À vingt-six ans, Soundouss Chraïbi signe “Le soleil se lève deux fois”, un premier roman de la retenue et de la transmission féminine, qui se déploie dans l’intimité des maisons de Tanger.

« Tout est parti d’un atelier d’écriture à Salé auquel j’assistais en tant que journaliste pour un reportage. C’est Abdellah Taïa qui l’animait. Il m’a traité comme les participants et m’a demandé de me plier à un exercice qui consistait à fermer les yeux et dire ce que je voyais.
J’ai décrit un tiroir rempli de vieilles photos et deux sœurs. Lui et les participants m’ont alors lancé: «Mais ça va faire un super roman ! Il faut l’écrire, cette histoire !» Le lendemain, je me suis mise devant mon ordinateur pour raconter cette image, qui est devenue le point de départ du livre… »
C’est avec cette réponse tirée d’une interview qu’elle a accordé à « Le Courrier de l’Atlas », diffusée le 17 février dernier, que Soundouss Chraibi, jeune journaliste à TelQuel et responsable de la belle rubrique littéraire Quitab, décrit comment elle a décidé d’écrire son premier roman que les Tangérois ont hâte de lire tout en découvrant son auteure. Outre son talent, cette impatience s’explique aussi par le fait que Soundouss soit la fille de Btissam Yacoubi et Lotfi Chraibi, deux grands Tangérois aimés et respectés par toute la ville.
A ce titre, une présentation en présence de la jeune écrivaine est prévue le 4 avril à la librairie Les Insolites.
De quoi parle Soundouss Chraibi dans son “Le soleil se lève deux fois”?
Sur une trame narrative relativement simple, Soundouss Chraïbi signe ce roman d’une grande délicatesse.
Une grand-mère est sur le point de mourir, ses deux filles et sa petite-fille se relaient au chevet du lit de la vieille dame dans la maison de Tanger, gardant en tête un vœu pieux : celui de ne pas vendre la maison de famille.
Quand Mama Abla meurt, le fragile équilibre familial se fissure et sa petite-fille découvre les secrets tissés depuis de nombreuses années pour étouffer les non-dits et les hontes.
C’est une histoire de femmes, les hommes dans ce roman sont comme des fantômes (agissant, certes, mais comme par automatisme), les femmes surplombant le récit de leurs silences et failles.
Ce n’est pas tout à fait un livre romantique, mais bien plutôt un texte qui fouille les relations de sœur à sœur, de mère à fille dans un Tanger en filigrane qui montre un autre Maroc ; celui de la petite bourgeoisie habituellement peu présent dans la littérature qui traite de la ville du détroit.
Il faut surtout saluer l’écriture qui, à la manière d’une sfifa file en toute limpidité sur les ressorts psychologiques des personnages.
« Le cœur du roman, c’est la sororité, ces liens puissants et lumineux à travers lesquels les identités se construisent les unes par rapport aux autres… ». Une déclaration au même média qui donne envie de lire ce roman.
A.R.