A priori, tout le monde à Tanger, spécialement les riverains du centre-ville et ces vieilles ruelles du boulevard Pasteur, s’attendent à un joli réaménagement de cet axe que forment les rues Velasquez et Amr Ibn Al-Aas.
Délaissées durant de la période de l’indépendance, ces ruelles piétonnes ont subi le mauvais sort d’être envahies par des bars, des discothèques et des hôtels de passe d’un très bas niveau, sans aucune qualité de services, ni de contrôle pour protéger les habitants.
Résultat: en quelques années, cet espace s’est transformé en un grand bordel où il était facile (il l’est encore) de se procurer de la drogue et des prostituées.
La nuit, ces ruelles sont un enfer duquel seule la rue Velasquez, grâce à des initiatives de quelques courageux intellectuels et artistes, a pu relativement être sauvée. Mais pas encore définitivement.
Les artistes Najoua Elhitmi et Sanae Alami, Yann Tribes et Bernard Liagre, entre autres investisseurs dans l’art et la culture, ont suivi le pas de Stéphanie Gaou, la première à avoir décidé, il y a 15 ans, de s’installer dans cette dangereuse ruelle piétonne.
Depuis, une sacré révolution y est née. Un centre de think thank, de beaux petits bazars et des galeries, etc., y sont ouverts. Grâce à de belles expositions et des conférences, beaucoup d’intellectuels ont envahi la rue Velasquez, où un café (où se réunissaient des prostituées) et un vieux bar ont même baissé les rideaux.
N’empêche, la salvation n’est pas totale dans cette rue historique de Tanger. En effet, malgré toutes ces belles initiatives, les riverains souffrent toujours de la dégradation du site et de l’absence totale de la sécurité.
« Chaque jour un nouveau visage débarque dans la rue Velasquez: des personnes perdues, souvent alcoolisées ou sous l’emprise de drogues, hommes et femmes confondus… Ils s’installent salissent, dérangent, parfois même agressent… On ne se reconnaît plus dans notre propre rue. Même chez nous, dans nos appartements, on ne se sent plus en sécurité… », déclare l’artiste Sanae Alami.
« Les personnes qui prenaient du crack derrière Fendaq chejra sont tous venus se shooter dans la rue Velazquez. Essentiellement des femmes et leurs enfants. Au-delà de la tristesse que nous ressentons tous, nous sommes agressés par ces femmes et les mecs qui les surveillent. C’est la triste réalité », rappelle Stéphanie Gaou qui ajoute que « tout le quartier le confirme. Nous sommes fatigués. La rue Velazquez, comme les autres rues de ce quartier, devrait être un cœur de vie tangéroise accueillant, ouvert… »
Dans ce périmètre du boulevard Pasteur, il ne suffit pas uniquement de réaménager la chaussée et de passer un coup de chaux blanche sur les façades sales des vieux bâtiments espagnols. Il faut aussi programmer et mettre en œuvre un vrai projet de sécurité qui mettra définitivement fin au vandalisme, à la prostitution et aux drogues dures. L’idéal est d’y installer une cellule de la police des mœurs. Car c’est aussi par la sécurité que Tanger réussira sa coupe d’Afrique et du monde et d’être là belle vitrine du Maroc sur le bassin méditerranéen.
Par Abdeslam Reddam























