Pendant 30 ans, elles étaient incontournables. Aujourd’hui, elles doutent. Les îles Canaries, escale historique entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques, voient leur rente géographique s’éroder face à un concurrent qui ne joue plus dans la même cour. Tanger-Med.
C’est le constat lucide d’une tribune espagnole qui agite le milieu portuaire canarien. La leçon est simple: être bien placé sur la carte ne suffit plus à faire escale.
Tanger Med n’est plus un port, c’est un système
Ce qui a changé, ce n’est pas juste la taille des quais. C’est le modèle.
Tanger-Med ne décharge pas seulement des conteneurs. Il fabrique de la valeur autour. Terminaux ultra-capacitaires, connexions directes avec les plus grandes lignes mondiales, zones franches, plateformes logistiques, usines à quai. L’armateur ne vient plus seulement y laisser une boîte, il y trouve des clients, des fournisseurs, un écosystème complet.
Les chiffres de 2025 claquent: 11,1 millions d’EVP traités, +8,4% en un an, et 161 millions de tonnes de trafic global. Tanger Med est entré dans le top 20 mondial et ne regarde plus les Canaries dans le rétroviseur.
En face, les ports canariens ne sont pas à l’arrêt. Loin de là. L’Autorité portuaire de Las Palmas a traité 36,5 millions de tonnes en 2025 (+15%) et 1,55 million d’EVP (+16,28%). L’activité est bonne. C’est la perspective qui inquiète.
Car la tribune pointe les failles locales: lourdeur administrative, manque de coordination entre institutions, investissements qui tardent. Or, dans le maritime mondial, la fiabilité vaut de l’or. Une compagnie dessine ses routes pour 3 à 5 ans. Si elle trouve à Tanger Med de la rapidité, de la profondeur et une zone industrielle qui remplit ses navires au retour, elle ne reviendra pas par nostalgie à Las Palmas.
La fin de la guerre des volumes
Vouloir affronter Tanger-Med sur le transbordement pur serait suicidaire pour les Canaries. L’autre voie, souligne la tribune, est la spécialisation intelligente.
Et d’ajouter qu’au lieu de copier le modèle marocain, l’archipel doit jouer ce que Tanger Med ne fait pas encore aussi bien: la logistique du froid pour l’agroalimentaire africain, la réparation navale haut de gamme, le hub croisière atlantique, les services offshore, les connexions fines avec l’Afrique de l’Ouest.
En clair, ne plus être une escale par défaut parce qu’on est au milieu, mais devenir une escale par choix parce qu’on est les meilleurs sur un créneau.
Tanger Med n’a pas coulé les Canaries. Il les a forcées à se poser la vraie question: dans le nouvel Atlantique, où la compétitivité ne se mesure plus en milles nautiques mais en écosystème, quel rôle veulent-elles encore jouer?
La bataille des cartes est terminée. Celle des modèles commence.
Le complexe portuaire de Tanger Med affiche des indicateurs de référence pour ses activités récentes:
•Trafic conteneurisé (2025): 11,1 millions de conteneurs EVP (Équivalents Vingt Pieds) traités, soit une hausse de 8,4 %, ce qui hisse le port au 16ᵉ rang mondial.
•Tonnage global (2025): 161 millions de tonnes de marchandises manutentionnées.
•Trafic de véhicules (1er semestre 2026) : 357 634 unités de véhicules neufs enregistrées à travers les ports marocains, en progression de 12,9 %.
•Connectivité maritime (Q3 2026): 575,6 points, confirmant sa 1ʳᵉ place en Afrique (en hausse de 3,3 % sur un1 an).
•Opération Marhaba 2026: Gestion des flux de passagers et de véhicules de retour des MRE (Marocains résidant à l’étranger) encadrée par le système de « billet ferme » et un pic d’affluence fin août.

























