Le tourisme est aujourd’hui l’un des secteurs les plus exposés aux mutations économiques, technologiques et sociétales. Digitalisation accélérée, nouvelles attentes des voyageurs, impératifs de durabilité et concurrence internationale accrue imposent une montée en compétences constante des professionnels du secteur.
Dans ce contexte, des initiatives telles que CNT Academy, portée par la Confédération Nationale du Tourisme du Maroc, constituent une avancée importante vers la professionnalisation et la démocratisation de l’accès à la formation. Toutefois, une analyse approfondie de l’offre met en lumière plusieurs faiblesses structurelles et carences formatives qui limitent son impact stratégique à long terme.

  1. Une offre de formation encore trop généraliste
    La CNT Academy repose principalement sur des formats courts: capsules vidéo, modules introductifs et contenus de sensibilisation. Ce modèle, s’il favorise l’accessibilité, montre rapidement ses limites pour un secteur aussi complexe que le tourisme.
    Les lacunes les plus notables concernent:
    La gestion stratégique des entreprises touristiques,
    Le management des destinations,
    Le revenue management et la tarification dynamique,
    Le marketing touristique digital avancé (branding, storytelling, data-driven marketing),
    L’analyse financière appliquée à l’hôtellerie et aux services touristiques.
    Or, le tourisme international exige aujourd’hui des profils capables de penser stratégie, performance et différenciation, bien au-delà des compétences opérationnelles de base.
  2. Un décalage entre formation et besoins réels du marché
    L’un des points faibles récurrents de nombreuses plateformes de formation touristique — y compris la CNT Academy — réside dans la faible co-construction avec les entreprises du secteur.
    On observe notamment: Une insuffisante segmentation des parcours selon les métiers (dirigeants, cadres, opérationnels, guides, agents de voyage, responsables commerciaux),
    Peu de contenus orientés vers la résolution de problématiques réelles rencontrées par les entreprises,
    Une absence de passerelles claires entre formation, stages, missions terrain et insertion professionnelle.
    La formation touristique moderne doit être directement connectée à l’économie réelle, aux attentes des investisseurs, des opérateurs et des territoires.
  3. Une place encore marginale accordée à l’innovation et à la technologie
    Le voyageur contemporain est digital, informé et exigeant. Pourtant, la formation proposée reste peu développée sur des thématiques clés telles que: Les outils de gestion de la relation client (CRM),
    La gestion de la e-réputation et des plateformes d’avis,
    L’automatisation des processus touristiques,
    L’intelligence artificielle appliquée au tourisme,
    L’analyse de données pour la prévision de la demande.
    Ce manque freine l’émergence de professionnels capables de piloter des entreprises touristiques performantes dans un environnement numérique mondialisé.
  4. Une approche encore limitée de la durabilité et du tourisme responsable
    La durabilité est désormais un facteur de compétitivité, et non un simple discours institutionnel. Si la notion de tourisme durable est parfois évoquée, elle reste insuffisamment traduite en compétences concrètes: Planification durable des destinations,
    Gestion des flux touristiques,
    Mesure des impacts sociaux, culturels et environnementaux,
    Gouvernance territoriale et implication des communautés locales.
    Former aux métiers du tourisme sans intégrer ces dimensions de manière structurée revient à préparer les professionnels d’hier, et non ceux de demain.
  5. Des certifications à la reconnaissance internationale limitée
    Un autre enjeu majeur concerne la valeur internationale des certifications délivrées. Dans un marché du travail mondialisé, les professionnels ont besoin de diplômes et certifications: Alignés avec des standards internationaux,
    Comparables aux cadres européens et internationaux de qualification,
    Reconnus par les grands acteurs du tourisme global.
    Sans cette reconnaissance, la formation perd une partie de son pouvoir de mobilité sociale et professionnelle.

Conclusion: former pour transformer, et non simplement informer
La CNT Academy représente une base utile et une volonté claire de structuration de la formation touristique au Maroc. Cependant, pour répondre pleinement aux défis du tourisme contemporain, une évolution stratégique s’impose.
Les priorités sont claires: Passer de la sensibilisation à la formation experte et spécialisée,
Intégrer pleinement la technologie, l’innovation et la donnée,
Aligner la formation sur les besoins réels des entreprises et des territoires,
Développer des parcours certifiants à portée internationale,
Former des leaders capables de piloter des destinations durables et compétitives.

L’avenir du tourisme ne se joue plus uniquement dans les infrastructures ou la promotion, mais dans le capital humain. Investir dans une formation ambitieuse, exigeante et connectée au monde réel, c’est garantir la résilience, l’attractivité et la performance durable des destinations.