Quand j’ai entendu parler de la création du prix Goncourt – choix Maroc-, il y a de cela 4 ans, j’étais convaincu qu’il s’agit d’un nouveau souffle donné au Prix Atlas qui a disparu, c’est-à-dire, un prix qui consacre une œuvre marocaine d’expression française, écrite par un auteur marocain.
Comme ce ne fut pas le cas dès le début, j’ai cherché à m’informer sur la nature de ce prix, et voilà ce qu’il en est.
Le principe du Prix Goncourt – Choix du Maroc- consiste à donner à lire aux étudiants marocains de 7 universités ( celles de Fès, Marrakech, Agadir, Ait Melloul, Rabat, Kénitra, et Aïn Chock Casablanca) (pourquoi celles-là et pas les autres? Ça c’est une autre question qu’on ne va pas aborder ici) LES 4 ROMANS DE LA DERNIÈRE SÉLECTION DU PRIX GONCOURT FRANCAIS pour qu’ils élisent leur lauréat.
Vous avez bien lu: « lire les 4 romans de la dernière sélection du Prix Goncourt français (je répète français) pour qu’ils élisent leur lauréat.
L’objectif de ce projet, lit-on dans la fiche du règlement, est de créer « un projet [qui soit] au service de la lecture » et que « Ça permet aux étudiants de développer leur sens critique, débattre, et rencontrer des auteurs. » (Comme si développer le sens critique et tout le reste ne pouvait se faire qu’avec la lecture d’auteurs français, mais passons.)
Le plus hallucinant, c’est qu’on précise dans le règlement que, je cite: « Ce n’est pas un prix pour récompenser un auteur marocain. Les livres en compétition sont les 4 finalistes du Goncourt français de l’année. Le Maroc « choisit » juste son préféré parmi eux. »
« LE MAROC « CHOISIT » JUSTE (j’adore le JUSTE) SON PRÉFÉRÉ PARMI EUX. »
Quelle façon très polie de nous dire que nous ne sommes là que comme des figurants qui lisent, qui élisent, qui remplissent la salle, qui applaudissent et qui s’en vont, telle le domestique de l’intérieur, heureux que son maître lui ait permis de partager une cérémonie.
Désolé pour ce ton sarcastique; désolé de jouer le rabat-joie, mais je ne trouve aucune crédibilité à ce prix ; aucune raison pour qu’il se déroule au Maroc; aucun intérêt à ce que des étudiants marocains contribuent à promouvoir des œuvres françaises.
Pire encore, je trouve que c’est une claque mémorable, une humiliation cuisante, une mise sous tutelle déclarée et assumée de la culture marocaine que d’organiser un prix ou le « choix Maroc » est bien visible, mais qui ne sert que de décor, et qui, de surcroît, couronne des livres 100 pour 100 français.

Et tout cela se passe où et quand s’il vous plaît?
Dans la capitale et pendant le Salon du livre de Rabat qui est censé mettre en avant les auteurs marocains, toutes langues confondues.
Adieu la souveraineté culturelle.
Suis-je le seul à trouver cela bien bizarre?
Cela dit, je n’en veux aucunement à la France. Elle œuvre pour faire rayonner ses auteurs, sa littérature et sa langue. Et si elle trouve des bougnoules qui continuent à se prosterner devant elle, pourquoi s’en priver.
Par contre, j’en veux grave aux nôtres, à ceux qui permettent ce genre de prix, ceux qui rampent devant tout ce qui vient de l’Occident, ceux qui, consciemment ou inconsciemment, directement ou indirectement, bradent nos auteurs, notre Maroc, et traînent notre fierté par terre.
Pauvres de nous!.
Par Mokhtar Chaoui
Universitaire et auteur marocain


























