« Tout ce que j’espère c’est que mon travail puisse inspirer une émotion ou une interrogation en laissant la liberté d’interprétation à chacun… »
Elle est la sculpteure Number One à Tanger et c’est une position que tout le monde lui reconnait. Itaf Benjelloun nous fait découvrir son monde à elle. Comment est née sa passion pour cet art et comment elle la vit.
Itaf Benjelloun,vous êtes l’artiste que tout le monde aime à Tanger et ailleurs spécialement pour vos travaux de sculpture. Pourquoi avoir fait ce choix d’une expression artistique qui reste assez difficile?
je tiens à vous remercier pour cette introduction pleine de bienveillance et qui me va droit au coeur. J’ai grandi dans cette ville à une époque charnière, les vestiges d’une époque révolue, le début d’une autre. Mon Tanger, avec lequel un lien intime s’était établi, se drapait alors d’un élégant voile de désuétude. J’ai pris goût aux patines du temps sur la ville et leur imaginais un langage. Cela est très présent dans ma démarche. En réalité je n’ai pas décidé d’être sculpteure, il se trouve simplement que les toutes premières fois où j’ai eu l’occasion de m’exprimer, il m’a semblé évident de céder au désir de donner forme à la matière après le croquis ou le dessin. La sculpture est le seul moyen d’expression qui me libère réellement.
Cela dit il est vrai que la sculpture est plus présente sur la scène artistique marocaine aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a presque trente ans, et cela aurait pu m’inquiéter si mon ignorance totale des tendances, exigences et rouages de la sphère artistique n’avaient d’égal que mon désir profond de m’exprimer. Cela apporte aussi une grande liberté d’être et d’évoluer tout simplement en étant l’artiste que l’on voudrait être.
Si on vous demande de faire un résumé de votre parcours professionnel, quelles seront ses principales étapes et les moments les plus forts?
En tant qu’autodidacte, j’ai tenté différentes recherches pour évaluer mes aptitudes. La première révélation pour moi a été de découvrir que les situations et évènements marquants peuvent stimuler mes capacités à réaliser une oeuvre, là où je pensais que mon manque de bases académiques limiterait mon élan. Ce que j’appelle la magie de l’urgence… Ainsi c’est cela qui a opéré pour que je décide de commencer à montrer mon travail en 97. Ma contribution en tant qu’artiste a suivi depuis le cours de ma vie, et le lien intrinsèque entre les deux est le seul moteur à créer des évènements. C’est un voyage solitaire avec la ferme résolution de ne jamais ignorer l’objectif paradoxal fidélité/liberté à soi et envers soi. Les évènements qui ont marqués ma trajectoire sont faits de rencontres avec d’autres artistes qui m’ont ouvert la perspective d’en être une un jour, elles me faisaient l’effet de baptêmes d’appartenance à un idéal.
Les sculptures d’Itaf Benjelloun sont une mécanique mise sur pied pour aller affronter le monde et que votre univers a quelque chose à voir avec la magie. La magie des choses qui sont à leur juste place, et une juste place qui, impertinemment – et très étrangement surtout – semble un déplacement continu…
Quelle est votre vision à vous de vos œuvres?
De la même façon que mes oeuvres sont faites de fragments, elles incarnent de multiples et differentes étapes inconscientes, pour élaborer une émotion ou un ressenti induits par un ou plusieurs faits. Le puzzle ne prend forme et sens qu’une fois réalisé. C’est un moment de découverte et d’associations de projections intimes. Un moment de grâce comme celui du sentiment soudain et aléatoire d’être sur la bonne voie lors de la conception d’une oeuvre. Je ne pourrais pas et ne voudrais pas avoir le recul sur mon travail pour le convertir en discours, cela ne serait pas naturel pour moi. Il y a des spécialistes pour cela. Tout ce que j’espère c’est que mon travail, dans le meilleur des cas, puisse inspirer une émotion ou une interrogation en laissant la liberté d’interprétation à chacun.
Ce que je pourrais dire c’est que j’aspire toujours à représenter des propositions de différentes facettes de l’Homme, du monde et de son histoire dans un tout qui est l’univers. Je suis assez intriguée par le phénomène des cycles et de ce qui les recompose à chaque fois. J’ai le sentiment que l’essence des choses se meut dans le temps et l’espace en s’amusant à prendre des formes différentes à chaque fois.
Quel est votre agenda pour 2023 et est-ce que vous avez déjà programmé des activités pour bientôt à Tanger ?
Pour 2023 je nous souhaite à tous et à toute l’humanité une année de paix (c’est pas gagné), de re découverte de petits bonheurs simples et de grande créativité. J’espère bénéficier de ces voeux aussi pour aller au bout de mes projets.
C’est à Tanger que j’ai exposé pour la première fois, c’est aussi à Tanger que les critiques et observations bienveillantes m’ont permis d’avancer. Mon travail y a depuis le début été reçu avec un enthousiasme et une ouverture d’esprit qui défini le Tanger que j’ai dans la peau.
C’est bien sûr ici que je projette de faire ma prochaine exposition.
Propos recueillis par A. REDDAM

























