Même si dans l’apparence Tanger semble être dotée suffisamment de barrages hydrauliques, la réalité nous rappelle chaque jour que la mauvaise gestion et utilisation de l’eau potable, par les autorités de tutelle et les populations, risque fort de causer de très graves problèmes durant les prochaines années.
A Tanger, comme partout dans les villes et les villages de la région Nord, les autorités responsables doivent absolument prendre rapidement les mesures adéquates pour préserver l’eau, rationaliser son utilisation et arrêter en toute urgence toutes les formes de son gaspillage.
Si aucune mesure n’est prise aujourd’hui, demain l’eau deviendrait très rare et très chère.

“Si le Maroc satisfait les besoins en eau de sa population aujourd’hui, c’est grâce à la politique des barrages initiée par feu Hassan II dans les années 1960”. Cet axiome rabâché par les spécialistes de la question de l’eau et par les officiels ne suffit plus à cerner tous les aspects de la politique hydraulique du royaume. Elle est démodée et dépassée.
En effet, le dernier constat de la Cour des comptes est alarmant.

Selon le dernier rapport 2019-2020 de la Cour, le Maroc figure parmi les 20 pays les plus “stressés” au monde en termes de disponibilité de cette ressource vitale. Pour pallier cette contrainte périlleuse, les magistrats de la Cour ont mis en exergue un ensemble de défis liés essentiellement à la mobilisation des ressources hydriques, à l’optimisation de leur usage ainsi qu’à leur protection.
De prime à bord, les rédacteurs du rapport 2019-2020 de la Cour des comptes dressent le potentiel du Maroc en ressources hydriques. Ce dernier est estimé à 22 milliards de m3 par an. Autant dire que le Royaume fait parmi des pays les moins dotés en ressources hydriques. En 2020, le potentiel en ressources en eau rapporté à la population était de 620 m3/habitant/an alors que la moyenne mondiale fixée par les Nations Unies est de 1.000 m3. Les eaux superficielles et souterraines mobilisées sont utilisées principalement dans l’irrigation (jusqu’à 88%), la fourniture d’eau potable et la satisfaction des besoins des autres secteurs économiques (jusqu’à 12%).

Recommandations

Il ressort des missions réalisées par la Cour de comptes que la gestion du secteur de l’eau connaît plusieurs insuffisances à tous les niveaux : mobilisation, valorisation et préservation des ressources en eau, mais aussi dans la planification, l’organisation et le financement du secteur. «La mobilisation des ressources en eau fait face à un déséquilibre structurel interbassins au niveau des apports hydriques annuels, avec de grandes disparités temporelles et spatiales», peut-on lire sur la synthèse du rapport. Ainsi, certains bassins sont excédentaires et les eaux stockées dans les barrages sont parfois déversées en mer, faute d’exploitation, alors que d’autres peinent à disposer des ressources hydriques pour assurer l’alimentation en eau d’irrigation, voire même en eau potable.

Pour répartir équitablement les ressources en eau, la Cour des comptes recommande de réaliser les projets matures de connexions interbassins. Cette recommandation rappelle le projet des “autoroutes de l’eau” défendu par l’ex-secrétaire d’État chargée de l’Eau, Charafat Afilal, visant à transporter l’eau du Nord vers le Sud, et qui avait été abandonné. D’un autre côté, la Cour constate que les barrages font face au phénomène d’envasement qui réduit leur capacité globale de stockage de 75 millions de m3 par an.

La surexploitation des eaux souterraines, estimée à 1,1 milliard de m3/an, est aussi pointée du doigt. Surtout qu’en parallèle un volume de 1,7 milliard de m3/an initialement stocké dans les barrages n’est pas utilisé. Une autre aberration relevée par la Cour des comptes. Pour ce qui est des eaux non conventionnelles, ces dernières se limitent à 0,9% de la totalité des ressources en eau mobilisées, relève la Cour. Cette dernière encourage le recours au dessalement, à la réutilisation des eaux usées et à la collecte des eaux pluviales.

Face à la rareté de l’eau, le Maroc doit absolument préserver ses ressources. Dans ce sens, la Cour réalise le bilan d’inventaire et de sécurisation des biens du domaine public hydraulique et regrette sa faiblesse et le recours limité aux mécanismes juridiques de protection. Un chiffre qui donne froid dans le dos est dévoilé par la Cour des comptes. Le coût de la dégradation des ressources en eau liée à la pollution est estimé à 1,26% du PIB ! «À ce titre, la Cour a recommandé de prendre les mesures nécessaires permettant l’amélioration de la délimitation et de la protection du domaine public hydraulique, et de mettre en place les conditions nécessaires à l’application du principe “pollueur-payeur”, ainsi que le renforcement de la police de l’eau», souligne le rapport. Aussi, le manque de synergies “Eau-Énergie-Agriculture” exclut toute convergence et tout alignement des stratégies de ces trois secteurs, ce qui impacte négativement toute planification.

Au niveau du financement du secteur, il est évident pour les magistrats de la Cour que le modèle économique et financier n’est pas viable dans ce contexte de raréfaction de stress hydrique. Dans ce cadre, la Cour a recommandé d’optimiser l’allocation des ressources financières destinées au secteur de l’eau et de veiller à l’amélioration de l’efficacité. Enfin, le prix de l’eau interroge sur la gestion de cette ressource. Les tarifs de l’eau, qui n’ont pas subi de changements depuis des années, vont en moyenne (dépendamment des localités) de 2,73 DH/m3 en tranche 1 à 11,32 DH/m3 en tranche 6. «Le système tarifaire actuel n’est plus adapté à une gestion rationnelle de la ressource, sachant que le financement du secteur est intimement lié au système de tarification», estime la Cour des comptes. Ainsi, la Cour conclut son chapitre réservé au secteur de l’eau en recommandant de réaliser une étude sur le ciblage optimal, et de procéder, le cas échéant, à une révision du système de tarification de l’eau et de l’assainissement.