A cause du séisme qui a frappé la Turquie et la Syrie, les immeubles effondrés se comptent par milliers, au moins 6000 en Turquie. Cette catastrophe qui a fait des milliers de morts et de blessés, en plus de millions de personnes sans abris, n’est pas uniquement une conséquence directe du séisme mais surtout du non-respect des règles dans le domaine de la construction et certainement de l’apathie des autorités face au laisser-aller dans le domaine de la protection antisismique.
Après le tremblement de terre de 1999 à Izmit qui avait brutalement remis la question sous le feu des projecteurs  (20.000 morts, 100.000 bâtiments effondrés), de nouveaux codes du bâtiment aveint été adoptés et les nouvelles constructions devaient se faire de manière parasismique, pour résister aux séismes.
Seulement, voilà : ces normes n’ont pas été respectées dans un pays où beaucoup de constructions se font sans permis. Des bétons de mauvaise qualité, des tiges de renforcement remplacées par du polystyrène, des inspections qui n’ont pas lieu…
Malgré de nouveaux séismes meurtriers en 2003, 2010, 2011 et 2020 au cours desquels les pouvoirs locaux et les instances de contrôle ont à nouveau été montrés du doigt, cela ne s’est pas amélioré.
En effet, des milliers d’immeubles en Turquie se sont affaissés sur eux-mêmes, sans laisser la moindre chance à leurs occupants saisis dans leur sommeil par la violente secousse survenue à 4 heures du matin. Face à la colère qui gronde dans le pays contre les mafias du bâtiment, relayée par la presse et les réseaux sociaux, les autorités turques ont réagi avec promptitude et les arrestations et mandats d’arrêt pleuvent. Plus de 130 enquêtes ont été lancées, des dizaines de promoteurs immobiliers arrêtés et d’autres recherchés.
Finalement le drame n’était pas le séisme en tant que catastrophe naturelle, mais le non-respect des règles par les promoteurs et le laisser-aller des autorités.
Aujourd’hui, ce grand drame est l’occasion de faire le point également dans notre zone du Nord du Maroc, où les séismes se produisent périodiquement. La preuve, un tremblement de terre de magnitude 4,3 degrés a été ressenti dimanche dernier au large d’Al Hoceima, fait savoir l’Institut national de géophysique (ING). Le vendredi 22 mai, une autre secousse avait eu lieu dans la même province.
Le 19 novembre 2022, la terre avait aussi  tremblé dans la province de Driouch où une secousse tellurique de magnitude 4,5 degrés sur l’échelle de Richter a été enregistrée. Mais il y a eu pire.

Rappel des deux grands séismes qui ont frappé Tanger et d’autres villes du Maroc
Le séisme de 1969 au Maroc s’est produit le 28 février 1969 à 02:40 et a duré environ une minute. Il était de magnitude 7,8 Mw sur l’échelle de Richter et d’intensité VII (« très forte ») sur l’échelle de Mercalli. Il a atteint Tanger et Rabat, le sud du Portugal et l’Andalousie occidentale. Malgré sa force, ce séisme avait provoqué directement ou indirectement 11 décès au Maroc, 7 en Espagne, et 2 décès au Portugal, auxquels s’ajouteraient 11 décès indirects : donc 31 morts au total ; ainsi que 80 blessés légers.
Les dommages aux bâtiments locaux ont été « modérés », selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis. Dans l’ensemble, les structures étaient préparées au tremblement de terre et ont bien réagi, ne subissant que de faibles dommages, voire aucun.
Beaucoup de Marocains ont encore en mémoire ce séisme fortement ressenti, et qui a donné naissance à un tsunami de faible amplitude mais notable à Casablanca.
Mais le vrai grand séisme qui a frappé Tanger est celui de Lisbonne, le 1er novembre 1755.
Selon les sources, on dénombre entre 50 000 et 70 000 victimes parmi 275 000 habitants. La secousse a été suivie par un tsunami et des incendies, qui avaient détruit la ville de Lisbonne dans sa quasi-totalité. Avec les victimes indirectes de ce séisme, le bilan dépasserait les 100 000 victimes.
Ce séisme n’ayant pas été enregistré grâce à des sismographes, sa magnitude et son épicentre ont été calculés de manière indirecte, en fonction du contexte géologique et de la répartition des destructions. Les sismologues estiment sa magnitude entre 8,5 et 9.
Au Maroc, on parle d’environ 10.000 personnes qui ont perdu la vie à Tanger, Assilah, Larache, Maamora, Salé, Rabat, Safi, Essaouira et Agadir. Des cités qui ont été ravagées.
À Rabat, la colonnade de la tour Hassan a été endommagée et le dôme du minaret  détruit. À Tanger, le tsunami s’est arrêté à deux kilomètres à l’intérieur des terres, au pied des murailles de la médina. A Salé, le tsunami a entraîné des morts et des dégâts importants. La forme de l’estuaire du fleuve Bouregreg a été profondément modifiée…
D’autres villes marocaines non côtières (Meknès, Fès, etc.) ont durement ressenti ce séisme. Une réplique survenue 18 jours après a été particulièrement meurtrière à Fès et surtout Meknès. Le site romain de Volubilis a subi d’importants dégâts.
Mais Le tremblement de terre le plus grave est celui de février 2004 (d’une magnitude de 6,3)qui avait fait près de 450 morts dans la province d’Al-Hoceima.
La question que se posent tout le monde aujourd’hui est de savoir si les bâtiments de la ville respectent les normes antisismiques.
Qu’elle est la situation à Tanger concernant le respect des règles? Qui contrôle les promoteurs et comment?
La vérité, il est très difficile de répondre à ces deux questions, car dans tous les départements responsables, la réponse est la même, une confirmation totale et absolue du respect des règlementations dans ce domaine. Les réponses « négatives » qui indiquent l’existence d’irrégularités plus l’absence des contrôles « sévères » sont toutes faites dans l’anonymat, par des ingénieurs, des architectes et des contrôleurs de laboratoires chargés de vérifier si oui ou non une nouvelle construction respecte les normes antisismiques.
« Depuis le séisme d’Al Hoceima on a accéléré l’entrée en vigueur du RPS2000 (règlement parasismique préparé en 2000). Les bureaux d’études techniques ont commencé à prendre certaines dispositions dans leurs études, dimensionnement et choix de types de structure. Les bureaux de contrôle prennent ça en compte lors de l’instruction des plans des BET. Maintenant, la question est de savoir si le contrôle des chantiers par les BET et les laboratoires est réalisé rigoureusement car en théorie tout est appliqué, mais dans la pratique personne n’a la bonne réponse », explique un ingénieur.
« J’imagine qu’une bonne partie des constructions échappe à ce règlement, surtout pour les particuliers », atteste un autre ingénieur.
« Les normes antisismiques me rappellent un peu la fiche relative à l’efficacité énergétique. On remplit tous une fiche dans le cadre du dossier de demande de permis, mais en fait personne ne l’applique, même pas 1% », déclare un architecte.
« Dans le domaine de la construction, on ne respecte même pas les simples normes pour bâtir les trottoirs, comment voulez-vous qu’on respecte des règlements très strictes qui coûtent cher à des gens cherchant le maximum de bénéfices », conclut-il.
De ces réponses anonymes on voit très bien que la conclusion fait peur au point qu’il faut prier chaque jour afin qu’aucun séisme ne frappe de nouveau Tanger, ni tout le Maroc d’ailleurs.

Le Règlement de Construction Parasismique (RPS 2000) a été approuvé par le décret n° 2-02-177 du 9 hija 1422 (22 février 2002). Il a pour objectif de limiter les dommages en vies humaines et matériel susceptibles de survenir suite à des tremblements de terre. Il définit ainsi la méthode de l’évaluation de l’action sismique sur les bâtiments à prendre en compte dans le calcul des structures et décrit les  critères de conception et les dispositions techniques à adopter pour permettre à ces bâtiments de résister aux secousses sismiques.
Ce règlement est appelé à être révisé périodiquement pour tenir comptes des progrès scientifiques dans le domaine du génie parasismique. 10 ans après (en 2011), le RPS 2000 a nécessité une révision, dans un cadre partenarial entre le Ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et la Politique de la Ville et l’Université Mohammed V-Agdal de Rabat, pour faciliter son application.