Les fromages fabriqués dans l’usine Fromagerie Bel Maroc contiennent-ils des sels de fonte, ces produits chimiques « magiques » essentiels pour fabriquer les fromages fondus?
Entre accusations et explications brouillonnes, la vérité doit être dévoilée.

Par Abdelam Reddam

En 2021, le site électronique industrie.ma met en valeur l’usine Fomagerie Bel Maroc installée à Tanger. « Entreprise leader et responsable, Fromagerie Bel Maroc accorde une attention particulière à l’impact environnemental de ses activités. Pour ce faire, elle innove en permanence dans ses modes de production. Des innovations permettant une réduction significative de la consommation d’eau et d’énergie, ainsi que le traitement et la valorisation de ses déchets. » Pour clore, le publireportage rappelle que Bel dispose de 9 certifications internationales et nationales couvrant les volets Qualité, Sécurité alimentaire, Sécurité, Environnement et Social, Fromageries Bel Maroc est à n’en point douter, une entreprise à la pointe de l’amélioration continue. »
Pour tout chambouler, un article publié par le site Biladi.net met en doute la qualité de fabrication des fromages fondus au Maroc, ceux du groupe Bel en l’occurrence. Jusqu’à quel point les informations étalées par ce site d’informations sont-elles vraies et quelles sont les bases scientifiques sur lesquelles s’est-il basé?

Voici un extrait de l’article en question:
« La consommation de Kiri, la marque commerciale de fromage industriel français du Groupe Bel, est-elle dangereuse pour la santé? Dans une vidéo publiée sur Tiktok, un créateur de contenu affirme qu’il y a de nettes différences entre le Kiri vendu au Maroc et en France. Il démontre que la version marocaine contient plusieurs additifs chimiques classés comme potentiellement cancérigènes, tandis que le produit français est exempt de telles substances. Selon l’application mobile de suivi des produits, la version marocaine contient trois additifs signalés comme «nocifs pour la santé».
Et d’ajouter: « Les additifs identifiés dans le produit marocain sont: le phosphate tricalcique, la carraghénine et le polyphosphate. Le phosphate tricalcique peut augmenter les risques cardiovasculaires, la carragénine a été associée au cancer dans certaines études et les polyphosphates peuvent contribuer à d’autres complications de santé, avertissent les experts en nutrition. Or, les fromages à tartiner vendus en France reçoivent souvent d’excellentes évaluations pour leur absence d’additifs et le maintien d’un niveau de matières grasses équilibré. »
Pour vérifier ces graves informations, une recherche dans des sites spécialisés en santé et alimentation était nécessaire.
Voici quelques explications:
Même si l’IA indique que des fromages fondus comme « La Vache qui rit n’est pas dangereuse pour la santé en général, une consommation excessive peut présenter des inconvénients en raison de sa teneur en matières grasses, en sel et en additifs comme les polyphosphates. Il est donc préférable de la consommer avec modération dans le cadre d’une alimentation équilibrée. »
Risques potentiels: Matières grasses et sel: Comme d’autres fromages fondus, elle est riche en matières grasses saturées et en sel, ce qui peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires et de taux de cholestérol élevé en cas de consommation excessive.
Additifs: Certains produits, notamment certaines recettes de la Vache qui rit, contiennent des polyphosphates (E452) qui peuvent nuire aux reins et aux os si consommés en excès.
Additifs dans les versions «légères»: Certaines versions légères peuvent contenir des additifs considérés comme problématiques, comme le dextrose dans la Vache qui rit légère. »
Le magazine Santé va plus loin en indiquant que « Sous forme de triangles, de petits cubes ou de cercles quasi-parfaits, ils sont omniprésents dans nos frigos et très populaires auprès des enfants. Mais que contiennent réellement les fromages fondus? Et peut-on vraiment les qualifier de fromages? Se pencher sur leurs ingrédients et leurs procédés de fabrication révèle des surprises peu appétissantes.

Quels sont les ingrédients des fromages fondus?
Prenons l’exemple de marques bien connues, comme La Vache qui rit ou Kiri. Derrière leur image conviviale et familiale se cache une liste d’ingrédients étonnamment longue, entre 5 et 15 éléments, dont du lait, de la crème, de l’eau, du beurre, des protéines de lait, mais aussi des stabilisants, des colorants et surtout des « sels de fonte ». Sont-ils appétissants sous leur doux nom de polyphosphates, phosphates de sodium, phosphates de calcium, citrates de sodium ou acide citrique? On vous laisse juger… Et surprise: dans certains de ces produits, comme le Kiri, il n’y a même pas de vrai fromage!
Les vraies stars de ces fromages, ce sont surtout ces fameux « sels de fonte ». Que se cache-t-il derrière cette mystérieuse appellation? Il s’agit de composés chimiques qui permettent de mélanger des éléments qui ne se combinent normalement pas bien, comme l’eau et le gras. Ces additifs « magiques » modifient la texture des produits, leur offrant une consistance homogène et lisse. Ils se déclinent sous des codes tels que E330 (acide citrique), E331 (citrate de sodium) ou encore E450 et E452 (polyphosphates).
Quels risques pour la santé ?
Ce dernier groupe, issu des phosphates, n’est pas sans soulever des inquiétudes pour la santé. Bien que le phosphore soit un élément essentiel à la santé des os et des dents, son excès, via ces formes inorganiques, peut poser problème.
Depuis plusieurs décennies, la consommation de phosphore a doublé, en grande partie à cause des additifs présents dans des produits tels que les sodas, la charcuterie industrielle et les fromages fondus. Cette surconsommation de phosphore inorganique, facilement assimilée par l’organisme, peut entraîner des calcifications rénales, des troubles du rythme cardiaque et d’autres problèmes de santé… »
Présente depuis les années 1983 à Tanger, la marque fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien de millions de foyers. L’usine de Mghogha est aussi un site industriel stratégique au cœur des exportations vers l’Afrique et le Moyen-Orient.
La direction de l’usine ne cache pas comme secret la méthode de fabrication de ses deux fromages phares. Mais, face à des journalistes qui n’ont aucune idée sur le type des produits utilisés, ou qui n’osent pas poser les vraies questions, les réponses données sont généralement très banales.

Voici l’exemple lors d’une visite très « guidées » organisée à un groupe de journalistes en avril 2021.
Extraits du journal électronique le reporter.ma:
« … Beaucoup veulent savoir comment sont fabriqués les fromages La Vache qui rit et Kiri… La première étape consiste à réceptionner le lait. Sous forme liquide, il est ensuite stocké dans des cuves à faible température et ce, pendant 24 heures. Vient ensuite une deuxième phase qui consiste à cailler le lait. Ce dernier se transforme alors en un gel homogène appelé caillé. Cette coagulation se fait sous l’action d’un ferment. Le lait caillé est ensuite fragmenté en petits morceaux. Plus les fragments sont gros, plus ils contiennent d’eau. À l’inverse, plus ils sont petits, plus leur taux d’humidité est faible et plus la pâte est ferme. Après démoulage, le fromage est placé en phase de maturation, dans une cave naturelle ou artificielle. Le respect de cette étape est déterminant pour la qualité du produit fini. C’est lors de cette dernière que se développent et s’uniformisent la texture, la couleur et le goût du fromage. Après le caillage, la fragmentation, l’égouttage et le moulage, le fromage doit passer l’étape dite de Salage. En effet, le sel agit à titre d’agent de conservation et d’antiseptique. Il peut être ajouté au fromage lors du brossage avec une saumure (eau salée) ou à la fin du procédé de fabrication. »
Tout est dit dans cet extrait, sauf que personne n’explique comment le lait se transforme en gel ni quel type de sel on ajoute dans la fabrication…?
Si en 2021, aucun journaliste n’a su poser ces deux questions, aujourd’hui c’est fait.