E n arrêt depuis 18 mois, l’aménagement du cinéma Mauritania risque de ne pas être relancé. Sauf si Ciné Atlas trouve rapidement un repreneur.
En janvier 2026, la fermeture soudaine de la salle Ciné Atlas Rabat Colisée, en plein cœur de la capitale, avait ravivé les inquiétudes autour de l’avenir des cinémas au Maroc. Confrontée à des difficultés qualifiées de sérieuses, la direction de l’établissement avait annoncé la suspension de ses activités, tout en laissant entendre qu’il pourrait s’agir d’une interruption provisoire.
Ce n’était pas le cas. Au contraire, les problèmes du groupe Ciné Atlas se sont même aggravés. Au centre commercial Aeria Mall de Casablanca, le locataire de la salle de cinéma du groupe est condamné en appel à l’expulsion pour non paiement de près de 3 MDPH de loyers impayés.
Ciné Atlas se voulait un projet ambitieux. En août 2018, la réouverture du cinéma Colisée de Rabat, transformé en multiplexe de quatre salles grâce à un investissement de 15 millions de dirhams, devait incarner la locomotive de la relance de l’industrie cinématographique marocaine. Mais le scénario imaginé par Pierre-François Bernet ne s’est jamais concrétisé.
Dans un communiqué, la direction de l’établissement évoque des circonstances difficiles l’ayant contrainte à suspendre ses activités, tout en laissant la porte ouverte à une reprise ultérieure. Une fermeture présentée comme provisoire, accompagnée de l’engagement d’informer le public des évolutions à venir et des solutions envisagées pour relancer l’exploitation.
Un autre projet tout aussi ambitieux concerne la relance du cinéma Mauritania à Tanger par Pierre-François Bernet. Des travaux de réaménagement ont même été lancé il y a quelques années dans ce bâtiment déclaré patrimoine historique de la capitale du Nord. Le projet devrait aménager 5 salles premium et deux espaces de restauration indépendants.
La faute au COVID-19?
«La pandémie de Covid-19 a considérablement aggravé nos difficultés de trésorerie», affirme Pierre-François Bernet. Un argument qu’il répète publiquement depuis l’annonce de la fermeture.
«Nous n’avions pas prévu quinze mois de fermeture administrative», écrit-il en réponse aux réactions suscitées sur les réseaux sociaux. Cependant, pour plusieurs observateurs du secteur, cette déconfiture s’explique aussi par une stratégie de développement jugée trop rapide. Autres professionnels du secteur relativisent l’impact de la crise sanitaire. Un distributeur, ayant requis l’anonymat, évoque plutôt une mauvaise gestion.
«Il ne faut pas tout mettre sur le dos de la pandémie. Plusieurs exploitants ont survécu, et de grands groupes ont même investi à Rabat, comme Pathé ou Megarama. Les investissements opérés par Ciné Atlas n’étaient pas suffisamment maîtrisés, il y avait un déficit de stratégie», confie-t-il.
Concernant le cinéma Mauritania, Pierre-François Bernet déclare que «les travaux de Tanger sont achevés à 80%, mais à l’arrêt depuis dix-huit mois faute de trésorerie. Nos discussions avec la banque se poursuivent, avec la médiation de Bank Al-Maghrib».
Aujourd’hui, pour éviter la liquidation, le groupe ciné Atlas, placé en redressement judiciaire depuis le 12 mars, compte énormément sur son appel direct aux investisseurs pour lever un actif de 15 MDH adossé à l’actif immobilier tangérois.
Abdeslam Reddam
























