“Le Maroc fera désormais partie du Top of Mind de plusieurs dizaines de millions de touristes prospectifs additionnels…”

“La région pourrait dépasser, pour la première fois, le cap des 2 millions d’arrivées touristiques (marocains et étrangers) d’ici fin 2025…”

Yahya El Abbassi, directeur de CASBAH, société spécialisée dans l’accompagnement des écosystèmes territoriaux et touristiques dans leur transformation digitale et développement marketing, évoque dans cet entretien les moyens de savoir profiter de la promotion du Maroc réalisée grâce à l’exploit des Lions de l’Atlas.

Les grandes manifestations sportives comme le mondial ont toujours été une plateforme d’exposition phénoménale pour les destinations touristiques. Comment le tourisme va-t-il tirer des profit des effets positifs de la participation de l’équipe nationale ?

Les effets de la participation à un événement sportif aussi suivi médiatiquement tel que la coupe du monde a des effets différents selon les pays et le degré d’avancement. Les études menées sur la question démontrent clairement que quand des pays connus pour leur prouesse footballistique atteignent des sommités dans des tournois internationaux connus, l’impact en terme de notoriété ressenti demeure très limité. L’explication étant simple: Un pays de qui on attend des exploits ne crée pas autant de curiosité et d’intérêt qu’un autre duquel on s’y attend pas. Et c’est exactement ce qui s’est passé avec notre équipe nationale.
D’un pays arabo-africain, tel que le Maroc, le grand public qui suit la coupe du monde ne s’attend pas à de grands exploits. Peut-être un ou deux match bien joués, une disqualification avec les honneurs au bout du premier tour, et basta. Nous l’avons vu dans les algorithmes qui ont calculé les probabilités avant la coupe du monde, nous l’avons vu dans les statistiques qui calculaient les chances de notre équipe nationale, qui à chaque reprise, sans aucune exception, était donnée pour perdante. Et c’est là où l’intérêt du public grandissait crescendo, au fur et à mesure des exploits du 11 national. Une équipe «outsider» aux sommités du football, qui disqualifie des équipes données comme probables gagnantes. Et si le public adore une histoire, c’est celle de l’«underdog» qui réalise le miracle. La conversation est ainsi déclenchée, plus de gens suivent le parcours de l’équipe, on commence à distinguer, pour les plus challengés géographiquement, entre Morocco et Monaco, jusqu’à devenir l’équipe la plus recherché par les internautes parmi toutes les équipes de la coupe du Monde.
Maintenant, il est tout à fait légitime de se poser la question sur l’impact d’une telle exposition. Les études réalisées pointent vers le fait que dans l’immédiat, l’impact sera très limité, à peine visible. Mais, la bonne nouvelle, c’est que ces mêmes études indiquent que plus les mois passent, plus cet impact se ressent de plus en plus, pour arriver à son pic généralement 2 ans après l’exploit sportif. Ceci peut être attribué entre autre à la décision de voyage, qui est rarement instantanée, qui prend du temps, entre la décision, la planification et le voyage en soi. Mais une chose est certaine, le Maroc fera désormais partie du Top of Mind de plusieurs dizaines de millions de touristes prospectifs additionnels, et c’est tout à l’honneur de la FRMF et de l’équipe nationale.

Techniquement, et c’est là qu’intervient votre savoir-faire, quels sont les moyens à utiliser pour attirer le plus grand nombre de touristes étrangers vers la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima ?

Dans un monde idéal, où les moyens financiers ne feraient pas obstacles, je verrai une région telle que Tanger-Tétouan-Al Hoceima, surfer sur la vague dans l’immédiat et utiliser le capital-image de certains joueurs marocains dans des campagnes promotionnelles qui parlent aux Marocains mais aussi aux internationaux. N’oublions pas que les compteurs des joueurs marocains sur les réseaux sociaux ont explosé depuis le début de la coupe du Monde, et quoi que le public marocain est le plus engagé avec eux, ces joueurs jouent en grande partie à l’international, dans diverses destinations où ils sont connus, voire célébrés.
Pour pousser la réflexion plus loin, pourquoi ne pas capitaliser aussi sur les joueurs d’autres équipes, pas nécessairement les plus chers, pour pousser des concepts créatifs qui créent de l’intérêt, de la curiosité, de la perplexité et enfin de la notoriété.
Enfin, c’est une idée parmi d’autres.

Grâce à cet exploit, serait-il possible, au niveau de la destination touristique de notre région, d’atteindre, en 2023, l’objectif des 3 millions touristes étrangers?

C’est impossible. Ceci équivaudrait à multiplier sept ou huit fois le nombre de touristes étrangers allant visiter la région en 2022. Une telle évolution, d’une année à une autre, n’arrive qu’avec des événements exceptionnels (tel que la coupe du monde d’ailleurs).
Je dirai, en estimant, que sur la base des recherches existantes, ainsi que les chiffres des arrivées touristiques régionales, et avec un brin d’optimisme (qui est nécessaire dans l’équation), la région pourrait dépasser, pour la première fois, le cap des 2 millions d’arrivées touristiques (marocains et étrangers) d’ici fin 2025, ce qui se traduirait par au moins 4,2 millions de nuitées touristiques déclarées, ce qui conforterait la place de la région comme l’une des plus importantes destinations touristiques du Royaume.

Propos recueillis par Abdeslam REDDAM