Abandonner des trottoirs cassés pendant des années sans les réaménager. Ignorer des rues et des avenues sans un éclairage public adéquat. Faire semblant que la ville ne souffre pas d’un grave problème de saleté, conséquence de l’inefficacité des sociétés responsables du ramassage des déchets ménagers…
Les populations locales n’arrivent plus à comprendre la logique des autorités responsables dans leur gestion des affaires de la ville.
« Est-ce un problème d’efficience ou tout simplement, élus et autres dirigeants se foutent des problèmes dont souffre Tanger? »
C’est la question que se pose tout le monde dans cette ville à l’aspect moderne mais qui, au fond, cache d’énormes lacunes.
Les sociétés chargées de cette gestion ne sont pas inconnues, ni mal structurées pour justifier cet abandon de leurs missions. Au contraire, ces entreprises sont même très solides et sont filiales de grands groupes présents sur la scène internationale, ce qui prouve qu’elles ont l’habitude de travailler en respectant certaines normes de qualité et surtout les cahiers des charges les liant aux villes où elles sont présentes.
C’est le cas de la société Amendis, filiale du groupe français Veolia, très présent à l’échelle mondiale.
A priori, Amendis, via ses filiales présentes à Tanger, chargées de la gestion de l’éclairage public et de l’assainissement liquide, ne devait souffrir d’aucune incapacité dans son domaine. Pourtant, tous les habitants de Tanger se plaignent des « mauvais » services fournis par cette société.
L’autre insupportable situation trouve son origine dans la gestion du secteur du nettoyage et du ramassage des déchets. Il est certain qu’une grande partie des habitants ne respectent pas les normes quand ils se débarrassent de leurs poubelles, en plus des problèmes posés par les gens qui collectent les articles en plastique et en carton, entre autres produits. N’empêche, l’inefficacité des deux sociétés Mecomar et Arma complique clairement la situation.
Cela dure depuis longtemps sans qu’aucune mesure ne soit prise pour rendre plus propre la ville.
Au niveau des services communaux, la liste des « négligences » est malheureusement assez longue. Des chaussées trouées, des trottoirs défoncés, des canalisations et des oueds non couverts, une corniche au carrelage cassé et autres bâtiments en fer entièrement rouillé…
Tout cela arrive à Tanger sans que les autorités locales ne réagissent pour mettre fin à cette situation. Ce qui provoque un phénomène identique à celui de la fenêtre brisée. Une expérience qui explique exactement ce qui arrive à Tanger.
C’est quoi la fenêtre brisée?
C’est l’Américain Philip Zimbardo, psychologue et sociologue, qui a mené une expérience en 1969, devenue plus tard l’une des plus célèbres dans les études des sciences sociales en général.
Le scientifique a laissé deux voitures avec des portes ouvertes et des plaques d’immatriculation manquantes dans deux zones différentes, l’une d’elles dans un quartier pauvre et l’autre dans un quartier riche. Les passants du quartier pauvre ont commencé à voler et à vandaliser la voiture en quelques minutes et elle a été complètement détruite en trois jours.
En observant que les habitants du quartier riche n’avaient pas réagi de la même façon que ceux du quartier pauvre, Philip Zimbardo a lui-même cassé les vitres de la voiture, et il a suffit de quelques heures pour que le véhicule soit entièrement cassé et volé par les passants.
La voiture était transformée en ferraille en quelques jours…
En 1982, deux autres scientifiques ont poursuivi l’étude de Zimbardo et ses observations en menant des études similaires sur des bâtiments et d’autres propriétés dans différentes régions. Ils ont pu développer un théorie qu’ils ont appelée la « Théorie de la fenêtre brisée », citée dans de nombreuses études et livres de sociologie.
Cette théorie explique que le fait de négliger de résoudre tout problème dans un environnement – aussi petit soit-il- affectera négativement les attitudes et le comportement des gens envers cet environnement, conduisant à des problèmes plus nombreux et plus importants, et vice versa.
En outre, résoudre rapidement les petits problèmes conduira à un meilleur environnement et à un meilleur comportement. Ce qui est intéressant dans ces études, c’est que les personnes qui ont vandalisé des voitures et des bâtiments n’étaient pas des criminels, et la plupart d’entre eux étaient des citoyens ordinaires et respectueux des lois. Cependant, la fenêtre brisée a envoyé un message caché suggérant que «Personne ne s’en soucie et il n’y a probablement aucune conséquence à détruire ce qui est déjà brisé».
Cette théorie peut s’appliquer à de nombreux autres domaines de la vie. Et c’est là exactement notre problème à Tanger!
Par exemple, si quelqu’un a laissé des ordures dans un jardin public, et que ces ordures n’ont pas été enlevées dans un délai raisonnable, et qu’aucune sanction n’a été appliquée à ceux qui les ont jetés, cela conduira d’autres personnes à faire la même chose dans le même parc et dans d’autres, et les parcs se transformeront en dépotoirs qui éloignent les visiteurs, comme c’est le cas aujourd’hui dans certains parcs publics.
Si un enseignant permet à un élève de tricher à un examen, la tricherie sera acceptable dans d’autres examens de la part d’autres élèves à tous les niveaux d’éducation, et à la maison, si vous ne lavez pas la vaisselle immédiatement après avoir mangé, cela entraînera une accumulation et éventuellement des problèmes de santé majeurs à l’avenir.
Un petit désaccord avec votre partenaire peut entraîner de plus gros problèmes qui se terminent par la désintégration de la famille, dont l’impact peut durer plusieurs générations.
Conclusion: ignorer les petits problèmes aujourd’hui conduira à des problèmes beaucoup plus importants à l’avenir. En fait, bon nombre des problèmes de santé, environnementaux et sociaux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, sont le résultat d’accumulations de petites mauvaises actions, comportements et circonstances qui ont été ignorés dans le passé.
Et c’est exactement ce qui arrive avec Amendis, Arma et Mecomar, les bus d’Alsa, la société chargée de la gestion des espaces verts…
Question: à la Wilaya comme à la Commune préfère-t-on la fenêtre brisée?
Par A. REDDA
























