Une nouvelle page s’ouvre dans les liaisons maritimes entre Tanger et Tarifa. Baleària s’apprête à mettre à flot, le 23 octobre, le premier de ses deux nouveaux ferries rapides entièrement électriques destinés à relier Tanger Ville au sud de l’Espagne. Une première étape vers la création d’un corridor maritime vert entre l’Europe et l’Afrique.

Le détroit de Gibraltar pourrait bientôt accueillir une nouvelle génération de navires. La compagnie espagnole Baleària franchira, le 23 octobre, une étape majeure de son projet de décarbonation avec la mise à flot du premier de deux fast ferries 100% électriques destinés à assurer la liaison entre Tanger Ville et Tarifa.
Construit aux chantiers navals Armón de Gijón, le nouveau catamaran devrait entrer en service à l’été 2027. Son sister-ship suivra avant la fin de la même année. Les deux navires formeront ainsi le cœur du premier corridor maritime vert entre l’Espagne et le Maroc.
Le projet représente un investissement global de plus de 200 millions d’euros, comprenant la construction des deux navires mais également l’électrification des infrastructures portuaires et la mise en place de systèmes de recharge à Tanger et à Tarifa.
Baleària mise ainsi sur une transformation complète de la liaison maritime, et non sur le seul remplacement des moteurs des navires. L’objectif est de disposer d’un véritable écosystème électrique permettant aux ferries de traverser le détroit sans émissions en navigation.
Chaque catamaran sera doté de quatre propulseurs électriques alimentés par des batteries. Avec une puissance électrique de 16 MW et une capacité de stockage annoncée à 13,8 MWh, les navires pourront effectuer la traversée d’environ 18 milles nautiques en propulsion électrique. Des générateurs diesel de secours seront néanmoins installés pour faire face aux éventuelles situations de contingence.
Au-delà de la prouesse technologique, le projet confère à Tanger Ville une place particulière dans la transition énergétique du transport maritime.
La ligne Tanger-Tarifa est l’une des liaisons les plus emblématiques du détroit. Elle relie directement deux rives distantes de quelques dizaines de kilomètres et constitue un axe essentiel pour les voyageurs, les familles, les échanges économiques et le tourisme entre le Maroc et l’Espagne.
Avec l’électrification de cette liaison, Tanger devient ainsi l’un des points d’ancrage d’une expérience appelée à dépasser le seul cadre régional. Baleària présente en effet le projet comme le premier corridor vert intercontinental entre l’Europe et l’Afrique.
La performance du dispositif repose également sur les infrastructures installées dans les deux ports. Les navires pourront recharger leurs batteries durant leur escale, prévue pour durer environ une heure.
Selon Baleària, un système combinant alimentation électrique à quai et batteries stationnaires permettra de réaliser une recharge complète en environ 40 minutes. Des bras robotisés autonomes assureront la connexion entre le navire et les installations portuaires.
L’arrivée de ces deux ferries électriques intervient alors que le détroit de Gibraltar s’affirme de plus en plus comme un espace stratégique pour les échanges entre l’Europe et l’Afrique.
Pour Tanger, l’enjeu dépasse donc la modernisation d’une ligne maritime. Il s’agit de positionner la ville comme l’une des portes d’entrée de la mobilité maritime décarbonée entre l’Afrique et l’Europe.