Quasiment 16,00 Dirhams le litre d’essence et plus de 14,5 Dirhams celui du gasoil au Maroc, les prix des carburants montent en flèche depuis un mois suite au conflit en Iran, générant mécontentement des transporteurs, colères des chauffeurs de taxi, et d’une manière générale une grogne de l’environnement économique et sociale.
Pays non producteur de pétrole, et dépendant à 100% de ses importations, le Royaume du Maroc paie cher l’envolée des cours de l’or noir dans le sillage de la guerre en Iran. Selon le Haut-commissariat au plan, le prix du carburant à grimpé de plus de 25% en Avril, après une augmentation de 20 % au mois de Mars. L’impact de cette hausse est d’autant plus fort qu’elle se répercute sur l’ensemble des prix des matières premières et produits de première nécessité, fragilisant davantage une économie qui est à peine en train de se remette de six années consécutives de sécheresse.
FAVEURS AU SECTEUR PRIVE
Le salaire minimum n’excédant pas en brut, les 3500,00 Dirhams, les acteurs économiques s’interrogent de manière palpable à propos de leur budget. Si en date du 02 Juin 2022, le gouvernement de sa Majesté le Roi Mohamed VI, avait annoncé, une vague d’aide aux professionnels du transport de 344 et 540 millions de Dirhams, justifiant son choix de cibler le secteur du transport en raison de son impact direct sur tous les produits de consommation, il ne serait pas illégitime que l’exécutif réitére une opération similaire, pour autant et sous réserve que la situation actuelle vienne à durer, ou à s’aggraver par un renchérissement du prix du pétrole sur les marchés internationaux. En tout cas, le gouvernement exclut pour le moment toute réduction, à savoir droit de douane à l’importation (DDI) Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et la taxe intérieure de consommation (TIC), comme il a écarté un retour à la subvention des carburants telle qu’elle était en pratique avant sa suppression en 2015, en raison semble-t-il de son « iniquité » et de son lourd impact budgétaire. Non sans fondement, le gouvernement impute l’entière responsabilité de cette flambée des prix au conflit en Iran, toutefois certaines voix mettent également en cause, les marges bénéficiaires jugées excessives des sociétés pétrolières depuis la libéralisation du secteur des hydrocarbures en 2015, institutionnalisée par une reforme dont est absente toute forme de régulation selon certains observateurs qui jugent ce marché, oligopolistique et opaque, détenu par quatre sociétés à hauteur de 70% et définissant les prix à leur guise…
UN CARTEL PETROLIER
Au parlement, pour la presse et l’opinion publique, cette épineuse question des mages bénéficiaires des distributeurs de carburant, dans un marché très concentré, fait parfois l’objet de passe d’armes, conférant, à ces acteurs une influence décisive sur les prix de détail sans véritable concurrence susceptible d’atténuer leurs marges élevées. A cet effet, le conseil de la concurrence dans un rapport du deuxième trimestre de 2024, appelle implicitement à une réflexion sérieuse sur la mise en place de mesures correctives telles qu’une révision des cadres réglementaires ou encore l’introduction de dispositif permettant de plafonner les marges bénéficiaires, deux mesures que le gouvernement de Monsieur Aziz Akhannouch préfère écarter pour le moment. En fait, la question est de parvenir à trouver un équilibre entre les impératifs de rentabilité des opérateurs et la protection des intérêts des consommateurs. Le premier ministre avait rétorqué lors d’un débat houleux dans l’Hémicycle: «Tout ce qui se dit sur les marges est du pur mensonge» …n’empêche, ce magnat du pétrole est lui-même l’objet de critiques en raison de sa double casquette de dirigeant politique et actionnaire majoritaire du premier distributeur de carburant au Royaume du Maroc. Certains vont jusqu’à soupçonner un conflit d’intérêt qui se crée, personnifiant la collusion entre le monde des affaires et la classe dirigeante, sans préjugé du fait de l’amende à hauteur de 9% sur le chiffre d’affaire annuel du trio, Afriquia, Total et Shell pour entente illicite infligée par le conseil de la concurrence. In fine, au motif d’irrégularités constatées dans la procédure, son président est révoqué et les amendes passées outre…
VOLONTARISME DEFAILLANT
Sur fond de contestation des mirobolantes marges bénéficiaires du secteur pétrolier au Maroc, l’exécutif est également pointé du doigt pour son incapacité ou passéisme à redémarrer la seule raffinerie de pétrole du Royaume, la Samir, qui avait ouvert en 1959 avant d’être privatisée en 1997, puis placée en liquidation judiciaire en 2016 pour cause de gestion défaillante.
En définitive, l’abandon de cette raffinerie capable de couvrir 60 % des besoins nationaux en pétrole, a, participé au renchérissement du carburant pour les utilisateurs, car le pétrole brut importé, reste moins cher que le raffiné sans rappeler les capacités de stockage bien supérieurs à celles des sociétés pétrolières. Par ailleurs, en foi de quoi, il a été écarté l’idée de réguler les prix des hydrocarbures, de faire jouer le levier fiscal ou d’instituer un prélèvement exceptionnel sur les bénéfices des pétroliers, qui auraient pu être redistribué aux consommateurs sous forme de chèques carburant ou de bouclier tarifaire.
Tachons dans la mesure du possible de nous inspirer des dispositions que bon nombre de pays européens ont mis en œuvre dans ce compartiment de la mobilité…
Par Afif Khalladi
Docteur en économie et finances
Paris 1 Panthéon -Sorbonne























