Il y a exactement 40 ans, au sortir de la prière de l’Aïd et sitôt accompli le rite abrahamique, je bravais la solennité de l’instant pour questionner mon grand-père (érudit insigne et cofondateur, avec Ssi Guennoun, du premier Majliss des Oulémas de Tanger) sur le mystère du supplice d’Ibrahim (Paix sur lui).

Pourquoi ce stress, pourquoi cette mise à l’épreuve, si le dénouement était déjà inscrit dans l’Omniscience divine ?

Sa réponse, empreinte d’une sagesse qui transcendait les âges, m’a ouvert les yeux sur la mécanique céleste.

La bénédiction : Une capitalisation divine

​Il m’avait appris que le sacrifice de l’Aïd n’est pas un acte isolé : c’est une semence. Par ce geste, le Prophète Ibrahim (père de Moïse, de Jésus et de Muhammad (Paix sur eux tous) ) capitalise une bienfaisance qui se multiplie depuis l’origine jusqu’à la fin des temps. À chaque fois qu’un musulman égorge son mouton, une bénédiction descend sur Ibrahim. C’est une accumulation ininterrompue de « bons points » spirituels.

​Mais mon grand-père allait plus loin. Il m’a révélé pourquoi Dieu attend, pour le Jugement Dernier, de solder les comptes de l’humanité. Car tout acte, qu’il soit bienfait ou péché, est une onde qui se propage. Dieu patiente jusqu’à la fin des temps pour que la « réplication » de nos actions soit totale. Il nous demande des comptes non seulement pour ce que nous avons fait, mais pour l’héritage que nous avons laissé : les mœurs, les coutumes, et la manière dont nos descendants ont répliqué — ou trahi — nos actes.

Le crime des spéculateurs : Une capitalisation inversée

​C’est ici que se joue le drame de 2026.

Que font ces spéculateurs qui, à l’approche de la fête, font flamber les prix au point de rendre le sacrifice inaccessible ?

​En transformant le rite en une foire aux enchères, ils ne se contentent pas de gonfler leurs marges. Ils se lancent dans une « capitalisation du mal ». En empêchant le croyant de pratiquer sa Sunnah, ils brisent la chaîne de bénédiction destinée à Ibrahim. Chaque fois qu’une famille renonce à l’Aïd par leur faute, une source de bienfaisance est tarie. Ces spéculateurs, en orchestrant cette privation, deviennent les sources d’une expansion de frustration et de rupture sociale dont la responsabilité leur incombe.

​Ils ne vendent pas seulement de la viande ; ils vendent le droit d’accéder à la Sunnah.

C’est, à mes yeux, l’un des péchés les plus graves : porter atteinte à la mémoire du Père des Prophètes par cupidité.

Le Jugement est une addition, pas une solde

​Mon grand-père m’avait posé cette question cruciale : « Pourquoi, si Dieu sait tout, pourquoi attendre des dizaines de milliards d’âmes pour le Jugement ? » Parce que le Jugement est une comptabilité de l’expansion.

​Pour ces spéculateurs, l’heure des comptes sera terrible. Ils ont érigé des moutons d’or au-dessus des valeurs ancestrales. Ils oublient que le Jour du Jugement, un jour chez Dieu équivaut à 50 000 ans sur Terre. Quelle sera alors la part de « mal fait » qui leur reviendra de droit, pour chaque tradition étouffée, pour chaque acte de foi empêché, pour chaque réplique de leur avidité qui s’est propagée à travers la société ?

​Ils ont construit leur profit sur la fragilisation d’un socle religieux qui lie les monothéismes entre eux. En voulant transformer le mouton en or, ils ont transformé leur âme en plomb. Ils sont en train d’accumuler, à crédit, une dette d’éternité.

Alors, que le spéculateur se le tienne pour dit : le marché peut bien être sa religion, mais le Jugement, lui, ne connaît pas la spéculation.

Quand le temps aura fait son office, quand les répliques de nos actes seront totalisées, il découvrira que le seul prix qui compte vraiment est celui de la conscience, une monnaie qu’il a, depuis longtemps, bradée pour quelques dirhams de plus.

Allah Ouma Iny Bala3ete

Oussama OUASSINI, L’homme qui murmure aux oreilles des Hommes d’État