« 95% de la production textile de Tanger est absorbée par Inditex », dixit Yassine Arroud, président de l’association marocaine des industries textiles de la région nord du Maroc, dans un entretien accordé au site espagnol d’informations Atalayar, où il a analysé l’évolution du secteur textile marocain.
Le secteur du textile et de l’habillement joue un rôle important dans l’économie marocaine, en particulier dans la région du Nord. Yassine Arroud, président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement, répond aux questions d’Atalayar.
Le président de l’AMITH zone nord a ainsi indiqué qu’il existe 240 entreprises opérant au niveau régional dans le secteur du textile. L’habillement et le textile au Maroc sont mis en évidence dans le triangle Tanger-Fez-Casablanca, bien que la plupart des usines se trouvent à Casablanca et à Tanger, employant plus de 240 000 personnes. Le même responsable a ajouté qu’à elle seule, la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima se taille la part du lion avec près de 46,5 % de la main-d’œuvre, tandis que les 53,5 % restants se répartissent entre les autres régions : Casablanca Settat, Fès Meknès et Rabat Kenitra.
En indiquant que le secteur connaît un développement remarquable et un fort dynamisme, se distinguant par ce que l’on appelle la « fast fashion », Arroud met en valeur ce qu’il a appelé une caractéristique propre à Tanger en déclarant, tout fière, que Tanger s’identifie par la caractéristique du client unique : entre 90 et 95 % travaillent avec un seul client, qui est Inditex. « Nous leur en sommes reconnaissants et nous sommes heureux de travailler avec une entreprise qui génère beaucoup d’emplois dans la région nord du Maroc ».
Et d’insister que le secteur textile du nord du Maroc est ouvert à plusieurs pays, spécialement l’Espagne qui reste le principal client.
« Nous avons des clients allemands, britanniques, français et portugais. Cependant, la plupart d’entre eux s’adressent à Inditex », souligne-t-il.
Y. Arroud revient également sur le niveau de l’industrie textile et confection à Tanger et au Nord en indiquant qu’il y existe des unités industrielles de qualité mondiale, équipées des techniques les plus modernes dans le secteur de l’habillement et du textile et prévoit qu’il y aura une évolution très importante, malgré la forte concurrence de pays comme la Turquie ou le Pakistan. Pour le président de l’AMITH zone nord, le point fort du secteur à Tanger serait la fast fashion, la qualité et la perfection distinguant la production marocaine. « Dans nos unités industrielles, nous disposons également des équipements les plus récents et des machines de confection les plus intelligentes qui contribuent à l’augmentation de la production et de la qualité », a-t-il expliqué.
En exposant ce beau tableau du secteur textile et confection à Tanger et au Nord, Yassine Arroud a omis de parler du plan « B » dont il aura besoin pour garder toutes ces usines ouvertes et productrices. S’il est fière et tout content que 95% de la production textile de Tanger soit absorbée par Inditex », il oublie donc que cette situation est au fond un énorme danger qui guette toutes ces usines pouvant se retrouver en un clic sans travail, sans commandes et son client, si Inditex décide un jour de remplacer Tanger et le Maroc par un autre fournisseur lui assurant des marges de gains plus grandes.
Yassine Arroud ne doit pas oublier que l’effondrement du secteur textile au Portugal en 2024, marqué par la fermeture de plus de 1000 entreprises et qui avait durement frappé l’industrie galicienne, est un bon exemple à méditer. Il est vrai que les Galiciens avaient choisi les usines de Tanger pour récupérer leur part du marché. Nonobstant, les risques d’une grande crise mondiale ou locale existent toujours.
Le secteur textile fait bien face au spectre de l’inflation, une épée qui menace toujours la santé du secteur. Les coûts de production, notamment ceux des matières premières, de l’énergie et de la main-d’œuvre, peuvent augmenter à tout moment, réduisant ainsi les marges bénéficiaires.
Et quand Y. Arroud parle de concurrence, il oublie totalement de citer la concurrence accrue de la part de pays à faible coût de production, tels que la Chine, le Bangladesh et le Vietnam.
Yassine Arroud n’a pas non plus parlé du danger de l’informel qui menace les entreprises bien structurées du secteur affichant une performance en dents de scie, et moins encore du problème crucial du financement, énorme défi, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME).
Confiant qu’Inditex restera à vie à Tanger, le patron de l’AMITH zone nord a surtout oublié de parler de l’importance de la diversification des marchés, de la formation et du développement durable.
Pourtant, la souveraineté du secteur textile au Maroc passe par ces points essentiels.
Abdeslam Reddam
























