Tanger aime se présenter comme la porte du nord de l’Afrique, un carrefour de civilisations, un territoire d’innovation et de rayonnement international. Pourtant, il suffit d’atterrir à l’aéroport Ibn Battouta pour que ce récit s’effondre. Littéralement. L’aérogare, en travaux perpétuels, est devenue le symbole d’une politique touristique mal pensée, d’un centralisme rigide et d’un mépris institutionnel envers une ville qui mérite bien mieux.
Nommé d’après le célèbre explorateur marocain, l’aéroport Ibn Battouta incarne aujourd’hui tout le contraire de son héritage : ni ouverture, ni aventure, ni connexion. C’est une infrastructure délabrée, sans vision ni services dignes. Un aéroport qui relie les grandes métropoles du monde… mais pas les autres villes du Maroc. Une absurdité logistique doublée d’un mépris profond pour les besoins de la population locale.
Et pourtant, ce même aéroport est censé accueillir des milliers de voyageurs pour la Coupe d’Afrique des Nations en 2025. On le projette aussi comme plateforme majeure du Mondial 2030. Une ambition démesurée, face à une réalité sinistre: installations vétustes, machines hors service, chantiers ouverts sans fin, zone VIP fermée ou triste à pleurer, sécurité minimale. Ce n’est pas un terminal, c’est un labyrinthe en ruine. Et chaque passage devient une épreuve.
Mais ce qui fait le plus mal, c’est ce sentiment d’abandon. Le ministère du Transport gardien exclusif de la gestion de l’aéroport, interdit toute implication des autorités locales. Cette exclusion traduit une conception dépassée du développement territorial: centraliser les décisions, ignorer les réalités locales et priver les citoyens de leurs droits fondamentaux à la mobilité et à la participation.
Face à cela, Tanger se tait. Peu de voix s’élèvent pour dénoncer l’absurde. Et pourtant, le problème est clair : les habitants sont exclus de leur propre aéroport. Beaucoup ne peuvent s’y permettre de voyager, contraints de se tourner vers d’autres villes pour trouver des billets à prix accessibles. C’est un paradoxe cruel : l’infrastructure la plus stratégique de la région est inaccessible à ceux qui y vivent.
Dans un pays qui rêve d’attirer les projecteurs du monde, l’état de l’aéroport Ibn Battouta devrait alerter au plus haut niveau. Car si la vitrine est brisée, que dit cela du reste de la maison ?
Ibn Battouta rêvait de rapprocher les mondes. L’aéroport qui porte son nom les éloigne. Pas par accident. Peut-être même par intention.
Abderrahim Ouadrassi


























