« Si l’AMITH-NORD est aujourd’hui dynamique, capable de surmonter de nombreux défis, et d’innover, c’est en partenariat avec la Wilaya de T.T.A »
Propos recueillis par Reda Temsamani

L’Association Marocaine des Industries du Textile et de l’Habillement, section Nord (AMITH Nord), connaît un dynamisme sans précédent depuis l’arrivée à sa tête de son nouveau président, YASSINE ARROUD.
Ce nouvel élan, multidimensionnel, s’accompagne d’une attention particulière à l’adaptation du secteur aux défis actuels et aux ajustements stratégiques nécessaires pour lui insuffler un renouveau. Ce secteur, névralgique pour l’économie marocaine, bénéficie également du soutien attentif du Wali Younes Tazi, qui ne ménage aucun effort pour contribuer à son développement. Afin de mieux comprendre les évolutions récentes et les défis auxquels fait face le secteur du textile et de l’habillement, M. Reda Temsamani, gérant du cabinet
HORIPER (Horizons de performances), spécialisé dans le conseil, la formation et le recrutement a eu un entretien à bâtons rompus avec M. Yassine Arroud, président de l’AMITH-Nord.
Comment se porte le secteur du textile au Maroc, et en particulier dans la région Tanger Tétouan Al Hoceima ?
Notre secteur se porte relativement bien, oscillant entre de grandes opportunités et des défis majeurs. Il est important de souligner que, dans la région Nord, le secteur du textile est l’un des principaux employeurs, voire le premier. À lui seul, il génère à l’échelle régionale, plus de 120.000 emplois au sein des 700 unités industrielles que compte la région du Nord.
Au niveau national, c’est plus de 250.000 personnes qui travaillent dans notre secteur, tous métiers confondus, dans plus de 1600 unités industrielles dénombrés à l’échelle nationale. En termes de répartition des emplois à l’échelle nationale, notre région représente à elle seule 46,5 %, tandis que le reste du Maroc comptabilise 53,5 % restant.
Quelle est la place de la ville de Tanger dans ces statistiques ?
Tanger est le cœur battant du secteur textile et de l’habillement au Maroc, voire en Afrique. Nos unités industrielles produisent entre 280 et 300 millions de pièces annuellement. 90 à 95 % de cette production est destinée à la sous-traitance, en particulier pour la société Inditex. Le reste est réparti entre les produits finis et ceux destinés à d’autres clients.
Peut-on déduire que votre secteur est en bonne santé ?
Nous maintenons l’activité à un niveau appréciable, mais nous constatons dans l’ensemble une baisse du volume de travail, en général. Et cette situation est liée à plusieurs facteurs. Parmi ceux-ci, il y a le problème de la pénurie des matières premières qui impactent considérablement notre activité. Puisque nous devons importer les matières premières, notre secteur est dépendant non seulement de la conjoncture internationale tels que des crises de toutes natures, mais également de la qualité et la quantité de matières premières de nos fournisseurs.
Á cette problématique, il convient également de mentionner la question du changement climatique qui perturbe nos activités et affecte considérablement la régularité du travail. Ce phénomène bouleverse énormément le secteur du textile et exige des stratégies d’adaptation efficientes. Les perturbations observées, par exemple, au niveau des saisons impactent la planification de la production. Nos partenaires se posent constamment des questions sur les types de vêtements à fabriquer dans ce contexte où nous n’avons plus une grande visibilité au niveau du changement des saisons. Et de notre côté, élaborer des plannings pour adapter la production aux variations saisonnières devient difficile, ce qui conduit à une accentuation du phénomène de la Fast Fashion.
Pouvez-vous mieux expliciter ce concept de Fast Fashion ?
Il s’agit tout simplement de la réduction continue des délais imposés par nos partenaires. Les commandes qui nous parviennent de nos partenaires doivent être honorées dans des délais très courts, parfois même dans la même semaine suivant leur réception. Nous atteignons ainsi une durée de planification maximale de 15 jours !
Quels autres facteurs expliquent le développement de ce « fast fashion » ?
Il est possible d’évoquer le développement de nouvelles approches de vente. Plusieurs de nos partenaires, notamment espagnols, ne se contentent plus de vendre dans des points de vente physiques ; ils misent également, et de plus en plus, sur la vente en ligne, communément appelée e-commerce. Ces changements exercent certes une pression sur notre secteur, mais notre expertise en soustraitance nous permet de nous adapter et de maintenir notre position.
Il est de notoriété que notre pays se distingue dans le domaine de la soustraitance. Pouvez-vous nous expliquer ce qui rend le secteur marocain si compétitif, notamment par rapport à des géants comme la Chine et la Turquie ?
Oui, absolument. Nous avons acquis une expertise considérable dans la soustraitance. Il convient de noter que le secteur du textile à l’échelle mondiale se divise en quatre catégories : la sous-traitance, la cotraitance, la plateforme, et le produit fini. Dans le domaine de la sous-traitance, nous sommes parmi les meilleurs au monde. Cela s’explique par notre qualité, notre rapidité de livraison et des prix très compétitifs par rapport à nos concurrents, ce qui nous permet de rester très performants. C’est d’ailleurs pour cette raison que des groupes comme Inditex, l’un des plus grands détaillants au monde, restent fidèles à leurs accords avec nous. Nous sommes en mesure de leur fournir une rapidité et une qualité conformes à leurs attentes.
Qu’en est-il des marges dans ce domaine de la sous traitance ?
La marge de bénéfice de la sous-traitance dans le secteur de l’habillement et du textile a diminué ces dernières années, principalement en raison de la concurrence de plus en plus intense avec des pays comme l’Égypte, la Turquie, l’Éthiopie, le Vietnam et le Pakistan. Ces pays proposent également des services compétitifs, ce qui exerce une pression sur nos prix. Il y a un autre facteur important qui entre en jeu, c’est celui des difficultés de l’approvisionnement en matières premières dont j’ai déjà fait mention. En conséquence, nous envisageons de passer à la cotraitance, une approche qui permettrait de partager les responsabilités et les coûts avec nos clients, augmentant ainsi notre marge de bénéfice.
La co-traitance semble être une solution intéressante. Quels sont les défis à surmonter pour que cette approche réussisse, notamment en termes d’approvisionnement en matières premières ?
L’un des principaux défis pour mettre en place la co-traitance est la rareté des matières premières. Par exemple, pour le tissu, la destination la plus proche est la Turquie, tandis que la Chine est beaucoup plus éloignée. Cela rend les coûts logistiques très élevés, et accentue la pression qu’exerce le changement climatique sur nos activités. Pour y faire face, nous envisageons, par exemple, de travailler à l’inverse des saisons, c’est-à-dire de produire les vêtements d’hiver en été et ceux d’été en hiver, afin de mieux gérer les flux logistiques.
Vous avez également mentionné une troisième approche, celle de la plateforme. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Bien sûr. La plateforme est une approche qui combine à la fois la co-traitance et le produit fini. Elle vise à créer un espace où les tissus et accessoires de toutes sortes et de toutes marques seraient disponibles, que ce soit des produits fabriqués au Maroc ou importés. Cela permettrait de proposer des prix abordables pour toutes les parties concernées. Si cette stratégie fonctionne, nous pourrions même passer à l’étape suivante, à savoir un produit 100 % made in Morocco.
Quels grands virages stratégiques votre institution entend-elle mettre en œuvre pour faire face aux difficultés de votre secteur ?
L’arrivée de M. Ansari à la présidence de l’AMITH (ndlr au niveau national) nous a permis d’adopter une nouvelle stratégie. Nous visons à évoluer vers des modèles plus durables et rentables pour le secteur marocain, tout en restant attentifs à l’innovation et à la diversification de nos approches. L’objectif est de permettre au Maroc de devenir non seulement un acteur clé de la sous-traitance mondiale, mais aussi de renforcer notre industrie locale avec des produits finis « made in Morocco ». À cette fin, nous sommes en quête de nouveaux marchés et exploitons les opportunités offertes par les plus de 55 accords de libre-échange dont bénéficie notre secteur.
Et comment concrétisez-vous ce virage stratégique ?
Nous rencontrons de nouveaux partenaires et explorons de nouvelles pistes de collaboration. Une délégation de l’AMITH a, par exemple, effectué plusieurs visites en Chine pour renforcer notre orientation vers l’approche plateforme et la fabrication de tissus au Maroc. Grâce à cela, des résultats nous parvenons à des résultats promoteurs. Nous avons réussi à établir un accord entre notre pays et la Chine pour la construction d’une usine de fabrication de tissus à Fès, d’un investissement de plus de 4 milliards de dirhams. De plus, à Tanger, nous avons rencontré des professionnels chinois qui constituent la colonne vertébrale de ce secteur en Chine, et nous sommes en train de finaliser un accord avec deux mégaentreprises chinoises pour la fabrication d’un million de mètres de tissu par jour au Maroc. Ces deux entreprises seront installées à Dakhla, qui pourra ainsi se transformer en hub régional du tissu, situé à l’intersection des routes commerciales internationales africaines et européennes.
Quelle est l’importance de ce virage stratégique ?
Toutes les initiatives que nous mettons en œuvre visent à renforcer l’autonomie de notre industrie et sa compétitivité. La fabrication de la matière première au Maroc avec l’appui de nos partenaires chinois va considérablement améliorer notre positionnement sur le marché mondial du textile et de l’habillement. Nous pourrons ainsi, à titre d’exemple, mieux tirer profit des opportunités offertes par la zone de libre-échange continentale Africaine (ZLECAF) .
Comment toutes les initiatives gravitant autour de votre virage stratégique ont-elles été accueillies ?
Très bien. Nos différents partenaires sont ravis de nos initiatives, notamment celles menées avec la Chine. Et pour nous le témoigner, ils n’hésitent pas à nous apporter une précieuse aide. Ce qui est, par ailleurs, compréhensible, car toute notre stratégie repose sur l’optimisation et la maîtrise des coûts, ainsi que la préservation de la qualité.
Il convient de préciser ici que l’Etat joue un rôle important dans la mise en œuvre de notre stratégie, et, plus généralement, dans le soutien de notre secteur. Les pouvoirs publics mettent en effet à notre disposition des subventions et différentes formes d’aides qui nous permettent de consolider nos acquis et d’assurer la prospérité de notre secteur industriel, conformément à la Vision Royale de Sa Majesté le Roi Mohammed VI (Que Dieu l’assiste).

Des indiscrétions glanées à bonnes sources font état de la création prochaine d’une SMART ZONE dédiée à votre secteur ?
Ce mégaprojet de Smart Zone représente un saut qualitatif dans le développement industriel de la région de Tanger-Tétouan-Hoceima, jetant les bases d’une économie prometteuse basée sur la connaissance et l’innovation. Cette réalisation est le fruit des efforts conjugués des secteurs public et privé, et témoigne de notre engagement en faveur d’un développement durable global.
Le soutien continu du Wali de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, M. Younes Tazi, nous a fortement encouragés à atteindre cet objectif, car sa vision stratégique perspicace et son soutien continu ont contribué à cristalliser une vision claire du projet et à surmonter les obstacles auxquels nous avons été confrontés.
Grâce à ce projet ambitieux, nous visons à construire une zone industrielle intelligente spécialisée dans le textile, en tirant parti de la situation stratégique du Maroc en tant que porte d’entrée vers l’Afrique et l’Europe.
Cette zone sera un modèle à imiter au niveau national et continental, combinant le développement technologique et la préservation de l’environnement en fournissant une infrastructure avancée qui comprend des zones industrielles équipées des dernières machines et technologies, ainsi que des services intelligents qui contribuent à l’amélioration de la productivité et à la réduction des coûts.
La stabilité politique dont jouit notre pays, grâce au leadership avisé de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a créé un environnement attractif pour l’investissement, permettant le formidable développement de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Nous sommes convaincus que ce projet renforcera la position du Maroc en tant que destination attrayante pour les investissements et ouvrira de nouveaux horizons pour la croissance économique et sociale.
























