Dans sa dernière enquête, Sunergia révèle que Tanger se distingue une fois de plus comme étant la ville qui incarne, aux yeux des Marocains, un idéal de qualité de vie.
Mais comment les Tangérois jugent leur propre ville? Ils l’adorent, mais sont aussi déçus. Détails.

En parallèle au projet du grand Tanger, la nouvelle métropole a pris des dimensions gigantesques qui deviennent un grand problème pour son image et sa stabilité sociale, entre autres.
A Tanger, il existe deux ou trois villes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre.
Une ville ancienne, qui représente la vitrine de la grande cité, est adorée par tout le monde car organisée malgré tous ses petits problèmes et handicaps. Cette partie de la ville, qui regroupe tous les anciens quartiers (Médina, Merchan, Dradeb, Msallah, Souani, Tanja Balia,  Casabarata, etc.) et ses boulevards et avenues du centre-ville, constitue son histoire et sa légende. Elle est sa carte de visite et sa principale adresse pour les touristes, les investisseurs, ainsi que les artistes, écrivains, poètes, peintres, etc.
Cependant, il existe une autre cité appelée aussi Tanger, mais qui pose un grave problème. C’est cette partie de la ville où l’urbanisme s’est “développé” dans anarchie totale.
Un développement qui a été très mal géré durant les 30 dernières années. Au fond, on parle d’un désastre. Une catastrophe même. Il suffit, pour le constater de traverser des dizaines de nouveaux quartiers construits en majorité dans la partie sud de la ville. Au-delà de Béni Makada.

Bienvenue dans une périphérie d’enfer

Pour bien constater davantage les effets négatifs de ce “développement” anarchique, il suffit de traverser la nouvelle route reliant celles de Tétouan et de Rabat. Une catastrophe. Le rouge des briques fait le décor lamentable représentant un énorme bidonville. Une grande jungle presque impénétrable. Les ruelles étroites empêchent toute circulation et certifiant l’absence totale de plans de construction validé et délivré par les autorités responsables. Les ruelles et les maisons ne sont pas du tout alignées prouvant que dans la plus ppart du temps, ces bâtiments ont été construits durant la nuit, sans autorisation, ni permis. Juste un bon Bakchich qui passe sous les tables des cafés donnant la permission pour tout faire, même si cela défigure à jamais l’image d’une belle ville comme Tanger.


Le pire est que ces constructions illégales et anarchiques ont aussi attaqué l’espace forestier de la ville. Ainsi, du côté de Rmilat, les villas remplacent petit à petit les arbres. Cela arrive spécialement dans ces zones forestières victimes d’incendies, à l’origine soupçonneux, que les autorités avaient promis de reboiser.
Finalement, ce sont des résidences qui y ont été bâties sur de grandes superficies.
A Rahrah aussi, les autorités ferment les yeux sur la « corruption » émanant de l’habitat illégal qui s’est largement répandu dans cette zone, entourant la forêt et contribuant à l’émergence de quartiers dépourvus de toute planification et organisation. “Houma Djabala” reste le pire des exemples.

Plusieurs raisons contribuent de manière significative à la destruction de cette forêt devenue un dépotoir de déchets de construction, d’ordures ménagères, etc. Les arbres de la forêt Rahrah sont également exposés à des coupes aléatoires, ce qui contribue à une érosion dangereuse des sols.
Pour information, le domaine public de cette forêt est limité, ne dépassant pas 270 hectares, dont seulement 150 hectares ont été attribués au parc urbain.
Malgré la réalisation de cet excellent projet visant sa protection, Rahrah reste l’une des forêts les plus exposées à l’agression humaine, et, selon plusieurs experts, cette forêt est vouée à disparaître dans les prochaines années, car seuls 150 hectares ont été transformés en parc urbain protégé. Un parc, dont la superficie jadis projetée était de 253 hectares en 2013, réduite à 220 hectares en 2018, pour finir à seulement 150 hectares.
Reste enfin cette fièvre poussée de l’industrialisation qui commence à dépasser les degrés normaux pour une ville qui devait garder son équilibre entre l’industrie et le tourisme. Tout le monde le dit: Tanger, la ville, doit arrêter la multiplication de ses zones industrielles pour favoriser les autres villes de la région. Assilah, Larache, Ksar El Kébir et Al Hoceima. Tanger doit devenir le hub d’une région équilibrée  jouissant des mêmes richesses et des mêmes opportunités.
La multiplication des zones industrielles et des usines tue la ville en réduisant ses superficies nues et en menaçant son environnement. Le nombre des nouveaux quartiers construits pour loger les milliers de jeunes venus travailler dans ces usines est une autre catastrophe urbanistique monstre qui a défiguré la ville. Les constructions économiques et sociaux sont aussi une ceinture explosive qui menace la stabilité sociale d’une ville qui mérite de protéger son charme.

A. R.