« Je n’arrête pas de tirer la sonnette d’alarme, mais tant que les gens ne verront pas des robots dans la rue pour tuer tout le monde, ils ne sauront pas réagir », à la suite  de ces surprenants  propos signés par le remuant patron de Tesla et SpaceX , Elon Musk, adepte des grands coups médiatiques, on peut s’interroger sur sa supposée compréhension du sujet, quand d’autres ( Mark Zuckerberg) vantent les avancées que promettait  l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé ou de la circulation routiere, entre autres.

Si cette affirmation en apparence sans fondement, voire irresponsable, peut faire jaser certains, elle est surtout révélatrice d’un domaine assez mal connu du public, ou règne la confusion entre les fantasmes de science -fiction, la réalité scientifique, les annonces grandiloquentes et les informations déformées. Si le pessimisme affiché d’Elon Munsk, qui resonne avec un certain imaginaire collectif, semble, de l’avis de la communauté scientifique, extrêmement exagéré, l’intelligence artificielle soulève toutefois d’autres problèmes bien plus concrets et pressants.

CONSEQUENCES SUR L’EMPLOI

L’une des craintes les plus souvent évoquées à propos des récents progrès de l’IA et de la robotique est leur impact sur l’emploi. Ces technologies vont-elles rendre l’humain obsolète pour certains métiers jusqu’ici épargnés par la mécanisation et la numérisation ? Rien n’est sûr. Plusieurs études sérieuses ont été publiées qui tendent à …se contredire, comme cette affirmation de certains chercheurs de l’université d’Oxford estimant dans un rapport publié en 2023 que 47% des emplois Nords américains sont menacés, alors que pour l’OCDE soutenait que seul 9% des emplois étaient exposés au même sort dans le 27 pays qui la composent.

Il en ressort apparemment que ces études s’intéressent juste au phénomène de destruction brute d’emploi, sans en quantifier parallèlement la création, ou la transformation des emplois existants que la technologie pourrait engendrer. A chaque grande innovation technologique, émerge la crainte d’un possible chômage massif. Or l’histoire montre que depuis toujours le progrès technique est créateur d’emploi selon les dires de Marie-Claire Carrère-Gee, présidente du conseil d’orientation pour l’emploi.

La réalité serait plus nuancée, car il est extrêmement difficile de prévoir avec certitude l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi dans les années à venir, qu’il s’agisse de destructions ou de transformations d’emplois.

PROGRAMMES AUSSI RACISTES ET SEXISTES QUE LES HUMAINS.

Un certain nombre de technologies d’IA « apprennent » à partir d’énormes bases de connées créées par les humains, dont celles doivent s’inspirer pour émettre des conclusions. Or, ce sont des données sont biaisées. Résultat : plusieurs programmes ont montré qu’ils reproduisaient le racisme ou le sexisme des humains. Ainsi quand, un programme d’IA est devenu jury d’un concours de beauté en 2016, 1l a éliminé la plupart des candidats noirs, à l’instar d’une autre technologie censée émettre des liens entre les mots, a reproduit certains stéréotypes, en associant les femmes au foyer et les hommes aux professions scientifiques…

L’IA apprend t elle donc de nos préjugés pour mieux les reproduire ?

NOUVELLE ETAPE DANS LA SURVEILLANCE

La vision par ordinateur a connu d’importants progrès ces ultimes année, grave aux avancées du deep learning (apprentissage automatique profond). Des programmes sont désormais en mesure de reconnaitre le facies, distinguer des animaux et de décrire des images. Des entreprises commercialisant la vidéosurveillance, expérimentent des technologies de détection des comportements suspects à partir des caméras de surveillance, en se basant sur des critères tel le changement de température corporelle, le haussement de la voix ou le caractère saccadé des gestes, qui peuvent monter une certaine anxiété.

Couplé à des technologies de reconnaissance faciale, ce type de système pourrait par exemple permettre de détecter en direct une personne recherchée abandonnant sciemment un colis suspect, mais aussi un militant pour les droits de l’homme dans une dictature ou un homosexuel dans un pays où cela est condamné.

Ces systèmes sont encore loin de fonctionner parfaitement, et le risque de « faux positifs » reste important.

LA REGLE DE DROIT EN SUSPENS

Si les robots se développent dans notre proche quotidien, qui sera responsable des réparations en cas de dommages ?

 Question probablement anodine, mais non moins préoccupante, même si la loi ne semble pas être encore sur le point le point de répondre un peu partout dans le monde. Il est probable que les systèmes automatisés soient de plus en plus amenés à prendre des décisions sur des situations que n’auront pas pu prédire les ingénieurs…

Qui, par exemple sera responsable des actes des voitures autonomes ? La question revient souvent et hante déjà les assureurs : si une voiture autonome tue quelqu’un dans un accident, la responsabilité incombe-t-elle le conducteur, l’ingénieur qui a développé l’IA, au propriétaire de la voiture, ou la personne à la place du conducteur ?

Pressantes questions, auxquelles les juristes devront immanquablement y répondre ; le droit, ayant pour obligation de régir et codifier la mise en application des nouvelles technologies au sein de nos sociétés.

POUR TERMINATOR VOUS POUVEZ REPASSER

Dans l’imaginaire collectif, survit ce fantasme de l’intelligence artificielle qui évoque inlassablement les images du films TERMINATOR, dans lesquelles les machines intelligentes ont déclaré la guerre à l’homme. Or, dans la réalité, la grande majorité des chercheurs en IA affirme ne pas avoir la moindre idée de la façon dont pourrait été créée une machine aussi intelligente que l’homme, capable de dialoguer naturellement, de disposer de sens commun, d’humour, à même de comprendre son environnement…Et encore moins sous la forme d’un robot humanoïde.

L’idée d’une IA qui échappe au contrôle de son créateur provoque aussi des sourires en coin dans la communauté, qui peine à comprendre pourquoi certains craignent qu’un programme conçu pour jouer au jeu de go puisse soudainement vouloir d’attaquer à la race humaine…

Probablement un effet de divertissement véhiculé et diffusé par une certaine  presse en mal de sensationnalisme.

Afif Khalladi, Docteur en Economie et Finances