L’adéquation entre la formation et les besoins économiques locaux demeure un enjeu clé pour valoriser pleinement le capital humain de la région »
Président de la CGEM TTA, Consul honoraire du Salvador, Omar Kadaoui est un jeune chef d’entreprise présent avec force et détermination dans divers secteurs et associations. Dans cette interview, il signe une parfaite analyse du développement de Tanger et de sa région et met en exergue sa contribution personnelle dans cet ambitieux projet que connaît la ville.
Vous êtes le président de la CGEM TTA, une région en pleine expansion économique et sociale. Comment évaluez vous cette première année de votre expérience et quel en serait le premier bilan?
La région de Tanger–Tétouan–Al Hoceïma est aujourd’hui en pleine expansion. Elle constitue le deuxième pôle industriel du Royaume, la première destination de l’investissement direct étranger dans l’industrie, ainsi que le premier producteur automobile à l’échelle nationale. Elle représente également le premier pôle logistique du Royaume, grâce au port Tanger Med, classé premier port en Afrique et en Méditerranée.
Notre région dispose d’un tissu économique riche et diversifié, couvrant des secteurs stratégiques tels que l’industrie, la logistique, le tourisme, l’agriculture et la pêche, l’offshoring, ainsi que les énergies renouvelables. Sa proximité géographique avec l’Europe fait de la région une terre fertile pour l’investissement et un hub naturel d’échanges et de compétitivité.
C’est une grande responsabilité d’être président de la CGEM de la région la plus importante au niveau national. Après dix mois de mandat, je peux affirmer que le bilan est positif. Durant cette période, nous avons organisé de nombreux événements et rencontres, tenu des réunions avec plusieurs institutions, accueilli des délégations d’investisseurs marocains, chinois, européens et américains, ainsi que reçu des ambassadeurs de pays amis, dans le but de renforcer les échanges et les investissements. Nous avons également traité et résolu plusieurs doléances de nos membres, tant directs qu’indirects.
L’ensemble des membres du bureau est pleinement engagé, tout comme notre corps permanent, ce qui nous permet d’aller plus vite et plus loin dans l’action.
Il convient de noter que nous sommes aujourd’hui la CGEM la plus dynamique parmi les 13 régions, dont 12 au niveau national et une à l’international.
En conclusion, je peux affirmer avec confiance que le bilan est résolument positif.
Vous êtes un jeune chef d’entreprise et être président de la CGEM TTA vous permet aujourd’hui de découvrir les problèmes et les défis d’autres secteurs d’activité et autres investisseurs et opérateurs économiques.
Quels sont les grands défis auxquels vous faites face dans ce groupement professionnel et comment les gérez-vous?
Je suis chef d’entreprise dans les domaines du transport urgent, de la logistique et de l’industrie, ce qui me permet d’avoir une vision globale de la situation économique et des défis auxquels font face les entreprises.
Être président de la CGEM TTA me permet également d’avoir une vue d’ensemble sur d’autres secteurs tels que le tourisme, l’agroalimentaire, l’offshoring, l’industrie, les énergies renouvelables et la logistique. Chaque secteur a ses spécificités et ses problématiques, mais grâce à notre approche de proximité et notre présence sur le terrain, nous pouvons être réactifs et à l’écoute des besoins des entreprises.
Nous disposons également de plusieurs commissions sectorielles spécialisées, regroupant des professionnels expérimentés, chacun dans son domaine d’activité, ce qui facilite grandement le travail et permet de proposer des solutions concrètes et adaptées. Nous travaillons en étroite collaboration avec les associations professionnelles et les fédérations sectorielles, afin d’identifier les besoins, d’évaluer les problématiques et de mettre en œuvre des actions efficaces pour soutenir les entreprises. De même, nous disposons d’un corps permanent engagé, qui soutient l’ensemble de nos actions et renforce notre efficacité.
Notre objectif est clair: accompagner la croissance de nos membres, défendre leurs intérêts auprès des institutions et renforcer la compétitivité de notre région. Grâce à cette approche, la CGEM TTA s’affirme comme un acteur dynamique et incontournable du développement économique régional, capable de répondre aux défis et de saisir les opportunités qui se présentent dans tous les secteurs.
La relation du bureau de la CGEM TTA avec la Confédération nationale d’une part et l’antenne de Tétouan d’autre part, a toujours fait le débat dans les coulisses de votre groupement.
Quelle est aujourd’hui la nature de votre relation avec ces deux entités et à quel point l’entente est-elle bien gérée?
Nous entretenons d’excellentes relations avec l’antenne de Tétouan et travaillons en étroite collaboration et en synergie avec elle. Notre objectif est de garantir une équité territoriale régionale, ce qui constitue aujourd’hui notre priorité. La région de Tanger–Tétouan–Al Hoceïma progresse rapidement et, bien que nous soyons en tête, je peux vous assurer que notre relation reste forte et centrée sur le travail collectif.
Nous travaillons actuellement à la mise en place d’une nouvelle antenne à Larache, afin d’être plus proches de nos membres et de mieux défendre leurs intérêts auprès des institutions. Notre objectif principal est d’être présents dans les principales villes de la région, chaque zone ayant ses propres problématiques et spécificités. Après Larache, nous prévoyons de développer une troisième antenne à Al Hoceïma.
En ce qui concerne la CGEM nationale, nous entretenons de très bonnes relations. Je fais partie du Conseil d’Administration, et la CGEMTTA défend avec force l’intérêt régional ainsi que la résolution des doléances de ses membres, ce qui peut parfois générer des tensions. Cependant, je peux vous garantir que la CGEMTTA dispose d’excellentes relations avec l’ensemble des autres régions de la CGEM.
Concernant le développement de la ville de Tanger, quels sont les problèmes qui vous font le plus réagir car vous les considérez comme un frein à la croissance et la modernisation que tout le monde souhaite à cette ville. A votre avis, quels sont les principaux problèmes de Tanger, mais aussi de Tétouan, Larache, Al Hoceïma, etc.?
Tanger a connu une croissance remarquable au cours des dernières années, portée par une ambition forte et des investissements structurants. L’enjeu aujourd’hui est d’accompagner cette dynamique par une coordination toujours plus fine entre les différents aspects du développement urbain, économique et social.
Le développement rapide de la ville a naturellement généré de nouveaux défis, notamment en matière de logement, de mobilité, de services publics et de cohésion sociale. Ces défis sont inhérents à toute métropole en forte expansion et appellent une approche globale et concertée.
Des situations similaires peuvent être observées dans d’autres villes de la région comme Tétouan, Larache ou Al Hoceïma, où les potentialités sont réelles et les projets nombreux. L’enjeu principal réside dans la continuité, la cohérence et l’appropriation locale de ces projets.
La multiplicité des acteurs institutionnels rend parfois la coordination plus complexe, malgré les efforts déjà engagés. Une gouvernance territoriale toujours plus lisible et collaborative permettrait d’optimiser l’impact des projets et d’en maximiser les retombées.
La mobilité urbaine constitue également un sujet important, tant à Tanger que dans les villes moyennes du nord, où l’amélioration de l’offre de transport favoriserait l’accès à l’emploi et aux services. Par ailleurs, l’adéquation entre la formation et les besoins économiques locaux demeure un enjeu clé pour valoriser pleinement le capital humain de la région.
Enfin, la préservation de l’environnement, notamment du littoral, doit accompagner toute stratégie de modernisation afin de garantir un développement durable et équilibré.
En conclusion, les villes du nord disposent de tous les atouts pour réussir. Le défi actuel est de renforcer la coordination, la planification et l’intégration de la dimension humaine afin de consolider une croissance qualitative, inclusive et durable.
En plus d’être président de la CGEM TTA, vous êtes consul honoraire du SALVADOR et vice président du Cercle des corps consulaires de Tanger. Quel est votre avis concernant la création de cette nouvelle association regroupant des consuls et quel sera son rôle?
En ma qualité de Consul honoraire de la République du Salvador dans la région Nord du Royaume du Maroc, j’ai eu l’insigne honneur, au cours de l’année écoulée, d’être reçu au Palais présidentiel par Son Excellence Monsieur le Président de la République du Salvador, M. Nayib Bukele. Cette audience de haut niveau s’inscrivait dans une dynamique de renforcement des relations bilatérales et de consolidation de la coopération entre la République du Salvador et le Royaume du Maroc.
Dans ce cadre, j’ai également entretenu des échanges approfondis avec plusieurs membres du gouvernement salvadorien, afin d’identifier les potentialités économiques, commerciales et institutionnelles du pays, et de contribuer activement au développement et à la diversification des échanges économiques entre le Royaume du Maroc et la République du Salvador.
Parallèlement à mes fonctions consulaires, j’occupe le poste de Secrétaire général fondateur du Cercle du Corps Consulaire. Cette initiative a pour objectif principal de renforcer les relations économiques, culturelles et institutionnelles entre le Royaume du Maroc et les 29 pays représentés au sein de notre circonscription consulaire. Ce cercle constitue un espace de dialogue et de coopération réunissant des représentants de trois continents: l’Europe, l’Afrique et les Amériques, favorisant ainsi une diplomatie économique et culturelle de proximité.
Je préside également :
*L’Association Maroco-salvadorienne d’amitié et de coopération, œuvrant pour le rapprochement des peuples et le développement de partenariats durables.
*La Chambre de commerce, d’industrie et de services du Portugal au Maroc – Région Nord, contribuant à la promotion des échanges économiques et à l’accompagnement des acteurs économiques.
*Vice-président de l’Association nationale de nautisme,
Ainsi que d’autres responsabilités institutionnelles et associatives, témoignant de mon engagement constant en faveur du développement économique, de la coopération internationale et du rayonnement du Royaume du Maroc.
Sur un plan plus personnel, vous êtes le fils d’un grand homme qui était aimé et respecté à Tanger et ailleurs. Votre père est resté dans la mémoire collective des Tangérois, notamment comme président du Yachting club de Tanger. Quels souvenirs gardez vous de cette époque et quel est votre sentiment aujourd’hui quand vous visitez le club entièrement rénové?
Effectivement, mon défunt père était une personnalité très connue dans la ville de Tanger, ainsi qu’au niveau national. Fonctionnaire international, il a occupé plusieurs postes de grande responsabilité, notamment président du protocole et des relations publiques de l’AOAPC, sous l’égide des Nations Unies, président fondateur de l’Écurie Méditerranée — qui dispensait à l’époque des cours de conduite automobile —, président de la Fédération Royale Marocaine de Yachting à Voile, vice-président de la Ligue Arabe de Voile, vice-président du Royal Golf de Tanger, ainsi que président du Royal Yacht Club de Tanger, fonction qu’il a exercée pendant plus de 54 ans.
Aujourd’hui, chaque fois que je visite le Royal Yacht Club de Tanger, une véritable avalanche de souvenirs m’envahit, car j’y ai passé une grande partie de mon enfance. J’ai moi-même fait partie des athlètes du club et participé à de nombreuses régates, tant au niveau national qu’international, sur différents types de bateaux: Optimist, Laser, catamaran, 470, entre autres.
À cette époque, notre club comptait plus de 700 membres issus de plus de 30 nationalités différentes. Nous étions tous comme une grande famille. Aujourd’hui, alors que le club vient de célébrer son centenaire, j’ai eu le grand honneur et le profond plaisir d’être invité par son président, en mémoire de mon père. Ce fut un moment d’une intensité émotionnelle exceptionnelle.
Propos recueillis par Abdeslam REDDAM






















