On l’avait prédit à La Dépêche il y a plusieurs années en indiquant qu’un jour et selon l’état de l’économie mondiale, l’usine Renault pourrait prévoir une nouvelle délocalisation vers un autre site plus rentable. Ou simplement des licenciements en nombre considérable. Aujourd’hui, c’est décidé!
C’est officiel. À compter du 1er avril 2026, 850 employés de l’usine Renault de Tanger seront licenciés dans le cadre d’un plan de réduction des coûts. Malgré des indicateurs positifs, comme annoncé lors de la conférence de presse du groupe le 27 janvier, 15% des effectifs seront concernés par ces suppressions de postes, soit 800 ouvriers et 50 cadres. La production, quant à elle, sera maintenue, voire augmentée.
Le groupe Renault, à l’instar des autres constructeurs européens, est confronté à une concurrence féroce, entre les droits de douane imposés par Donald Trump et les politiques environnementales fluctuantes de l’Union européenne: les émissions de carbone sont tantôt considérées comme bénéfiques, tantôt comme néfastes.
Les premières victimes de cette incohérence seront des centaines d’emplois directs que le groupe prévoit de supprimer ce printemps, ainsi que des dizaines, voire des centaines, d’emplois indirects. En effet, la réduction des effectifs de l’usine entraînera une diminution du nombre d’employés chez les fournisseurs, ainsi que des effectifs que Renault s’était engagée à créer en échange de la cession de plus de 300 hectares de terrains de premier choix à Tanger. Nettoyage, cuisine, jardinage…
Les informations divulguées concernant l’intention du groupe de licencier près de 900 employés contredisent l’accord de partenariat signé par Aziz Akhannouch avec le Groupe Renault le 29 octobre 2025. Cet accord prévoit la création de 7500 nouveaux postes dans un avenir proche.
Les employés de Renault Tanger ont accueilli cette nouvelle avec beaucoup de dérision, non seulement parce qu’ils connaissent la vérité, mais aussi parce que le chiffre annoncé de 7500 correspond presqu’à l’effectif actuel du groupe. Ce chiffre est-il devenu impossible à réaliser? Renault France, en pleine triple crise, embauchera-t-elle autant de personnes dans les trois prochaines années qu’au cours des quinze précédentes? C’est impossible!
Ainsi, avec ses usines en Roumanie, où le droit européen est solide, et celles de Turquie (Bursa), où les syndicats sont puissants, Renault aurait décidé de sacrifier des centaines de travailleurs marocains.
L’usine Renault, pour qui le Maroc remplissait toutes les conditions d’implantation, a été présenté comme un véritable pôle industriel. Tout d’abord, Carlos Ghosn a fait pression sur la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) pour qu’elle acquière 47,6% du capital de Renault-Tanger afin de garantir sa liquidité au plus fort de la crise financière mondiale de 2009. La CDG s’est également engagée, comme l’avait demandé Ghosn, à céder intégralement sa participation dans le géant automobile d’ici 2014, à la valeur qu’elle avait acquise en 2009.
Les conditions ne s’arrêtaient pas là. Pour chaque projet d’automatisation entrepris par Renault-Tanger, l’État accorde des subventions à hauteur de 20% de la valeur marchande, en échange de l’engagement de l’entreprise à créer des emplois supplémentaires. La réalité est pourtant que le taux d’adoption des robots dans les usines du géant a bondi de 7% en 2012 à 43% en 2025. Parallèlement, le nombre d’employés a diminué, passant de 8 900 en 2021 à 7 500 fin 2025.
Dernière précision: le Syndicat des Travailleurs, Employés et Cadres de Renault-Tanger, affilié à l’Union Marocaine du Travail, a publié un communiqué le 23 janvier 2026 pour clarifier sa position concernant le projet de la direction de licencier un certain nombre d’employés.
Aujourd’hui, le seul objectif du syndicat est d’essayer de convaincre Renault de licencier les 850 personnes sur plusieurs périodes et pas le même jour.
Par Abdeslam Reddam























