Par Dr. Ali GHOUDANE – Docteur chercheur en Sociologie
Cf. mon blogspot : kroniquesociale.blogspot.com/
« Ainsi le peuple n’est pas misérable parce qu’il paie au-delà de ses moyens, mais il est misérable encore par l’usage de ce que l’on fait de ce qu’il paie » – Benjamin Constant 1.
L orsque le mouton de l’Aïd Al-Adha, passant de “sunna mou’akkada” à un luxe inaccessible, cela dépasse la simple contrainte budgétaire: c’est le signe d’une crise socio-économique profonde. En effet, face à l’inflation, à la flambée des prix, ainsi qu’à la stagnation des salaires, des pensions de retraite et à la montée du chômage, l’achat de la bête se transforme en un fardeau, voire en une source d’endettement pour les foyers les plus modestes.
Au milieu de la flambée des prix, le mouton de l’Aïd Al-Adha2 devient un véritable cauchemar qui hante des milliers de familles marocaines. Entre la hausse du coût de la vie, l’érosion du pouvoir d’achat et la stagnation des revenus, de nombreux citoyens se retrouvent aujourd’hui dans l’incapacité d’accomplir ce rite dans des conditions dignes.
Alors que le ministre de l’Agriculture affirme devant le Parlement que les prix des moutons seraient «à la portée de tous», évoquant des tarifs à partir de 1 000 dirhams, la réalité des marchés raconte une tout autre histoire: dans de nombreuses régions, les prix dépassent largement les 3000 à 4000 dirhams, voire davantage selon le poids et la qualité du bétail. Pour une grande partie des ménages, le dilemme devient alors cruel : acheter le mouton ou payer le loyer, l’eau, l’électricité et les autres charges indispensables du quotidien.
Cette fête religieuse, traditionnellement symbole de solidarité, de partage et de joie familiale, se transforme ainsi en source d’angoisse, d’endettement et de frustration sociale. Les marchés affichent des prix hors de portée pour de nombreuses familles, tandis que le sentiment d’injustice grandit face aux inégalités sociales et à l’absence de mesures réellement capables d’alléger le fardeau des plus modestes.
La situation suscite d’autant plus d’incompréhension que l’État a mobilisé des milliards de dirhams issus de l’argent des contribuables afin de soutenir les éleveurs et de faire baisser les prix de la viande rouge et des moutons. Pourtant, malgré ces aides et exonérations, les citoyens peinent toujours à constater une amélioration concrète sur les marchés.
La question devient alors inévitable: où est le contrôle des prix? Où sont les mécanismes de protection du pouvoir d’achat? Un gouvernement ne peut rester simple spectateur lorsque des millions de citoyens peinent à préserver leur dignité et leurs traditions séculaires les plus profondément enracinées.
L’Aïd Al-Adha ne devrait jamais devenir le symbole d’une fracture sociale grandissante entre ceux qui peuvent encore célébrer ce rite dans la sérénité et ceux qui se retrouvent contraints et incapables même de satisfaire leurs besoins de survie quotidienne. Un tel phénomène social, ainsi que d’autres situations similaires, appelle une intervention urgente des autorités compétentes afin de protéger le pouvoir d’achat des citoyens, de lutter contre la spéculation et de préserver la cohésion sociale.
1Benjamin Constant de Rebecque (1767-1830) est un républicain engagé pendant la Révolution française, élu député en 1818, lors de la Restauration, défendant le régime parlementaire. Benjamin Constant est également auteur de romans psychologiques comme Adolphe ou Le Cahier Rouge et de divers essais politiques et religieux.
2L’Aïd al-Adha (ou Aïd el-Kébir) est la fête religieuse la plus importante de l’islam, également connue sous le nom de « Fête du Sacrifice ». Elle commémore la soumission à Dieu du prophète Ibrahim (Abraham), qui était prêt à sacrifier son fils avant qu’un bélier ne lui soit substitué…

























