Les pays occidentaux étaient des acteurs industriels significatifs de la production de panneaux photovoltaïques, mais aujourd’hui, ils ne représentent plus que 5% de la production mondiale, dominée par la Chine (80%) et l’Asie du Sud-est (15%). Comment expliquer un tel déclin?

A partir de 2010, la production européenne a cessé d’augmenter car elle sous-estimait ses besoins en électricité bas-carbone, notamment sur le plan industriel. Dans le même temps, les Chinois ont fait preuve d’une planification féroce, comme pour les batteries électriques. Au cours des 10 dernières années, ils ont investi 50 milliards $ (10 fois les investissements européens) et ont créé 300.000 emplois dans le secteur et maîtrisent aujourd’hui complètement la chaîne de production.
Sachez que l’heure n’est plus à l’hésitation, le Maroc doit développer toutes les sources d’électricité possibles, sinon on risque de se retrouver dans une situation très délicate dans laquelle les citoyens ne comprendront pas pourquoi l’énergie coûte si cher.
Autre fait marquant, en 15 ans, les prix des panneaux photovoltaïques ont beaucoup diminué, grâce aux Chinois, et c’est aujourd’hui une des sources d’électricité parmi les moins chères.

Quelles sont les perspectives de développement de cette industrie ?

La production de panneaux photovoltaïques sera multipliée au moins par 7 au niveau mondial et par 3 au niveau européen dans les 10 ans à venir, cela représente une hausse annuelle de la production de 20 à 30%.

Et en Afrique ?

Je n’ai aucune donnée mais ce qui est clair et évident, il est ÉNORME.
Il y a également un enjeu de souveraineté. La domination chinoise est particulièrement marquée en amont de la chaîne, à savoir, la production du silicium, sa purification, la production de monocristaux et la découpe en galettes sont contrôlés à 96% par la Chine.
Aucun constructeur de voiture ou d’avion ne s’appuie sur un seul fournisseur !
La situation géopolitique est imprévisible et dépendre entièrement d’un pays ou d’une région mets l’industrie Automobile, Aéronautique et Energétique en situation d’extrême fragilité, comme pour les terres rares.

La solution pour qu’on se démarque ?

Il faut amplifier la recherche sur les couches minces, mais elles ne peuvent représenter des débouchés massifs à court terme car nous avons besoin de beaucoup d’électricité et le plus vite possible. D’autant plus, il faut s’appuyer sur les technologies majoritaires puisque, dans les 10-15 années à venir, aucun changement de grande ampleur pour remplacer les galettes de silicium dans les panneaux photovoltaïques.
A terme, il faut maîtriser l’amont de la chaîne, c’est-à-dire la production des galettes de silicium, ce qui nécessite des investissements massifs qui sont justifiables pour le marché européen et africains, ainsi que pour de l’électricité bon marché.

Vous appelez à faire preuve de politiques « volontaristes ». Quelles formes peuvent-elles prendre?

En termes de concurrence, soit on est tous à la même enseigne, soit on ne l’est pas. Or, aujourd’hui on ne l’est pas. Nous avons un tel retard qu’il faut des subventions et une politique d’achat centralisé, comme celle mise en place par les Etats-Unis dans le cadre de l’IRA (Inflation Réduction Act).
Il doit y avoir des prises de conscience et des négociations avec les Etats-Unis et aussi avec la Chine, pour ne pas être exclus du marché, mais ce ne sera pas suffisant.
La mise en place d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe pourrait également s’appliquer aux galettes de silicium, fabriquées en Chine avec une électricité qui contient en moyenne 600 gCO2/kWh.
Si une politique très volontariste n’est pas menée, l’industrie chinoise, qui produit le double de sa consommation, est prête à prendre le marché et elle le prendra.

Oussama OUASSINI 
L’homme qui murmure aux oreilles des Hommes d’État