« …Mon professeur à l’école primaire pensait que quelqu’un m’aidait à réaliser mes exercices, tant ils lui semblaient aboutis… »
« …Vu ma sensibilité, ce sont tout naturellement les traits du visage, le regard et l’expression des yeux qui m’ont toujours fascinée… »
« Toutes mes oeuvres laissent à chacun la liberté de les interpréter selon sa sensibilité et son vécu personnel »
Vous êtes une artiste peintre possédant une capacité incroyable de créer des œuvres d’une grande intensité émotionnelle. Est-ce un don ou une maîtrise qui s’apprend?
Je dirais que c’est une rencontre entre une sensibilité naturelle et un long chemin de travail.
J’ai toujours dessiné, aussi loin que remontent mes souvenirs. Dès l’âge de 9 ans, le dessin faisait partie de mon quotidien. Pour la petite anecdote, mon professeur à l’école primaire pensait que quelqu’un m’aidait à réaliser mes exercices, tant ils lui semblaient aboutis.
Au collège, lors de l’examen de fin d’année de la 3eme année, mon travail a remporté le premier prix à l’échelle de la région de Fès. C’était un exercice de perspectives futuristes, et ce succès malgré mon jeune âge à l’époque, a été un véritable déclic : j’ai alors réalisé que mon univers artistique pouvait toucher au‑delà de ma propre imagination.
Les années qui ont suivi, j’ai beaucoup travaillé au graphite et au stylo. Je dessinais les paysages et des natures mortes. Mais ce qui me captivait le plus, c’était dessiner les portraits de mon entourage, ainsi que de nombreux autoportraits.
Vu ma sensibilité, ce sont tout naturellement les traits du visage, le regard et l’expression des yeux qui m’ont toujours fascinée. J’aimais observer comment, sous le mouvement de mon crayon, le dessin prenait vie peu à peu, révélant avec chaque trait l’intensité à la fois visuelle et émotionnelle de celui ou celle que je représentais.
C’est ainsi qu’au fil du temps que je me suis orientée vers l’art figuratif, et plus précisément vers le réalisme et l’hyperréalisme. En observant les grands artistes de ce courant, j’ai constaté que le fusain occupait une place essentielle, autant pour sa précision que pour sa profondeur expressive.
J’ai donc choisi d’approfondir cette technique à travers des cours spécialisés pour explorer toutes ses nuances et ses possibles.
Mais au-delà de la technique, c’est une véritable immersion. Dessiner a toujours été pour moi une façon de découvrir et d’observer la beauté singulière de chaque personne que je représentais. En plongeant dans son regard, j’essaie de capturer l’expression et le sentiment précis du moment présent.
Aujourd’hui, je peux dire que le talent ouvre une porte, mais que ce sont les années de travail, d’observation et de patience qui permettent réellement de créer des œuvres vivantes où chaque partie respire et raconte quelque chose de vivant.
Où avez-vous appris à peindre ?
On me demande souvent où j’ai appris à dessiner !
En réalité, je dessine plus que je ne peins, et mon apprentissage s’est construit naturellement dans le temps.
En tant qu’autodidacte, mon amour pour le dessin et de la peinture est né dès l’école, puis il s’est nourri de pratique personnelle, de curiosité, de recherches.
Pour moi, l’apprentissage est un voyage sans ligne d’arrivée: se former par soi-même, c’est cultiver sa propre curiosité et transformer chaque recherche en une opportunité. C’est d’ailleurs cette soif d’apprendre qui m’a poussée vers des formations ciblées sur les techniques de dessin et de peinture pour aller plus loin techniquement.
J’ai également pratiqué la photographie qui a beaucoup influencé ma manière de dessiner car elle m’a appris à observer la lumière, les contrastes et les mouvements.
Au final, chaque œuvre est une expérience en soi. Au moment de poser un trait ou d’étirer une couleur, je ne reproduis pas seulement ce que je vois. Mais plutôt chaque étape du processus, une rencontre avec soi-même où je dialogue avec mes émotions, mes sentiments et mes questionnements.
Et justement, en parlant de peinture, je participe prochainement à une exposition collective à l’huile à Tanger. En ce moment, j’explore ce médium pour sa richesse, sa profondeur et sa capacité incroyable à révéler la matière. Cette exposition sera une surprise pour le public!

Grâce à qui avez-vous aimé l’art et comment expliquez-vous cette passion, sachant que votre activité professionnelle se focalise plutôt sur le domaine des entreprises?
Je n’ai jamais vécu l’art et mon métier comme deux mondes opposés. Bien au contraire ! Je travaille dans le milieu des ressources humaines, un domaine où l’humain est au centre.
L’art a été mon premier langage, et les ressources humaines sont devenues, avec le temps, une autre manière d’explorer l’humain. Les émotions, les silences, les regards, les non-dits que je rencontre dans mon métier trouvent souvent un écho dans mes œuvres.
À 16 ans, j’ai réalisé mon premier portrait: celui de ma mère, paix à son âme. Cette œuvre a profondément ancré mon lien avec le portrait humain, même si j’avais parallèlement beaucoup exploré la nature morte.
Quelles sont les expositions auxquelles vous avez participé et quels sont vos futurs projets?
J’ai participé à cinq expositions collectives au cours des trois dernières années que ce soit à Casablanca ou à Tanger où je vis actuellement.
Exposition 1: «Tisseuses de rêves» – Mall Ibn Battuta à Tanger – Mars 2024
Exposition 2 : «A cœur ouvert» à la Galerie d’art Living for Art à Casablanca – Juin 2024
Exposition 3: «Morocco Gate» à la Galerie Mohamed EL Youssefi à Tanger – Septembre 2024
Exposition 4: «Histoires d’œuvres» à la Galerie d’art Living for Art à Casablanca – Septembre 2025
Exposition 5: «Feelings» Galerie Mohamed EL Youssefi à Tanger – Janvier 2026
Ces expériences ont été essentielles dans mon parcours: elles m’ont permis de confronter mon travail au regard du public et de renforcer mon identité artistique.
Aujourd’hui, je travaille autour du thème des émotions, devenu le fil conducteur de ma démarche artistique.
Dans mes œuvres, le spectateur découvre des visages, des regards, porteurs d’une énergie émotionnelle immédiate, ou des expressions parfois subtiles, parfois bouleversantes. Je veille également à capturer les micros-expressions avec délicatesse, car elles révèlent des silences et des fragilités de chacun. Toutes mes oeuvres laissent à chacun la liberté de les interpréter selon sa sensibilité et son vécu personnel.
Ainsi, mes projets futurs s’inscrivent dans cette même démarche, avec la volonté d’aller toujours encore plus loin dans la profondeur émotionnelle et la précision technique de l’hyperréalisme et de l’art figuratif, que ce soit au fusain ou à la peinture.
Préparez-vous une exposition personnelle prochainement, à Tanger ou ailleurs?
C’est un projet qui mûrit en moi depuis plusieurs années. Si j’ai aujourd’hui l’élan de le concrétiser, c’est aussi grâce à l’encouragement constant de mon entourage. Leurs retours et leur soutien m’ont donné la confiance nécessaire pour franchir ce cap.
Patience et exigence sont mes maîtres-mots, car je suis consciente qu’une exposition personnelle demande une véritable maturité artistique. Je veux que cet événement soit bien plus qu’une simple présentation de tableaux: ce sera une histoire complète, un voyage émotionnel. Alors, en effet, j’y travaille chaque jour avec beaucoup de cœur… C’est la prochaine étape de mon parcours, et j’ai hâte de vous y retrouver!
Propos recueillis par Abdeslam REDDAM
























