Le Royaume du Maroc est un pays souffrant d’un stress hydrique chronique et symptomatique d’une pénurie d’eau s’aggravant avec l’augmentation de la population. Aujourd’hui la dotation annuelle en eau par habitant est de 600 mètres cubes, c’est-à-dire quatre fois moins qu’il y a soixante ans.
Le cas du grand barrage El Massira, à sec depuis 2022, tout récemment rempli à peine de 5% de sa capacité, grâce aux dernières averses, constituerait apparemment un phénomène récurrent de la réalité climatique du pays. En six ans le barrage s’est réduit comme peau de chagrin et c’était la dynamique pour la quasi-totalité de tout ceux du pays, en Aout 2024, leur taux de remplissage moyen n’excédant pas les 28%: la raison, étant l’absence de pluies (discours de sa majesté le Roi Mohamed VI en 2024 rappelant que le pays traversait la période de sécheresse la plus intense). Pour le discours politique il s’agit là d’un problème structurel, autrement dit appelé à durer, alors pour y répondre, le Maroc a entrepris la construction de 20 nouveaux barrages.
Toutefois, pour certains experts, la question est posée de savoir, s’il est utile de continuer à construire des barrages devant la raréfaction des pluies. D’autres, rétorquent au contraire, qu’en leur absence, toutes les eaux de pluies seraient pratiquement perdues car justement remplissage, constitue une garantie de tranquillité, selon les hydrologues, de 3 à 4 ans réserves en eau. Des réserves en eau, cela est valable pour une pluviométrie, dite régulière, sauf que les périodes de sécheresse se multiplient; depuis 2010 le volume des pluies est en baisse, soit par exemple en 2022, il a plu 30% de moins que la moyenne des 30 dernières années
En réalité la sécheresse s’est transformée» en marqueur de la normalité, car du reste, les perspectives pour certains climatologues (revue sur le changement climatique au Maroc: observation, projection et impacts de Marie Noelle Woillez) et les projections de pluies à l’horizon de 2050 seraient alarmantes: selon le pire des scénarios, il pourrait pleuvoir 40% moins qu’aujourd’hui et la température pourrait grimper de plus 1,5° accentuant une évaporation dans les barrages d’un niveau de 3 mètres par an.
Alors, inéluctablement, il s’agit de savoir si la perspective de construire d’autres barrages répond à un acte économique rationnel?
Même le ministère Marocain de l’équipement semble douter de la pertinence par une note publiée en 2019, qui révèle, les défis à relever, «le pays dispose de peu de possibilités pour mobiliser des ressources supplémentaires. La quasi-totalité des écoulements dans les oueds est déjà mobilisée au moyen de 151 barrages en plus de nombreux petits barrages. En construire de nouveaux, de plus en plus coûteux (les sites les plus favorables étant déjà équipés) ne peut fournir que des valeurs supplémentaires en eau assez faibles. Le plan de construction de 37 barrages programmés dans le cadre du Plan National de l’Eau (P.N.E) régulariserait à peine un milliard de mètre cube par an, très loin des 10 milliards prévus par le même plan.»
En outre, selon certains experts, plus on multiplie le nombre de barrages sur un cours d’eau, en particulier à faible débit, plus on nuira à la capacité de remplir ceux localisés en aval, et pourtant si on examine certains projets en construction, on remarquera que deux se situent sur le même cours d’eau (barrage Al Wahda, barrage de Ratba).
Par ailleurs, dans un livre blanc, un groupe d’expert recommandait que les barrages soient construits uniquement au nord du Maroc «dans les bassins ou les ressources en eau de surface ne sont pas encore entièrement mobilisées». une recommandation visiblement non retenue.
Au Maroc environ 90% de l’eau des réservoirs est utilisée pour l’irrigation, or depuis qu’elles existent ces réserves ont incité les agriculteurs à étendre leur surface et donc corrélativement à utiliser plus d’eau: résultat, un assèchement des sols et ralentissement de la recharge des nappes phréatiques. Aussi, de sorte à assurer l’approvisionnement en eau potable de la région de Marrakech, les autorités auraient décidé tout logiquement de plafonner à 10%, l’accès à l’eau de barrages aux agriculteurs, lesquels inquiets, contournent parfois les interdictions, avec un usage intempestif de pompes à eau multicellulaires, en creusant dans le sous-sol pour atteindre des nappes phréatiques déjà surexploitées et sinistrées. De telles pratiques seraient à l’origine selon les dernières estimations des spécialistes des départements de l’agriculture, de leur baisse annuelle entre 1 à 3 mètres.
Jadis, pour un des greniers du Maroc, l’irrigation la vaste plaine Doukkala Abda était partiellement assurée par le Barrage el Massira, aujourd’hui quasiment à sec mais pallier aux caprices du ciel et assister les agriculteurs, une grande station de dessalement est en construction à 40 kilomètres de Casablanca dont le cout de revient du mètre cube d’eau serait estimé à 4.5 dirhams : probablement un prix excessif pour l’écrasante majorité en priorité pour ceux orientés dans la culture vivrière.
Si les choix politiques de la construction tout azimut des barrages au Maroc constituèrent sans aucun doute, une bouée de sauvetage pour des pans entiers de la vie économique, aujourd’hui l’économique au sens large du terme, doit impérativement s’adapter au vivant à savoir à la biosphère ; autrement dit, au respect des exigences des cycles de reproduction des lois de la nature que l’homme a si délibérément choisi d’ignorer au nom d’une recherche exacerbée du profit. Hélas, nous en sommes là.
In fine, après la décision apparemment coûteuse du dessalement de l’eau de mer, à première vue non rentable pour l’agriculture, mais fondamental et vitale pour la consommation humaine, se pose également avec acuité la question des choix futurs du modèle agricole actuel à reconsidérer, avec ses répercussions, sur l’autosuffisance alimentaire et conséquences sur la chaine alimentaire et de leurs industries connexes.
Une question, dont aujourd’hui, personne ne semble avoir y apporter élément de réponse convaincant…
Par Afif Khalladi






















