Malabata : la splendeur oubliée qui peut encore renaître

Un cri unanime pour sauver l’âme historique de Tanger

Sur la colline de Malabata, là où la mer caresse les rivages de Tanger et où la lumière du phare du Cap Malabata guide les navires depuis des siècles, survit en ruine un joyau que la ville a choisi d’oublier : le Château de Gilan. Construit en 1664 sur les rives du Wadi Al-Halq, cette forteresse portait l’empreinte de la résistance tangéroise face à l’occupation britannique, menée par le chef Al-Khadir Ghilan. Aujourd’hui, ce qui devrait être un lieu de mémoire, de visite et de fierté patrimoniale n’est plus qu’une silhouette abandonnée : deux tours semi-circulaires, un pan de mur, une grande porte… et beaucoup d’indifférence.

Comment est-ce possible ? Classé monument historique par le ministère de la Culture, le château n’a bénéficié d’aucune restauration significative. Des associations, des intellectuels et la société civile tangéroise ont maintes fois alerté, sans succès. Ce qui rend la situation encore plus incompréhensible, c’est sa localisation privilégiée, à proximité directe du Parc de Villa Harris, de la corniche maritime et de neuf hôtels de luxe, dans une zone stratégique et touristique. Restaurer et mettre en valeur le château de Gilan, en l’équipant de signalisation, d’éclairage et d’accès culturels, serait un levier puissant pour dynamiser le tourisme historique et durable à Tanger.

Mais au lieu de penser l’avenir avec ambition, les autorités semblent plus préoccupées par la chasse aux petits vendeurs de thé sur les routes que par la régulation des grands hôtels qui fonctionnent sous couvert d’activités touristiques. Certains établissements, qui ne sont en réalité ni cafés ni restaurants, génèrent des bénéfices bien supérieurs à ceux des lieux réglementés, au détriment des vrais professionnels. Le désordre est toléré en haut, réprimé en bas.

À quelques pas de là, le Palais des Arts, joyau architectural censé accueillir expositions, concerts ou événements culturels, est devenu une salle de fêtes privatisée, louée pour des mariages par le ministère lui-même. Plutôt que de faire vivre la culture, on entre en concurrence avec les femmes autonomes qui, par nécessité, louent leur maison pour les célébrations. Une gifle faite à la créativité, à la culture, et à l’intelligence collective.

Tanger n’a pas besoin de plus de béton sans âme. Elle a besoin de renouer avec sa mémoire. Malabata, c’est de l’histoire, du paysage, de la résistance et un potentiel immense. Son château, son phare, sa côte… tout invite à un nouveau récit, à une vision courageuse de la gestion du patrimoine.

Ce que nous voyons aujourd’hui comme une ruine peut devenir demain un itinéraire culturel majeur. Ce que nous négligeons aujourd’hui peut redevenir moteur de dignité et de développement. Mais pour cela, il faut volonté, transparence et fin des intérêts privés qui défigurent la ville.

Un cri unanime pour Malabata.

Pour son histoire. Pour ses habitants. Pour le Tanger que nous refusons de perdre.