En ce début de l’année 2026, le bilan établi pour la période s’achevant en 2025, indique une forte dynamique de création d’emplois industriels dans le Royaume du Maroc, notamment via l’instauration de treize nouvelles zones d’accélération industrielle (ZAI) ou opèrent près de 156000 personnes ; l’an 2025 a vu le redéploiement de 46000 nouveaux postes.
Parmi les points forts, reste le prédominant secteur automobile, principal moteur de la création de postes d’emplois, suivi par le textile, l’agroalimentaire, et l’aéronautique, majoritairement implantés à Tanger-Tétouan Al Hoceima, Souss-Massa, la zone Tanger Med restant selon les analyses du MAROC 2025, la plus dynamique du Royaume.
Maillons indispensables de la politique d’accélération industrielle promue par le gouvernement, les zones franches se multiplient à travers le pays, de Tanger à Kenitra en passant par Rabat et Oujda. Les entreprises qui s’y installent bénéficient d’avantages fiscaux et douaniers ainsi que divers aides administratifs dont les premiers à recueillir les fruits furent les constructeurs automobiles Peugeot et Renault, avec un impact visible principalement à Tanger, dans la proximité de Tanger Med, premier port Africain.
Outre les emplois directs, et par un effet tracteur, plusieurs autres activités se développent autour de la Zone Franche, devenu un bassin industriel, avec ses incidences dans le bâtiment, transport, et autres services…
CENTRE DE FORMATION ET RISQUE DE PRECARISATION
La question de la nature de ces emplois se pose inéluctablement, eu égard au fait que les grands groupes industriels de taille internationale sont attirés par des profils hautement qualifiés mais à faible cout, réalisation d’autant plus probable face à des jeunes diplômés chômeurs en concurrence prêts accepter toutes les conditions, notamment des contrats à durée déterminée avec des taux de rotation tres élevés…
A Midparc, par exemple, les jeunes soudeurs qualifiés sortis du centre de formation, démarrent déjà avec un salaire mensuel compris entre 6000,00 et 8000,00 Dirhams, les ingénieurs à l’autre bout de la grille des rémunérations, peuvent prétendre à 15000,00 Dirhams. A l’identique l’institut des métiers de l’aéronautique (IMA), depuis son ouverture en 2011, plus de 4500 jeunes y ont suivi une formation initiale d’opérateur ou de technicien, à l’instar également de celle existante dans le secteur automobile à Tanger et Kenitra, lieux d’implantations des usines de Renault et PSA.
LISTE GRISE DES PARADIS FISCAUX
Le modèle des zones franches a poussé OXFAM, cette organisation d’assistance et d’observation économique , à attirer l’attention sur la spécificité de cet assemblage : en contrepartie de créer des postes d’emplois par Renault, l’état Marocain ne percevait durant dix ans aucune entrée fiscale ; incitations qui n’ont pas manqué de rentrer dans le viseur des autorités Européennes, maintenant de la sorte, des 2017-2018, le Royaume du Maroc, sur une « liste grise » de juridictions fiscales non coopératives, menaçant de sanctions économiques si les avantages fiscaux dérogatoires (exonérations , taux réduits) n’étaient pas supprimés. Face aux exigences Européennes, le Royaume s’est engagé à s’aligner sur les normes internationales et à en finir avec les zones franches, et pourtant, paradoxalement cette stratégie de sous- traitance internationale et de délocalisations émanait de recommandations de cette même union Européenne…
Dans le projet de loi de finances de 2020 présenté au parlement en date du 21 Octobre, le taux de l’impôt sur les sociétés basées dans les zones franches passe de 8,75 % à 15 % après une période d’exonération de cinq ans ; un délai qui ne sera plus accordé aux entreprises créées à partir de 2020. Les zones franches d’exportations furent couronnées de la nouvelle appellation zone d’accélération industrielle éligible à une exonération de l’impôt sur les sociétés pendant cinq ans, devenant imposable à hauteur de 20 % à partir de la sixième année.
C’est suite à ces ajustement que l’Union Européenne a salué le Royaume du Maroc en le retirant officiellement de la « liste grise » des juridictions non coopérative à des fins fiscales en Février 2021 ; toutefois certaines mises à jour européennes en ce début de 2026 maintiennent le pays sous surveillance en attendant la finalisation de l’évaluation de quelques régimes fiscaux.
Face à la conviction d’une concurrence déloyale et de soupçons de subventions, la Commission Européenne impose des droits compensateurs sur des produits (exemple de roues en aluminium) estimant que les aides fiscales et subventions marocaines enfreignent les règles de l’organisation mondiale du commerce (OMC). Par ailleurs malgré l’inquiétude manifeste et bien presente de l’Union Européenne du recours à ces zones, notamment celles de Tanger et Kenitra, par des investisseurs chinois cherchant à contourner les droits de douane européens, le Royaume du Maroc reste un partenaire stratégique avec un volume d’échange dépassant les 60 milliards d’euros en 2025 qui incite les deux protagonistes pris dans leur ensemble à poursuivre ce partenariat économique, cherchant à adapter le cadre règlementaire (accords de libre-échange, règles d’origine) dans un contexte de reconfiguration des chaines de valeur sans défavoriser le Royaume du Maroc, un incontournable allié.
In fine, tout porte à croire qu’à abstraction faite de l’aspect institutionnel et réglementaire qu’incarne l’Offshore, les investisseurs seraient davantage séduits par un écosystème qui offre des solutions notamment en termes de formation et qualité de la main d’œuvre, les normes réglementaires de son recrutement, les critères de l’accès au foncier, ainsi que l’importance et la qualité des installations d’un port d’envergure, tel celui par exemple de Tanger Med, sans insister à propos de la situation géographique du Royaume du Maroc aux portes de l’Europe. Autant de pièces d’un puzzle pour cartographier le schéma d’une future puissance régionale émergente, voisine de l’Europe !
Par Afif KhalladI
Docteur en économie et finances
Paris 1 Panthéon -Sorbonne


























