Sous le signe d’un appel, via la peinture, à un éveil relatif à la sauvegarde des grandes valeurs, encore en période de remous planétaires dus aux foyers de tension dans le monde et autres menaces qui pèsent sur le globe, l’artiste peintre Zhor El Hichou expose ses toiles à la galerie Mohamed DRISSI, à Tanger, sa ville natale.
Après toute une série de travaux au départ inspirés du patrimoine et de la culture ancestrale, Zhor El HICHOU a préféré créer dans le sillage d’une peinture qui prend appui sur les origines juste comme piliers et tremplin pour une création plus libérée, axée plus sur la représentation de concepts que sur une simple copie du réel, usant de principes de la Nouvelle Subjectivité, dans une sorte d’abstraction lyrique, pour exposer à la fois sensations et autres visions du monde et de la conjoncture actuelle.

Vernissage de l’exposition Samedi 6 janvier 2024 à  17h 30.
L’accrochage  continue du 6 au 27 janvier 2024. Galerie Mohamed DRISSI 52 Rue d’Angleterre. Tanger

Authentiquement fluorescente

Dans un panoramique, voulu bref mais substantiel, sur les récents paramètres de l’art à l’échelle de la planète, les mots-clés qui reviennent, en cette fin de l’an deux-mille-vingt-trois demeurent, de prime abord, avant la parité et la dite intelligence artificielle, l’authenticité et le retour à « l’art au service de la société ».
Emballée  sans le savoir dans le sillage  de ce constat d’une conjoncture, dressé par des critiques d’art de grande renommée internationale, Zhor El Hichou brandit spontanément, par le verbe et la couleur, cet appel insinué à la sauvegarde des grandes valeurs déjà en dérive, faut-il en convenir. Et pour cause! Un tableau qu’elle avait intitulé ‘’ Jewel’’ ou  Joyau lui a valu une reconnaissance digne de considération, ce Prix de Seconde Meilleure Artiste peintre arabe pour l’année deux-mille-vingt, décerné  par l’institution internationale ‘’Arabs Groupe à Londres ‘’.
Il s’agit,  en fait, d’un travail figuratif sur fond informel, représentant un collier inspiré du patrimoine artisanal,  ouvert, non encore porté, comme qui dirait en attente  d’une chanceuse élue qui n’est paradoxalement autre que son heureuse créatrice.
Le tableau couronné n’est pourtant qu’une œuvre de transition qui déjà annonçait cette tentation d’une peinture représentative de plus d’un élan que d’un quelconque motif aux traits déterminés.
En effet , après une étape dans laquelle il a été question de maints exercices de reproduction, et de travaux ayant trait au réel,  avec comme sujets des arrêts sur image sur le legs patrimonial tels un bijou, une théière et même des portails en médina,  pour révéler par la suite cette volonté manifeste de transcendance. L’artiste ne manque pas d’arguments : « Je ne sens pas le besoin de reproduire quelque chose qui existe déjà. »
Quoique fort attachée à l’héritage patrimonial, la créatrice revient à son égo, histoire de demeurer  ègale à elle même, sans nul artifice ‘’Ma référence, c’est moi’’, dut renchérir la plasticienne. Ainsi l’artiste doit-elle livrer ces  états d’âme dits dans sa gamme d’ocres, avec des reflets tantôt rougeâtres, tantôt d’un blanc qui de temps à autre transparait sur la toile. Le tremplin ne saurait être qu’une colonne, des arcades ou un certain espace insaisissable pour s’exprimer par la suite en coloris, en émanations j’allais dire ineffables.
Ayant évolué dans un milieu féru de beau sans s’en rendre compte, avec notamment, sous l’œil émerveillé de Zhor encore enfant, une mère prodige qui excellait dans les choses du crochet artisanal, de la broderie et de cet art de vivre en matière d’habillages traditionnels, de caftans  et compagnie, la toute jeune Tangéroise à l’époque,  dut opter peut-être contre son gré, pour des études en économie, sur une orientation  sans doute qui la dépassait, histoire de lui assurer une situation d’avenir confortable sinon décente. La réussite ne se faisait pas attendre. Un Doctorat en sciences économiques et une profession de Cadre Supérieure avec toujours une passion pour l’art malgré maints écueils ayant trait aux rébuts du labeur administratif, à un mal qui s’en était pris à l’artiste et plus tard, à la perte de son auguste géniteur qu’elle chérissait sans bornes.
Ainsi, la peinture devint, pour Zhor EL Hichou, à la fois thérapie et réconfort. Une formation  privée de deux années en peinture, et de nombreuses fréquentations d’ateliers, de musées et lieux d’art au Maroc tout comme en Italie, en France, en Espagne, pour une imprégnation certaine, en plus d’un labeur passionné, cette fois en atelier, usant de ses doigts, du couteau, sur chevalet, très souvent par le biais de techniques mixtes et quelquefois quelque peu osées. Un penchant déclaré à la peinture acrylique laquelle lui offre des aplats de couleurs froides à même d’apaiser les sensations fortes ou saisies sur une autre toile, avec des ocres aux tons chauds et bruns  qu’elle tempère, selon la texture, avec des reflets de lumière.
Le tableau devient dès lors, chez Zhor El Hichou, une mémoire où s’inscrit la trace d’une émotion, d’un délire peut-être, avec ces déflagrations du geste coloré lequel déborde sur une abstraction lyrique annoncée, le sujet n’étant autre qu’une lumière profonde, un élan de volatile ou un semblant de choses insaisissables qui pointent à l’horizon de la toile.
Un clin d’œil à la nouvelle subjectivité avec ce ‘’retour non archaïque à la réalité des choses’’, pour reprendre les termes de Catherine Millet, historienne de l’art, ou encore à la Nouvelle Figuration, avec ce traitement spontané de la couleur et surtout, cette allergie à toute ressemblance littérale.
Voilà pourquoi le visiteur avide de curiosités doit rester sur sa  faim. Point d’objet ni de visage mais des touches évasives révélatrices d’une présence dominante de l’égo de la créatrice demeurée fidèle, malgré tant d’affluences, à ses origines, à son émoi, au principe de l’expression sincère sans fard ni fioritures.
Et c’est toute une littérature de titrages forgés par l’artiste elle-même, à même d’amener le  regardeur à partir en envolées interprétatives. Des allégories éminemment significatives telles « Tolérance », « Fierté », « Force du lien », « Nidal » ou  lutte, ou encore « Solidarité »  comme qui dirait pour insinuer un cri d’indignation, après tant d’affronts essuyés par tous les humains férus de paix totale, de justice et d’équité, sans laisser pour compte un certain «Rayonnement» souhaité  ou quelque « Espoir » que l’artiste formule d’ailleurs en toutes lettres : «J’espère, à travers ma créativité, participer à la sensibilisation, face aux atrocités sur la planète.» . Ainsi s’explique cet appel indirect, hautement significatif relatif à ces valeurs naufragées, pour une sauvegarde tangible, une  résurrection inéluctable de ces idèaux très longuement dissertés naguère  hélas dans les livres d’antan.
Les préoccupations, toutefois, de l’humain, tout comme cette inquiétude face aux malheureux  foyers de tension sur le globe déjà menacé, doivent peser, il est vrai, dans les œuvres de Zhor EL Hichou  laquelle néanmoins se soumet à l’impératif d’une création originale et  sincère.
Nantie d’esprit de découverte, de liberté, outre cette fierté de  ses origines de Méditerranéenne ayant vu le jour dans une cité connue de son cosmopolitisme planétaire, Zhor El Hichou fait état d’un esprit de quête insatiable comme pour annoncer déjà une escale autre, dans laquelle doit se profiler, sous un jour nouveau, cette heureuse alliance entre authenticité et volonté de dépassement créatif, avec un art fortement ancré dans les origines, tout juste pour un élan, un ressourcement encore plus inspirateur dans une perspective de sublimation d’une peinture déjà authentiquement fluorescente.

Ahmed Fassi