d’un autre monde. »
« Sol » est d’ores et déjà disponible, en exlcusivité à Tanger, à la Librairie les insolites Tanger et à Gallery KENT.
























