En Europe, l’Espagne voisine notamment, le citoyen a besoin de quelques petites minutes pour obtenir un acte de naissance, sa carte d’identité nationale ou son passeport. L’ensemble du système administratif est digitalisé permettant aux citoyens de réaliser toutes leurs demandes à distance pour passer, après rendez-vous, récupérer le document demandé.

Au Maroc, rien ne se réalise sans le contrôle et l’accord de préposés qui, au fond, n’aiment pas leur travail. Un système très archaïque.
Tout récemment, à Tanger, pour renouveler son passeport, un citoyen est resté coincé, pendant longtemps, dans un arrondissement de la ville, attendant le Moqadem qui devait « obligatoirement » poser sa signature sur une des trois copies de la carte nationale parmi les documents présentées dans le dossier de renouvellement.
Pourquoi est-ce obligatoire de présenter 3 copies de la CIN quand on renouvelle un passeport et pourquoi une de ces copies doit être obligatoirement signée par ce préposé? Ne cherchez pas la réponse car elle serait sûrement absurde.
A Tanger toujours, un autre citoyen raconte:
« Je suis allée à l’arrondissement pour demander un acte de naissance pour ma sœur, vivant en Espagne depuis quarante ans, afin qu’elle puisse renouveler sa carte d’identité nationale. Au consulat de sa ville de résidence, les Marocains ne peuvent pas demander ce document qui doit être « obligatoirement » délivré directement par l’arrondissement où ils sont nés. Ainsi, si une personne n’a pas de famille dans le lieu de sa naissance, pour extraire ce document à sa place, elle serait obligée de se déplacer elle-même jusqu’au bled pour le faire. »
Arrêter de travailler ou d’étudier, tout annuler et prendre l’avion ou le bateau pour obtenir ce document administratif qui coûte deux dirhams. Plus dramatique, tu meurs!
Et d’ajouter « Dans cet arrondissement, au bureau délivrant ce précieux sésame, j’ai attendu quelques minutes avant de l’avoir. Deux minutes à peine, ce qui est inhabituel dans une administration marocaine. Un record! Je me suis dit « c’est bien, l’administration publique s’améliore pour rendre plus facile la vie des citoyens ».
Alors que je m’apprêtais à partir, après avoir remercié l’employé, il m’a demandé d’aller dans un bureau en face du sien pour signer le document. La porte était ouverte, mais la chaise était vide. Le fonctionnaire n’était pas là, et nous avons dû attendre son retour. Nous étions trois à attendre, et au fil du temps, nous sommes passés à dix. Le temps s’éternisait, et le hall, jusque-là désert, du bâtiment administratif commence à se remplir de citoyens munis de certificats nécessitant le cachet et la signature d’un employé pour être officiellement reconnus. Mais ce responsable était introuvable. J’ai compris alors que l’administration locale n’avait pas changé et que toute apparence de rapidité ou de réactivité de ses services n’était qu’un hasard, un coup de chance relatif qui peut satisfaire un citoyen ou deux une fois par an.
En attendant le fonctionnaire, je me suis souvenu de cet homme apparu à la télévision pour annoncer la mise en service des plateformes électroniques de l’administration marocaine et la suppression définitive de dizaines de certificats administratifs. »

Par Abdeslam Reddam