Halima Embarek Warzazi, éminente diplomate et défenseure des droits de l’homme au Maroc, est décédée le 14 mai 2025 à l’âge de 92 ans. Elle fut l’une des premières femmes marocaines à occuper de hautes fonctions diplomatiques et a consacré plus d’un demi-siècle à la défense des droits de l’homme aux Nations Unies. Son départ marque la fin d’une époque pour le militantisme humanitaire au Maghreb et dans le monde, laissant une empreinte indélébile sur les générations présentes et futures.

Enfance, famille et formation : les racines d’une vocation

Née à Casablanca le 17 avril 1933, Halima Embarek Warzazi a grandi au sein d’une famille aisée, entourée d’un environnement intellectuel et nationaliste. Son père était un proche d’Abdelkhalek Torres, leader du mouvement indépendantiste marocain. À l’âge de 14 ans, Halima a été envoyée en Égypte pour poursuivre ses études dans un lycée français au Caire, sous l’influence de Torres, alors ambassadeur du Maroc dans ce pays.

Au Caire, Warzazi a obtenu en 1957 une licence en lettres. Pour célébrer cette réussite, l’ambassadeur Torres a organisé une réception en son honneur, un moment qui marquera son destin. Inspirée par les figures diplomatiques qu’elle a rencontrées, Halima a décidé de défier les attentes familiales et de rejoindre le ministère des Affaires étrangères du Maroc. Elle y est entrée en tant que quatrième secrétaire, le grade le plus bas du service diplomatique, à une époque où les femmes étaient une rare exception dans ce domaine.

Carrière dans les droits de l’homme : un demi-siècle aux Nations Unies

La carrière de Halima Warzazi a rapidement pris une dimension internationale. Entre 1959 et 1967, elle a servi comme attachée culturelle à l’ambassade du Maroc à Washington, devenant l’une des premières femmes diplomates de son pays à l’étranger. Elle y a perfectionné ses compétences pour comprendre et défendre les valeurs universelles d’une perspective marocaine.

Son moment historique est survenu en 1966 lorsqu’elle a présidé la Troisième Commission (Sociale, Humanitaire et Culturelle) de l’Assemblée générale de l’ONU. En tant que première Marocaine à diriger cet organe, elle a conduit les négociations qui ont permis l’adoption des deux Pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme, bloqués depuis 17 ans. Son leadership et sa diplomatie ont ouvert la voie à un cadre juridique global pour les droits de l’homme.

Dans les décennies qui ont suivi, Warzazi a continué à briser les barrières. En 1973, elle a intégré la Sous-commission des droits de l’homme de l’ONU en tant qu’experte, et en 1985, elle a présidé le groupe de travail chargé d’étudier les pratiques traditionnelles nuisibles affectant les femmes et les enfants. Ses rapports pionniers ont dénoncé la mutilation génitale féminine et d’autres violences de genre.

En 1993, elle a dirigé le comité préparatoire de la Conférence mondiale sur les droits de l’homme de Vienne. Au XXIe siècle, elle a siégé au Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en 2008. Tout au long de sa vie, elle a élevé sa voix contre la discrimination, la violence et les injustices, gagnant le respect international.

Impact et héritage : fierté marocaine, influence mondiale

L’influence de Halima Warzazi a dépassé les salles de conférences et a laissé une empreinte profonde au Maroc. Elle a été fondatrice du Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH) en 1990 et, même à la retraite, elle a continué à conseiller sur les réformes légales et la justice transitionnelle. En 2009, Latifa Akherbach, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, l’a saluée comme « une femme au parcours exceptionnel, qui a contribué au développement du concept d’universalité des droits de l’homme ».

Au niveau international, Warzazi était une voix morale du Sud global, dénonçant la mutilation génitale féminine et d’autres violences. Sa persévérance et sa fermeté ont fait d’elle un modèle pour de nombreuses femmes diplomates et militantes au Maroc et au-delà.

Mais au-delà de son impressionnante carrière, Halima Warzazi n’a jamais perdu de vue l’humanité de sa mission. « Je n’oublierai jamais que, tout au long de ma carrière, l’amitié et l’affection de beaucoup ont été un soutien précieux dans les moments difficiles », a-t-elle déclaré, révélant son profond attachement au travail d’équipe et aux relations humaines.

Un adieu et un héritage immortel

Le décès de Halima Embarek Warzazi laisse un vide immense, mais aussi un puissant appel à l’action. Sa vie montre que la persévérance et la conviction peuvent surmonter les obstacles. Elle a été témoin de la transformation du Maroc et du monde, et son exemple a inspiré de nouvelles générations de femmes diplomates et défenseures des droits de l’homme.

Aujourd’hui, alors que nous disons adieu à cette figure légendaire, nous nous souvenons de sa leçon d’intégrité, de courage et d’empathie. Halima Warzazi nous a appris que le véritable progrès en matière de droits de l’homme se construit pas à pas, en convainquant les esprits et en touchant les cœurs. Que son héritage continue de guider la marche vers un monde plus juste.