Tout récemment, plusieurs associations locales ont adressé une pétition au Wali Younès Tazi lui demandant d’intervenir urgemment pour trouver une solution radicale au grave problème de don de sang et la gestion calamiteuse dans le Centre qui s’occupe de ce domaine.

Sis avenue de la Marche Verte, le Centre Régional de Transfusion Sanguine à Tanger connaît la pire situation de gestion et cela dure depuis de nombreuses années sans qu’aucune administration responsable n’agisse pour régler ses problèmes.
La pétition en question rappelle tous les maux dont souffrent les bénéficiaires demandeurs de sang et les donateurs qui se dirigent à ce centre. Les doléances concernent certains mauvais comportements des équipes qui y travaillent, dont le refus de bien collaborer avec les donateurs et de rejeter certaines demandes des gens qui ont besoin de sang, notamment pour les cas urgents de certaines opérations chirurgicales.
Hélas, ces entraves ne sont ni récentes, ni mensongères et elles existent depuis plusieurs années.
Interdire à certaines associations d’organiser des opérations de collecte de sang, durant les périodes où il est nécessaire de le faire, est sincèrement un acte incompréhensible de la part des responsables du centre de transfusion sanguine de Tanger.
La ville abrite plus d’un million d’habitants et les besoins dans ce sens augmentent rapidement.
Le don de sang est crucial car il permet de sauver des vies en fournissant un produit irremplaçable pour de nombreuses situations médicales, comme les accidents, les opérations chirurgicales, les traitements contre le cancer ou les maladies chroniques.
A Tanger, le don régulier de sang est essentiel pour garantir un approvisionnement constant.
Le don de sang sauve des vies. Les femmes souffrant de complications pendant la grossesse et l’accouchement, les enfants atteints d’une anémie sévère, souvent due au paludisme ou à la malnutrition, les victimes d’accidents et les patients ayant subi une intervention chirurgicale ou atteints d’un cancer ont besoin de sang.
Les besoins sont constants et l’approvisionnement doit être régulier car le sang ne peut être stocké que pendant un temps limité avant d’être utilisé.
En organisant des opérations de collecte de sang, les associations locales agissent pour que le sang soit toujours disponible au moment et à l’endroit où on en a besoin. Leur refuser ou interdire ces actions reste une décision peu orthodoxe.
La vérité, une ville de la taille de Tanger a besoin aujourd’hui de plusieurs centre de transfusion sanguine et non pas d’un seul centre mal géré. Certes le Centre Hospitalier Universitaire Mohammed VI possède lui aussi sa propre unité, mais cela n’empêche pas d’en créer plusieurs autres pour répondre aux besoins au niveau de la ville, de la province et même au niveau régional.
En mars 2020, « la préfecture de Tanger-Assliah a besoin de 70 donneurs de sang par jour pour que le stock de sang puisse répondre aux besoins des établissements hospitaliers qui s’y trouvent », avait indiqué, dans sa déclaration à la presse, le directeur du Centre régional de transfusion sanguine de Tanger.
Selon le même responsable, « les centres de transfusion sanguine suivent des règles et protocoles préventifs selon lesquels il est nécessaire d’avoir un stock correspondant au besoin d’au moins une semaine, soit 350 poches de sang comprenant l’ensemble des groupes sanguins ».
« Recevoir plusieurs donneurs permet non seulement de constituer le stock mais également d’avoir les groupes sanguins rares », avait-il bien souligné.
Pourtant, en 2025, des associations assurent que le centre refuserait aux citoyens donneurs et aux associations qui font la collecte de sang d’agir pour ne pas tomber dans la crise et le manque de poches en stock.
Cette situation ambiguë nécessite l’intervention des autorités de la ville et du ministère de la santé, car il reste illogique de continuer à gérer ce secteur dans le flou total et un bras de fer qui n’a aucune raison d’exister.

Quelques statistiques
*En 2024, le nombre de personnes grièvement blessées, dans des accidents de la circulation au Maroc, s’est établi à 9.334, soit une hausse de 8,6% (737 blessés graves de plus) par rapport à l’année 2023.
*Le nombre de blessés légers enregistrés en 2024 est de 192.854, soit une hausse de 14,9% (25.067 blessés légers de plus) par rapport à 2023.
*Le nombre précis de donneurs de sang au Maroc en 2024 n’est pas encore disponible dans les sources publiques, mais la tendance est à la hausse. En 2023, il y avait 382 234 donneurs recensés, marquant une progression de 10% par rapport à 2022, une tendance qui s’est poursuivie au premier semestre 2024. Le pays a besoin de plus de 1000 dons par jour pour atteindre l’autosuffisance en produits sanguins.

Abdeslam Reddam

Mai 2025, l’Agence marocaine du sang et de ses dérivés a lancé, à Tanger, sa tournée nationale pour repenser le système de transfusion. Une initiative stratégique inscrite pleinement dans les Hautes orientations Royales en faveur d’une réforme en profondeur du système national de santé, avec pour ambition d’instaurer une gouvernance territoriale efficace et durable dans le domaine du sang.
Placée sous le thème « Vers une souveraineté sanitaire dans le domaine du sang, un système transfusionnel territorial au service du Maroc des régions », cette tournée avait pour objectif de renforcer la convergence entre les réformes engagées dans le secteur de la santé et les priorités en matière de sécurité transfusionnelle.
Cette tournée s’inscrit dans le cadre de la nouvelle dynamique nationale de réforme du système de santé, et dans le contexte du déploiement progressif des Groupements sanitaires territoriaux (GST), avec la désignation de la région Tanger – Tétouan – Al Hoceima comme région pilote en vue de la généralisation de ce modèle à l’ensemble des régions du Royaume…
Selon des médias qui avaient couvert cette rencontre, « cette politique repose sur le principe de consolidation de la souveraineté sanitaire dans le domaine du sang, en cohérence avec les objectifs stratégiques du projet royal de régionalisation avancée, et en vue de garantir l’efficience et la performance dans la gestion des ressources transfusionnelles à l’échelle régionale. »
La tournée avait également été marquée par l’investiture officielle des représentants régionaux de l’Agence, marquant ainsi le début effectif de son ancrage territorial dans l’ensemble des régions du Royaume.
Question: si l’agence marocaine du sang et de ses dérivés existe bien à Tanger, pourquoi l’efficience et la performance dans la gestion des ressources transfusionnelles n’existent toujours pas?