Abderrahman El Anjri, Fondateur de l’association Loucous Tourisme Durable, actuellement présidée par la dynamique Yasmina Jabir, et directeur du Festival Entrerritmos Larache, n’a pas hésité une seconde à prendre l’avion depuis le Canada où il réside, pour être présent à Larache durant ces terribles moments de détresse qui frappent toute la région nord et spécialement la ville voisine de Ksar El Kebir.
Solidarité oblige, Abderrahman, accompagné des membres de cette association et de nombreux autres bénévoles, travaillent jour et nuit pour soutenir des centaines de familles déplacées à Larache. Entrerritmos s’est convertie en grande cuisine solidaire.
Votre association mène son propre combat contre les inondations qui ont provoqué l’isolement de Ksar El Kebir et le déplacement de ses habitants vers d’autres zones, notamment à Larache. Comment vivez-vous ces moments si difficiles?
Ce qui s’est passé à Ksar El Kebir, à Larache et dans les autres zones de la région est exceptionnelle. Je ne me rappelle jamais avoir vécu des moments si difficiles et si tragiques. Même ma mère m’a dit n’avoir jamais vu des pluies torrentielles de cette force.
Maintenant, la solidarité est aussi un devoir de notre part. Je suis arrivé du Canada spécialement pour être là, présent avec ces pauvres familles déplacées vers plusieurs villes dont Larache qui est la plus proche de Ksar El Kebir. Durant les festivals que nous organisons, nous nous déplaçons à Ksar El Kebir pour partager avec ses habitants des moments de fête et de joie. Il est tout à fait normal qu’on soit à leur côté durant les moments de peines et de douleurs.
Pour aider ces familles sinistrées, nous avons opté pour le choix de la « cuisine » qui est un concept bien connu durant les actions de solidarité. Tous les membres de notre association préparent des sandwichs et des plats chauds qu’on distribue quotidiennement aux familles venues de Ksar El Kebir.
Durant les inondations dans de nombreux autres pays du monde, la société civile et des dizaines de bénévoles se mobilisent pour préparer des repas et apporter une aide alimentaire aux personnes sinistrées.
Cette tradition humanitaire, profondément ancrée dans diverses cultures, n’est pas une simple initiative passagère, mais une véritable expression de l’esprit de solidarité qui caractérise les sociétés dans l’adversité. Face aux catastrophes naturelles, les valeurs d’entraide et de coopération priment sur toute autre considération, et le bénévolat devient un lien entre les personnes et contribue à atténuer l’impact des crises.
Utilisés de manière responsable, les réseaux sociaux deviennent un espace pour diffuser des valeurs de bienveillance, encourager l’engagement humanitaire et promouvoir une culture de l’initiative et du don.
Quelle est votre vision personnelle de l’organisation et de la gestion des actions de solidarité au Maroc s’agissant du rôle des associations locales?
Au Maroc, la solidarité n’est pas une simple réaction face à une catastrophe, mais une valeur profondément ancrée dans le caractère des Marocains. Sa Majesté le Roi l’a souligné à plusieurs reprises. Après le séisme d’Al Haouz, il a salué l’esprit de solidarité manifesté par la société civile et tous les Marocains, au pays comme à l’étranger, y voyant une source de fierté nationale et un réconfort face à la tragédie.
Le message est clair: la solidarité doit demeurer une valeur universelle et pérenne, et non une simple réponse aux crises. L’objectif est de dépasser la solidarité spontanée et désorganisée pour s’orienter vers une solidarité structurée et transparente, fondée sur une bonne gouvernance.
Cependant, les autorités craignent que l’action caritative ne soit instrumentalisée à des fins électorales ou pour asseoir une influence politique, que les activités solidaires ne servent à la propagande indirecte d’un groupe particulier, ou encore qu’un manque de transparence ne vienne entraver l’origine des financements et les modalités de distribution.
C’est là que réside notre véritable défi: comment encourager l’esprit de solidarité et les initiatives citoyennes tout en garantissant neutralité et transparence? La solution réside dans l’équilibre: il ne faut ni restreindre ce qui entrave l’action communautaire, ni tolérer le chaos qui la rend vulnérable à l’exploitation. La solidarité doit rester un acte purement humanitaire et national, un acte qui rapproche les Marocains, renforce la confiance et constitue un véritable catalyseur d’unité, de stabilité et de développement.
A Larache existe-t-il actuellement un risque d’inondation aussi grave que celui de Ksar El Kebir?
Non, je ne le pense pas, surtout si la pluie cessera bientôt de tomber comme l’ont prédit les experts de la météo. Maintenant, si les pluies continuent de tomber avec le même rythme et restent diluviennes, là il se peut que des opérations de lâche d’eau soient décidées au barrage de Oued el Makhazine, ce qui pourrait provoquer quelques problèmes d’inondations au niveau du quartier des pêcheurs (Diour hawattine). A Larache, c’est la seule zone qui risquerait de se retrouver devant cette menace.
A votre avis, quel est l’autre défi à relever après cette dure période dans toute la zone du Nord du Maroc?
L’après inondation nécessite un travail de fond d’une importance extrême pour le retour des gens à leurs maisons et celui de la vie normale de tous les jours.
On a tous remarqué que la quantité des débris est incroyable. Que ce soit à Ksar El Kebir, Tanger, Chefchaouen, Tétouan…, il y a d’énormes efforts à faire pour retrouver la propreté de ces villes et de ces villages.
Le nettoyage des débris laissés par les inondations dans les villages et les villes constituera un défi majeur pour nous tous, afin de prévenir la pollution de l’eau et la propagation des maladies.
Propos recueillis par Abdeslam REDDAM

























