déficit hôtelier, désordre urbain et urgence stratégique
Six mois après l’alerte de la FIFA, la situation de Tanger reste préoccupante : une capacité hôtelière insuffisante, un aéroport saturé, un réseau routier congestionné, et une urbanisation anarchique qui freine l’ambition mondiale de la ville.
I.Un constat alarmant: quand les chiffres confirment les inquiétudes
Tanger, porte nord du Maroc et ville candidate pour accueillir des matchs de la Coupe du Monde 2030 (co-organisée avec l’Espagne et le Portugal), est à la croisée des chemins. L’évaluation délivrée par la FIFA en matière de transport (2,6/5) et d’hébergement (2,2/5) sonnait déjà comme un avertissement. Six mois plus tard, les faits confirment l’absence de progrès — voire une aggravation.
L’aéroport Ibn Battouta est saturé. La congestion routière dans les axes majeurs de la ville, notamment la route de Rabat et les alentours du Grand Stade, a doublé. Pire encore, les zones stratégiques comme Boukhalef ou Achakar, jadis dédiées à des activités économiques et récréatives, ont été livrées à une urbanisation désordonnée, dictée par des groupes de pression immobiliers aux intérêts opposés à toute vision durable.
Cette dérive urbanistique illustre un grave dysfonctionnement dans la gouvernance locale: cafés et commerces prolifèrent sans cohérence, les plans de développement sont détournés pour maximiser les profits à court terme, et les réseaux d’infrastructure sont inadaptés aux exigences d’un événement mondial.
II. Capacité hôtelière: une équation impossible
Le dernier rapport de l’Office des Investissements indique que 30 projets hôteliers ont été validés dans toute la région nord, représentant environ 4 000 lits. Parmi eux, 22 projets sont localisés à Tanger, pour une capacité de 3 000 lits, soit une moyenne de 133 lits par projet. Ces chiffres restent largement en dessous des besoins réels.
Même en supposant — de façon optimiste — que cette capacité double d’ici la fin de l’année pour atteindre 6 000 lits, et que l’on atteigne 24 000 nouveaux lits sur les quatre prochaines années, cela ne permettrait pas d’héberger la moitié des spectateurs attendus au Grand Stade de Tanger (environ 65 000 places).
Sans stratégie claire, doit-on envisager de recourir à des hôtels vétustes, à des établissements historiques non réhabilités, à des appartements touristiques illégaux ou à l’envoi des visiteurs vers d’autres villes, sans véritable connectivité ? Cette situation reflète un manque criant d’anticipation et une perte de temps précieuse.
III. Quelle vision pour 2030 ?
Le cas de Tanger est symptomatique d’un modèle de développement urbain capté par des logiques spéculatives. L’aménagement du territoire, censé soutenir les activités économiques et récréatives, a été sacrifié au profit d’une urbanisation anarchique. Aujourd’hui, les décisions prises sous la pression immobilière menacent directement la crédibilité de la ville à l’international.
Un plan d’urgence structuré est indispensable. Il doit s’appuyer sur:
*Une accélération des projets hôteliers modernes, adaptés aux standards internationaux.
*Une restructuration du réseau de transport urbain et aérien.
*Une requalification urbaine autour du stade et des zones prioritaires.
Une gouvernance locale coordonnée, transparente et affranchie des influences privées.
Tanger ne pourra prétendre accueillir la Coupe du Monde 2030 sans un changement de cap immédiat. Il ne suffit pas de construire plus d’hôtels. Il faut construire une ville prête, fonctionnelle, attractive et durable. L’opportunité est historique. Mais le temps presse, et le risque d’échec est bien rée.
Abderrahim Ouadrassi


























