Une belle pièce théâtrale écrite et dirigée par Manuel Gutiérrez Aragon

La vida perra de Juanita Narboni en mode pièce théâtrale. Une première à Tanger ces jeudi 8 et vendredi 9 décembre au centre culturel et artistique Riad Sultan.
Un rendez-vous a ne pas rater pour les amoureux du bon théâtre, surtout que Juanita, le personnage de cette belle histoire adaptée et dirigée par l’espagnol Manuel Gutiérrez Aragon, sera interprété par la Tangéroise Romina Sanchez, une actrice qui impose son énorme talent artistique actuellement en Espagne et ailleurs.

Interrogé par La Dépêche, Manuel Gutiérrez Aragon est revenu sur les conditions de l’écriture de cette histoire interprétée d’abord en cinéma et actuellement en théâtre.
“Se produire d’abord à Tanger est tout à fait naturel puisque l’histoire est liée à cette ville durant une époque bien déterminée de son passé. La proposition de faire de cette œuvre une pièce théâtrale est du directeur de l’Institut Cervantes, Javier Riojo Jambrina qui m’a demandé de faire une version théâtrale et de la diriger. Pour le choix de Romina Sanchez (il s’agit là aussi d’une proposition du directeur du Cervantes), je pense qu’il est naturel. Elle est de Tanger et elle connaît parfaitement a la fois sa ville natale et l’histoire de La vida perra de Juanita Narboni. Certes elle est jeune par rapport à l’âge du personnage qu’elle va jouer, mais elle le fera très bien. Je l’ai déjà vu sur scène et elle est une bonne actrice.
La vida perra de Juanita Narboni est l’œuvre de l’écrivain espagnol Ángel Vazquez, romancier et nouvelliste né à Tanger en 1929 et décédé à Madrid en 1980.

Après avoir brièvement fréquenté les écoles françaises, italiennes et espagnoles de la ville, Vazquez est contraint d’achever ses études en autodidacte tout en occupant des emplois subalternes pour subvenir à ses besoins.

Prix Planeta dès son premier roman, Vazquez ne publiera pourtant que trois romans et quelques nouvelles durant toute sa carrière, allant même jusqu’à brûler tous ses manuscrits quelques heures avant sa mort. Sa situation matérielle s’étant fortement dégradée avec l’indépendance, il s’exilera en 1965 pour l’Espagne, pays auquel il était paradoxalement resté étranger.

Suivront alors plus de dix ans de souffrances et de tentatives diverses pour trouver la voix et la forme du livre de sa vie :La vida perra de  Juanita Narboni. Durant ce long monologue, Juanita nous conte les différentes époques d’une vie qui se confond avec le destin du Tanger international et cosmopolite dont Vazquez avait l’ambition de recréer le son, l’atmosphère et la langue. Ce n’est que lors de l’exil dans un Madrid franquiste où il est si mal à l’aise, qu’il finira par trouver la distance nécessaire pour inventer un « langage-souvenir » fait de nostalgie, de lucidité et d’autodérision.
Admiré des plus grands, de Goytisolo à Carpentier, Vazquez est aujourd’hui largement reconnu comme un auteur majeur malgré sa position atypique dans les lettres espagnoles. Son chef d’œuvre, Juanita, figure au classement des dix romans les plus importants depuis la transition démocratique établi par le quotidien El Pais à l’occasion du salon de Francfort consacré à l’Espagne.