Face à une demande nationale de céréale (blé, orge et mais) au Maroc en 2026 estimée à un peu moins de 16 Millions de tonnes, correspondant à une moyenne par habitant et par an de 225 kg, parmi les plus élevées au monde, la campagne agricole a généré une excellente récolte locale de 9 Millions de tonnes suite à une exceptionnelle pluviométrie, contraignant malgré tout le pays à poursuivre l’importation pour combler son déficit structurel.
Des caprices du Ciel, si le Maroc bénéficia de sa clémence en 2026, il en fut autrement des six précédentes années pour le secteur céréalier, en proie à une sècheresse endémique, réduisant le Royaume à importer jusqu’à 75 % de ses besoins en 2024 suite à une campagne agricole de 2,5 Millions de Tonnes soit une chute vertigineuse de 54 % par rapport à l’année précédente. Ainsi le Pays replongeait dans les affres de 2007. Néanmoins, ce constat met en exergue la question de savoir concrètement quelle est le plan de la politique agricole céréalière affiché par l’actuel Gouvernement de Monsieur Akhannouch.
UN SECTEUR PRIMAIRE OMNIPRESENT
La part détenue dans le produit intérieur brut (PIB) par le secteur de l’agriculture oscille entre 10 et 14 % selon les années, quote part évidemment sujette aux conditions climatiques et des précipitations plus ou moins favorables selon les années et jouant au demeurant un rôle structurel et social majeur, car il demeure le premier pourvoyeur d’emplois du pays, représentant près de 40 % de la population active totale, un taux pouvant grimper jusqu’à 70 % dans les zones rurales les plus reculées, constituant un pilier de la stabilité sociale et de la lutte contre la pauvreté
En dehors des aspects et considérations décisionnels du gouvernement, il y a lieu de pointer du doigt le souverain règne climatique, avec l’avancée progressive mais réelle du désert et la fréquence corrélative des sécheresses qui impose au gouvernement une urgente refonte stratégique!
Selon le rapport de 2025 du Haut-commissariat au Plan, tour à tour, les activités agricoles ont décru de 5%, la superficie ensemencée a diminué également de 42,5% tombant à 2,5 Millions d’hectares, autant d’indicateurs palpables justifiant l’état d’étranglement du monde rural et des petits exploitants.
Miraculeusement, en date du 03 Avril 2026, les données publiées par la plateforme publique «Maa Dyalna» et relayées par le ministère de l’équipement de l’eau montrent une progression spectaculaire des ressources hydriques nationales; le volume total passant de 6,403 milliards de mètres cubes en 2025 à 12,7 Milliards de mètres cubes en 2026 soit une augmentation de 98%. Combien même ce taux de remplissage global des barrages de l’ordre de 75 % offrant un important répit face au stress hydrique dont souffre le pays depuis des années, le choc climatique au Maroc est une réalité, car six ans durant, les barrages n’étaient remplis qu’au quart de leur capacité, tandis que les nappes phréatiques voyaient leur niveau baisser. Aujourd’hui, et malgré tout, la dotation annuelle en eau par habitant dans le Royaume est légèrement supérieure à 600 mètres cubes, c’est-à-dire quatre fois moins qu’il y a soixante ans, rendant le stress hydrique plus fréquent et intense.
SITUATION PREOCUPANTE
Le World Resources Institute (WRI) indique sans fioriture que le Maroc atteindra un niveau de stress hydrique extrêmement élevé d’ici 2040, état que l’on définit lorsque la demande en eau d’une région dépasse ses ressources disponibles, ou qu’elle s’inscrit sous la barre symbolique de 1000 mètres cubes d’eau douce par habitant sur une période d’un an. Selon les estimations de l’ONU, le Royaume du Maroc avec seulement 500 mètres cubes d’eau douce par habitant contre 2500 mètres cubes en 1960 est déjà désigné et maintenu au sein du groupe des pays connaissant les peignures d’eau et dessèchement des cours d’eau naturels. Pour révéler l’ampleur du phénomène, le ministre de l’équipement et de l’eau, Nizar Baraka, avait affirmé qu’un million de mètre cube d’eau par jour était détourné du seul fleuve Oum Errabia, le deuxième plus grand du pays.
Dans le contexte de grave sécheresse frappant le Royaume du Maroc depuis des lustres, le tarissement des ressources hydriques incite les pouvoirs publics à mettre à l’agenda le problème de leur surexploitation. «Il nous incombe à tous de redoubler d’effort pour faire un usage rationnel et responsable de l’eau» appelait sa Majesté le Roi Mohamed VI, le 14 Octobre 2022, exhortant notamment à «mettre fin au phénomène de pompage illégal et au creusement de puits anarchiques».
Ce détournement des ressources hydriques sert pour l’essentiel à l’agriculture qui accapare selon les dernières statistiques, 85 % de la consommation nationale et mise sur l’intensification de l’irrigation pour développer des cultures à fort valeur ajoutée, destinées pour une bonne part à l’exportation, mais gourmandes en eau (comme le maraichage ou l’arboriculture) au détriment des cultures vivrières (céréales et oléagineux…). Si le plan vert Marocain en attribuant des subventions importantes pour le développement de l’irrigation a participé à l’éclosion vertigineuse des exploitations au « goutte-à-goutte » depuis le début des années 2000 selon la Banque Mondiale, immanquablement la pression sur les ressources hydriques s’est corrélativement aggravée.
En définitive, doit on songer plutôt à un « plan jaune » en lieu et place d’un plan vert si rabâché et ressassé, sans perdre de vue que durant ces ultimes années de sécheresse on voyait dans ces régions du Moyen Atlas, loin de l’image de ces plaines verdoyantes des cartes postales, des étendues de terres arides, des oueds asséchés, des arbustes épineux, et des troupeaux de moutons aux os saillants à la recherche d’herbe fraiche
Un paysage évoquant de plus en plus le désert…
Par Afif KhalladI
Docteur en économie et finances
Paris 1 Panthéon -Sorbonne

























