Par Dr. Ali GHOUDANE – Docteur chercheur en Sociologie
Cf. mon blogspot : kroniquesociale.blogspot.com/

“L’art ne meurt jamais, il est éternel, et l’on doit s’assurer qu’il ne tombe nullement dans l’oubli”. Sandrine FILLASSIER1 .

Tétouan, ville blanche aux murs d’ombre et de lumière, a toujours été un foyer d’artistes, un carrefour où se croisent gestes, héritages et inspirations. Parmi ceux qui ont marqué cette tradition exigeante et vibrante, le nom de Bartouli Alami2 occupe une place singulière. Son œuvre, empreinte d’humanité et de finesse, continue de résonner bien après son départ.

Un artiste façonné par sa ville
Bartouli appartenait à cette génération pour qui Tétouan n’était pas seulement un territoire, mais un langage. Les ruelles anciennes, la lumière méditerranéenne, les visages du quotidien et les couleurs discrètes de la ville nourrissaient son regard. Il observait la réalité avec une attention profonde, presque tendre, puis la restituait dans des œuvres où chaque trait semblait habité.
Son style — le “pointillisme” — était à la fois introspectif et ouvert au monde, explorant les nuances de l’âme et la poésie du réel. Là où d’autres cherchaient l’effet, lui privilégie la sincérité : il ne créait pas pour séduire, mais pour dire, transmettre, éveiller.

Une œuvre qui parle à l’humain
Ce qui distinguait Bartouli Alami, c’était cette capacité rare à toucher le cœur avant l’œil. Ses créations — peintures, esquisses ou compositions plus expérimentales — portent toutes la marque d’une humanité profonde. On y perçoit la fragilité, la solitude, la beauté discrète des gestes simples, et cette quête permanente de vérité qui le guidait.
Chez lui, l’art n’était pas un métier: c’était une manière d’être au monde. Un art de lire les vibrations du quotidien, à la manière de son célèbre maître Mariano Bertuchi3, pour en extraire son essence émotionnelle.

Un héritage qui dépasse l’œuvre
Après une longue maladie qui l’a contraint à demeurer alité, Feu Bartouli Alami (1939-2025) s’est éteint en silence, fin novembre 2025, à l’image de sa vie, laissant derrière lui une œuvre importante et un vide palpable dans la scène artistique tétouanaise.
Mais son passage n’a rien d’éphémère. Il laisse un héritage qui dépasse la matérialité de la toile: une façon de regarder, une exigence intime, un rapport au monde fait de discrétion, de profondeur et de beauté intérieure.
Déjà, de nombreux artistes, jeunes et confirmés, revendiquent aujourd’hui son influence. Car Feu Bartouli Alami n’impose jamais une vision : il ouvrait un chemin.
Un homme, une âme,
une présence

Au-delà de l’artiste, ceux qui l’ont connu se souviennent d’un homme humble, d’une présence douce, d’une voix qui savait écouter autant qu’elle savait exprimer. Feu Bartouli Alami ne cherchait pas la reconnaissance: il cherchait le sens. C’est peut-être ce qui fait de lui, au-delà du créateur, un véritable maître. Son absence nous rappelle combien sa présence fut un cadeau. Mais sa lumière, elle, demeure.
Une mémoire vivante
Tétouan continuera longtemps à porter son empreinte. Dans les ateliers, dans les écoles d’art, dans les cafés où il aimait observer et discuter, dans les regards de ceux que son œuvre a touchés, l’âme de Feu Bartouli Alami continue de vivre. L’hommage à lui rendre n’est donc pas seulement un à dieu, mais un merci.
Merci pour l’œuvre.
Merci pour l’exigence.
Merci pour la lumière.
Merci pour l’humanité.
Paix à l’artiste.
Paix à son âme.
Paix à l’homme qui a su offrir à Tétouan une part de sa beauté intérieure.

1-Sandrine Fillassier est une écrivaine français d’origine britannique, née le 6 octobre 1968 à Douai, connue pour ses écrits sincères et son style poignant, souvent inspiré par des thèmes personnels comme le deuil (notamment la perte de son fils) et le spirituel …
2-Cf. GHOUDANE Ali, “DE L’ÉCLAT À L’OUBLI : Une vie de création, une fin d’indifférence”, Blog : kronisuesocialeblogspot.com
LA DÉPÊCHE DU NORD N° 1315, Samedi 2 Août 2025, ci-dessous le lien :
https://ladepeche24.com/lartiste-peintre-tetouanais-alami-el-bartouli-de-leclat-a-loubli-une-vie-de-crea tion-une-fin-dindifference/
3-Mariano Bertuchi (1884-1955), peintre du Protectorat espagnol, grenadin . Il s’illustre dans le style orientaliste. Il avait peint de célèbres paysages du Maroc et la vie quotidienne de ses habitants.