La guerre en Iran et les tensions énergétiques internationales commencent à modifier les prévisions aériennes et touristiques du Maroc pour l’été 2026. Bien que le pays continue de bénéficier d’une forte demande internationale et de sa proximité avec l’Europe, les compagnies aériennes ont commencé à réajuster leurs programmations en raison de la flambée du prix du kérosène et de l’augmentation des coûts opérationnels liés au contexte géopolitique.

Entre avril et mai, plusieurs compagnies ont revu leur capacité vers le Maroc pour la saison estivale. Cet ajustement ne se traduit pas forcément par une baisse importante du nombre total de touristes, mais plutôt par une transformation du profil des visiteurs et de la valeur économique du tourisme entrant.
L’enjeu ne réside pas uniquement dans le nombre de sièges disponibles, mais aussi dans le type de liaisons affectées. Dans le secteur aérien, l’indicateur le plus révélateur reste l’ASM (Available Seat Miles ou sièges-milles disponibles), qui mesure la capacité réelle en multipliant le nombre de sièges par la distance parcourue.
Dans le cas du Maroc, les routes les plus sensibles sont les vols long-courriers en provenance du Golfe, d’Amérique du Nord et d’Asie, des marchés associés à une clientèle à fort pouvoir d’achat. Un vol Dubaï-Casablanca ou Doha-Marrakech génère un impact économique bien supérieur à un vol court depuis Marseille, Madrid ou Milan, même si le nombre de passagers est similaire.
La conséquence pour le tourisme marocain est importante: le Maroc peut continuer à battre des records d’arrivées internationales cet été grâce à la croissance du trafic européen et low-cost, sans pour autant garantir une hausse proportionnelle des recettes touristiques.

Le modèle touristique marocain repose désormais sur deux dynamiques distinctes:
tLe tourisme européen de proximité -notamment la France, l’Espagne, l’Italie, la Belgique et le Royaume-Uni- qui apporte du volume.
tLe tourisme premium long-courrier — Golfe, États-Unis et certains marchés asiatiques — qui génère des dépenses moyennes beaucoup plus élevées par visiteur.

Avec la crise énergétique actuelle, les compagnies aériennes privilégient les routes les plus rentables et les moins risquées opérationnellement. Cela favorise clairement les vols européens de court et moyen-courrier vers Marrakech, Agadir, Tanger ou Casablanca, opérés par Ryanair, easyJet, Transavia, Air Arabia Maroc ou Vueling.
En revanche, certaines connexions intercontinentales pourraient réduire leurs fréquences, remplacer les gros-porteurs par des appareils plus petits ou augmenter fortement le prix des billets. L’ajustement ne passe pas toujours par des annulations: de nombreuses compagnies pratiquent désormais le “downgauging”, c’est-à-dire maintenir une ligne tout en utilisant des avions de capacité inférieure afin de réduire les coûts de carburant.

Cette situation pourrait affecter particulièrement:
tle tourisme de luxe,
tles séjours longue durée,
tle segment MICE (congrès et voyages d’affaires),
tainsi que le tourisme à forte dépense provenant du Golfe et d’Amérique du Nord.

Le prix du kérosène est devenu le principal facteur de pression pour les compagnies aériennes. En quelques semaines seulement, le carburant aérien a augmenté de plus de 100 % sur certains marchés internationaux, obligeant les transporteurs à revoir leurs équilibres financiers, leurs fréquences et leurs capacités.

Le Maroc conserve néanmoins plusieurs avantages stratégiques face aux autres destinations méditerranéennes:
1. La proximité géographique avec l’Europe
Les distances courtes limitent l’impact du carburant sur le coût total du billet. Un vol Paris-Marrakech ou Madrid-Tanger consomme beaucoup moins de kérosène qu’une liaison Asie-Europe.
2. La solidité du modèle low-cost
Les compagnies à bas coût continuent d’investir fortement sur le Maroc grâce à des taux de remplissage élevés et des rotations rapides. Cela permet de maintenir les flux touristiques malgré la crise.
3. La compétitivité des prix
Le niveau relativement compétitif des coûts locaux permet au Maroc de rester attractif face à la Turquie, à la Grèce ou à certaines destinations européennes.
4. La diversification des marchés
Même si la France et l’Espagne restent essentielles, le Maroc a réussi à renforcer sa présence au Royaume-Uni, en Italie, en Europe de l’Est et en Afrique de l’Ouest.
Cependant, le principal risque pour le Maroc cet été n’est pas une chute brutale du tourisme, mais une transformation progressive du profil des visiteurs.
Si la croissance repose principalement sur des vols européens low-cost et un tourisme de courte durée, le Maroc pourrait enregistrer des records de fréquentation et d’occupation hôtelière tout en constatant une baisse du revenu moyen par touriste.
Autrement dit: le pays pourrait accueillir davantage de visiteurs, mais générer moins de rentabilité par voyageur.
La situation rappelle de plus en plus le modèle touristique espagnol: un tourisme de masse soutenu par le court-courrier européen, tandis que le long-courrier premium perd progressivement du poids sous l’effet du coût du carburant et des incertitudes géopolitiques.
Les perspectives générales restent toutefois positives. Le Maroc devrait demeurer l’une des destinations les plus résilientes du bassin méditerranéen en 2026 grâce à sa connectivité européenne, sa stabilité relative et son positionnement fort dans le tourisme urbain et balnéaire.
Le véritable défi pour le tourisme marocain cet été sera donc de préserver l’équilibre entre quantité et qualité: non seulement remplir les avions et les hôtels, mais aussi maintenir le niveau de dépense et la valeur économique généré.

Par Abderrahim Ouadrassi