La Coupe d’Afrique des Nations 2025 bat actuellement son plein au Maroc. L’événement dépasse le strict cadre sportif pour s’imposer comme un révélateur des ambitions du Royaume. Entre ferveur populaire, exposition médiatique continentale et enjeux de développement durable, la CAN interroge : constitue-t-elle un véritable levier de transformation au service des citoyens ou une vitrine éphémère appelée à s’estomper une fois les projecteurs éteints ?

Un événement à dimension géopolitique et stratégique
L’accueil par le Maroc de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 s’inscrit dans une dynamique assumée de positionnement régional et continental. Prévue selon un calendrier hivernal, du 22 décembre 2025 au 18 janvier 2026, la compétition ravive également la mémoire sportive nationale : le Royaume n’a remporté la CAN qu’une seule fois, en 1976 à Addis-Abeba, en Éthiopie.
En organisant la plus grande compétition de football africain, le Maroc confirme son ambition de leadership sportif et diplomatique sur le continent. Il convient de rappeler qu’à partir de 2028, la CAN adoptera un cycle quadriennal. L’édition 2025 constitue ainsi un test organisationnel majeur, mobilisant administrations, collectivités territoriales, acteurs privés et l’ensemble des citoyens, dans un contexte de fortes attentes internationales à l’approche du Mondial 2030, co-organisé avec l’Espagne et le Portugal.

Le tourisme, principal bénéficiaire attendu
La CAN 2025 est largement perçue comme un levier de relance et de diversification du secteur touristique. Elle offre au Maroc une vitrine exceptionnelle pour mettre en valeur la diversité et la richesse de ses potentialités touristiques. L’afflux attendu de supporters africains et internationaux, de médias et de délégations officielles devrait dynamiser l’hôtellerie, la restauration, les transports et l’ensemble des services connexes.
Au-delà des retombées conjoncturelles, l’enjeu réside dans la capacité à capitaliser durablement sur cette visibilité médiatique afin de promouvoir un Maroc pluriel, conjuguant destinations balnéaires, villes impériales, patrimoine naturel, culturel et architectural, sans oublier le tourisme rural. La mobilisation de la diaspora marocaine participe pleinement à ce rayonnement et renforce l’attractivité du pays.

Des avancées socio-économiques, entre progrès et interrogations
Les préparatifs de la CAN 2025 s’accompagnent d’investissements conséquents dans les infrastructures sportives et urbaines. Modernisation des stades, amélioration des réseaux de transport, montée en gamme de l’offre hôtelière et digitalisation des services illustrent des avancées socio-économiques indéniables. Ces projets contribuent à la création d’emplois et à la dynamisation des économies locales.
Cependant, ces chantiers soulèvent des interrogations légitimes quant à la durabilité des investissements engagés, à leur répartition territoriale et à leur capacité à répondre aux besoins sociaux prioritaires. Quels impacts réels pour le citoyen ordinaire, trop souvent relégué au rôle de spectateur-consommateur ?
Dans cette configuration, l’engagement citoyen tend à se limiter à l’émotion et à l’enthousiasme passager. L’appartenance s’exprime par l’encouragement, la participation par une ferveur collective éphémère. Le public ne récolte alors qu’une exaltation momentanée, avant de renouer avec une réalité sociale largement inchangée.
Derrière cette euphorie collective, que change-t-on réellement? Réhabilite-t-on les hôpitaux délabrés? Sauve-t-on l’école publique en déshérence? Redonne-t-on souffle à un pouvoir d’achat en recul ou restaure-t-on un système de valeurs en crise ? Force est de constater que, bien souvent, la réponse demeure négative. Une fois la fête terminée et les projecteurs éteints, la réalité reprend ses droits: peu de transformations structurelles ont vu le jour.

À l’horizon 2030:l’enjeu de l’héritage
La CAN 2025 constitue une étape charnière sur la trajectoire menant au Mondial 2030. Elle offre l’opportunité d’expérimenter, d’ajuster et de consolider les dispositifs organisationnels et infrastructurels. L’enjeu dépasse la simple réussite sportive ou médiatique : il s’agit de faire de l’événementiel sportif un véritable levier de développement durable, inclusif et équitable, capable de produire un héritage tangible au bénéfice des citoyens et des territoires.

Conclusion
La CAN 2025 peut être bien plus qu’une fête du football. Elle agit comme un révélateur des mutations en cours au Maroc et comme un test de cohérence entre ambitions internationales et réalités sociales. Sa réussite ne se mesurera ni au seul éclat des infrastructures ni au nombre de visiteurs, mais à la capacité du Royaume à inscrire cet événement dans une vision de long terme, où le sport devient un moteur effectif de développement et de rayonnement africain et international.

Par Dr. Ali GHOUDANE – Docteur chercheur en Sociologie
Cf. mon blogspot : kroniquesociale.blogspot.com/