“Il faut être fier d’avoir hérité de tout ce que le passé avait de meilleur et de plus noble. Il ne faut pas souiller son patrimoine en multipliant les erreurs du passé ”. Mahatma Gandhi 1.

Le patrimoine historique constitue un héritage précieux, véritable pont entre le passé et l’avenir, souvent perçu comme une mémoire gravée dans la pierre. L’écrivain Jean Giono2 soulignait à juste titre qu’«une histoire reste inscrite dans les pierres des monuments», tandis que l’UNESCO le définit comme un legs inestimable à transmettre aux générations futures. À ce titre, il façonne l’identité des peuples et appelle à une vigilance constante, à la hauteur de sa valeur symbolique et culturelle.
Or, lorsque cette vigilance fait défaut, les conséquences peuvent être lourdes et irréversibles. La chute partielle du Palais communal de Tétouan ne relève donc pas d’un simple accident : elle met en lumière, avec brutalité, des années d’abandon, de négligence et d’inaction. À travers ce symbole fragilisé, c’est toute la problématique de la préservation du patrimoine historique qui resurgit avec acuité, interpellant aussi bien les responsables que la conscience collective.

C’est dans ce contexte que les habitants de Tétouan ont appris avec tristesse l’effondrement partiel du siège historique de la municipalité, le «Palais communal de Tétouan»3, survenu le 22 mars 2026. Des plafonds de l’étage supérieur se sont affaissés, fragilisés par l’érosion des structures sous l’effet des récentes pluies, mais aussi, vraisemblablement, par l’indifférence et l’incurie des gestionnaires de la chose publique locale.
Cet effondrement n’a rien d’imprévisible. Depuis des années, plusieurs organisations de la société civile, dont l’Association Tétouan Asmir4, alertaient sur l’état de dégradation avancée de cet édifice historique -anciennement intégré à l’ensemble de la gare routière5– et formulaient des recommandations pour son entretien et sa réhabilitation. Autant d’appels restés sans réponse, se heurtant à une indifférence persistante… jusqu’à ce que le drame survienne, bouleversant la ville et occupant la une de la presse locale, régionale, voire nationale.
Dès lors, ce monument, longtemps négligé, appelle une intervention urgente. Sa restauration, sa réhabilitation et sa mise en valeur s’imposent, avec pour ambition de lui redonner vie, notamment à travers sa transformation en musée ou en un espace à vocation culturelle.
En effet, le patrimoine historique constitue un lien essentiel entre le passé et l’avenir. Il incarne la mémoire collective et l’identité d’une communauté. Comme le rappelle l’UNESCO, il s’agit de «l’héritage du passé dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations futures».
Classée patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 1997, la médina de Tétouan, avec son histoire, son urbanisme, son architecture et ses arts traditionnels, semble pourtant livrée à elle-même, sans protection effective, «à la merci du vent».
Par ailleurs, de nombreux monuments architecturaux – et habitats de la Médina tels que les quartiers Laâyoune et Msala … – frappés par l’abandon et l’absence de suivi, ont été vidés de leurs fonctions sociales, économiques et culturelles. Leur valeur historique et symbolique s’en trouve altérée, certains étant réduits à l’état de dépotoirs ou servant de refuge à des délinquants ou à des sans-abri.
En conclusion, ce drame ne doit pas être perçu comme une fatalité, mais comme un signal d’alarme. La préservation du patrimoine n’est ni un luxe ni une option: elle est un devoir et une responsabilité institutionnelle. Sauver ces lieux, c’est préserver l’âme de la ville et transmettre aux générations futures bien plus que des pierres: une mémoire, une identité et une histoire vivante.

1-Mohandas Karamchand Gandhi, né le 2 octobre 1869 à Porbandar (Gujarat) et assassiné le 30 janvier 1948 à New Delhi, devint avocat et leader politique en Inde. Il demeure une figure emblématique de la justice sociale, de la tolérance ….
2-Jean Giono (1895–1970) est un écrivain français, connu pour ses récits inspirés de la Provence et de la nature. Pacifiste, il célèbre dans son œuvre la simplicité et l’harmonie entre l’homme et son environnement.
3-L’ancien siège de la municipalité de Tétouan, construit en 1946, est un bâtiment emblématique de style espagnol situé dans le centre historique suscite des inquiétudes sur la préservation du patrimoine de la ville. Il témoigne de l’époque du protectorat espagnol.
4-Association Tétouan Asmir est une ONG marocaine d’envergure, reconnue d’utilité publique depuis 1997, qui œuvre à la sauvegarde et à la promotion du patrimoine culturel, social et environnemental de Tétouan et de sa région. Elle se distingue notamment par son engagement actif dans la valorisation de la médina, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO : www.gotetouan.com
5-Durant la première moitié du XXe siècle, Tétouan a connu un essor architectural marqué par l’influence espagnole, donnant naissance à un style urbain inspiré de l’architecture maroco-andalouse. Parmi les réalisations emblématiques figure l’ancienne gare routière, construite en 1943 par l’architecte Pedro Muguruza Otaño et ornée de fresques de Mariano Bertuchi.

Par Dr. Ali GHOUDANE – Docteur chercheur en Sociologie
Cf. mon blogspot : kroniquesociale.blogspot.com/