Ce n’est pas un cauchemar, ce n’est pas une fiction, c’est Tanger, notre ville, nos rues, nos silences, des femmes brisées qui tiennent à peine debout, des bébés qui dorment dans la crasse, dans la peur, dans l’oubli. Des fillettes rasées offertes aux regards pour attendrir, attendrir qui? attendrir pourquoi? Pour une pièce, pour une dose, pour survivre encore un soir… une pipe artisanale, une flamme tremblante, une mère qui s’effondre pendant que son enfant regarde sans comprendre, regarde sans parler, regarde sans pleurer même, tellement la douleur est devenue normale. Et nous on passe… on baisse les yeux, on dit que ce n’est pas notre problème. Mais si, c’est notre problème, c’est notre ville, c’est notre honte. Is sont partout, dans chaque recoin, chaque trottoir, chaque nuit et personne ne bouge. Personne ne les sauve, personne ne les voit vraiment. Mais les enfants, eux, ils voient tout. Ils gardent tout et demain ce sera leur tour, leur tour de tomber, leur tour de mendier, leur tour de se détruire. Si on ne fait rien maintenant alors qu’attendons nous? Une autre photo? un autre drame? Un autre cadavre dans une poussette? Il est temps de dire stop, de hurler ce que tout le monde voit, ces femmes doivent être aidées, ces enfants doivent être protégés et vous les responsables où êtes-vous? Où est la protection de l’enfance et la dignité humaine? Chaque jour qu’on se tait c’est un jour de plus où l’innocence meurt dans une poussette et on ne fait rien…

Chaque jour cette scène se répète dans ce petit coin de verdure. Une personne en situation de grande précarité a fait de cet espace sa maison. On dit qu’il vient de loin pour mendier à Tanger et il n’est pas seul car Tanger attire ceux qui n’ont plus rien à perdre, ceux qui cherchent une échappatoire un espoir un passage. Celui et celle qui veulent mendier viennent à Tanger…Celui et celle qui veulent se droguer viennent à Tanger… Celui et celle qui veut se prostituer vient à Tanger. Celui et celle qui veulent traverser clandestinement vers l’Europe viennent à Tanger… et ils y restent.
Le résultat: des hommes, des femmes, des enfants errants, épuisés, visibles dans nos rues, nos ruelles et nos jardins.

Des vies abandonnées au regard de tous et pourtant souvent invisibles aux yeux des autorités. Ce n’est pas un simple constat, c’est un cri. Un appel à regarder en face cette réalité que nous croisons chaque jour sans toujours oser l’affronter. Tanger, notre ville ne peut pas devenir la fin du chemin de tous les désespoirs.
Agisson, questionnons, réveillons les consciences, parce que derrière chaque silhouette allongée sur un banc ou un carré d’herbe, il y a une histoire, une douleur un être humain!

Sanae Alami