Amin Akhrif, doctorant chercheur en sciences économiques et de gestion

Imposé depuis le 20 mars 2020, l’état d’urgence sanitaire a bouleversé la vie des citoyens marocains. L’objectif primordial du confinement vise à limiter la propagation de la pandémie du Coronavirus, surtout au niveau des quartiers populaires. Cette mesure d’urgence, adoptée par le gouvernement afin de protéger la population contre le COVID 19, forçant les citoyens à rester chez eux et à limiter leur déplacement, a ses avantages et ses inconvénients.

La décision de verrouiller les frontières a été prise au moment opportun par le gouvernement Marocain. Ce qui a conduit le royaume à gérer au mieux l’évolution de la pandémie pour arriver aux résultats actuels affichant un taux de mortalité ne dépassant pas les 3% et un taux de guérison avoisinant les 50%. Selon le chef du gouvernement “Saad Dine El Otmani”, lors d’une intervention télévisée du 07 mai 2020 sur la chaîne Al Oula, le Maroc aurait pu enregistrer 200 décès par jour s’il n’avait pas opté pour le confinement à partir du 20 mars 2020.

Le confinement a causé la suspension d’une grande partie de l’activité économique, notamment les secteurs de l’immobilier, de l’automobile, du tourisme, du textile et de la restauration. A l’heure actuelle, la quasi totalité de ces secteurs est à l’arrêt, ce qui a impacté directement l’économie du pays en alourdissant le rang des chômeurs et en diminuant la demande intérieure.

La demande extérieure connaîtra également une baisse significative en 2020, notamment celle en provenance des pays Européens.

L’analyse de la situation donne naissance à deux scénarios :

Le premier scénario est simple et attendu par tout le monde, il s’agit de trouver le vaccin idoine pour combattre définitivement ce virus. On parle du remède idéal.

Le deuxième scénario correspond au prolongement du confinement pour plusieurs mois jusqu’à ce qu’on trouve le vaccin idéal.

Nous allons analyser le premier scénario dont la sortie du confinement va coïncider avec la période estivale, sachant que le remède médical ne doit pas obligatoirement être un vaccin, mais juste un protocole médical comme la chloroquine associée à d’autres médicaments. La réouverture des usines industrielles au niveau des zones franches et l’arrivée des MRE permettront au circuit économique de retrouver son souffle petit à petit. D’autres secteurs seront relancés comme l’immobilier, le retail, la restauration et les loisirs. Progressivement et grâce à l’esprit de solidarité exprimé par tous les acteurs économiques du pays sans exception, le Maroc va pouvoir faire face à la récession économique, avant que ça se transforme en dépression économique. Pour information, la dernière dépression économique que le monde a connu date de 1929, les conséquences de cette crise boursière étaient multiples et désastreuses : La consommation et l’investissement s’étaient effondrés, les faillites d’entreprises se sont multipliées et le nombre de chômeurs grimpait, en particulier le chômage partiel.

Suite à cette récession dont on parle dans le premier scénario, le secteur le plus touché sera le tourisme, avec une régression annuelle de 30% par rapport à N-1 selon la banque mondiale. Courant la période estivale 2020, les économistes prévoient une très forte régression dans ce secteur dépassant les 60%. Le Maroc compte beaucoup sur l’activité touristique. En 2019, le Royaume Chérifien a enregistré 13 millions de visiteurs. Les économistes s’attendent, suite à la crise du COVID 19, à des pertes colossales en 2020. Dans ce cas là, il faut que les acteurs du tourisme nationaux puissent jouer le jeu et revoir les prix à la baisse dans ce secteur afin de favoriser la consommation et l’investissement et d’encourager le tourisme interne.

La phase de la récession économique au Maroc risque d’être plus importante que les prévisions annoncées par les économistes concernant l’augmentation du chômage, la diminution de la demande intérieure ou le recul du PIB. Le quasi arrêt de l’activité économique donnerait naissance à l’explosion du taux du sous-emploi en 2020, qui est déjà supérieur à 1 million d’individus. A l’échelle nationale, les secteurs d’activité les plus pourvoyeurs d’emplois sont dans une situation de quasi arrêt.

L’économiste situe le taux de chômage pour l’année en cours autour de 13 à 14%. Rappelons qu’avant la crise liée à la progression du coronavirus, la population sous-employée au Maroc était déjà assez importante au regard des données du HCP relatives au marché du travail en 2019. A noter que l’effectif de la population en situation de sous-emploi a été de 1.001.000 au 31 décembre 2019.

Tenant compte de l’impact du coronavirus, le Fonds Monétaire National (FMI) a donné ses prévisions sur l’économie national. Le FMI prévoit une régression de 3,7% du PIB et un taux de chômage de 12.5% en 2020. Sachant que le taux de chômage se situait à 9,2% selon le Haut Commissariat au Plan (HCP) au niveau national. Il est claire que les importations ont connu une régression suite à la crise du COVID 19 en 2020, dont une partie a été compensée par les exportations des masques à fabrication 100% marocaine. Dans un article publié par le journal électronique Le 360 le 11 mai 2020, le Ministre de l’Industrie et du Commerce Moulay Hafid Elalamy a affirmé que le Maroc compte 23 usines fabriquant des masques de protection en tissu non tissé à usage non médical. “La capacité de production nationale de ce produit subventionné par le Fonds spécial COVID 19 a atteint 10 millions de masques par jour”, a-t-il ajouté le Ministre. Ceci montre que le Maroc a une autonomie industrielle très importante, malgré qu’elle est encore légère, qu’il doit mettre au cœur de l’économie nationale afin de diminuer le taux de dépendance en besoin des produits industriels envers les pays industrialisés.

Suite à la levée de l’état d’urgence sanitaire, le retour des secteurs économiques de façon progressive et la mise en œuvre des mécanismes idoines permettront de mettre l’économie nationale sur la voie d’une reprise économique lente mais certaine.

A noter que les gouvernements, les chercheurs scientifiques ainsi que l’industrie pharmaceutique investissent du capital humain, matériel et financier pour contenir le virus, qui est apparu en Chine dans la ville de Wuhan en décembre 2019. Si les chercheurs, qui travaillent sur des nouvelles techniques, ne pourront pas mettre au point un vaccin dans les mois à venir pour combattre définitivement la pandémie, ou si la courbe relative à la propagation du virus évoluera vers la hausse au niveau de certains pays, on fera appel au 2ème scénario et on prolongera le confinement pour plusieurs mois. Dans ce cas là, si le Maroc en fait partie, il risque d’entrer dans une phase de forte récession économique, voir en dépression économique. Tout dépendra des dégâts économiques que le pays va subir pendant la période du confinement prolongé.

Si cette situation se présente, l’économie du pays connaîtra 3 phases :

  1. Phase de forte récession économique : connue par l’arrêt des grandes entreprises risquant l’apparition du chômage en mase, ce qui conduira automatiquement à une diminution très importante de la consommation et des investissements. Suite au nouveau régime flexible adopté par le royaume du Maroc, la dépréciation du dirham conduira à une inflation très importante.
  2. Phase de redressement : l’Etat du Maroc va intervenir urgemment pour un redressement économique, commençant par un endettement massif alourdissant sa dette publique qui s’élevait à fin mars 2019 à 326 milliards DH, selon la Référence de l’information économique (MEDIA 24) dans un article publié en juillet 2019. En baisse de 1,4% par rapport à N-1, la dette publique représente 29,5% du PIB. La conjoncture économique peut facilement renverser la tendance, ce qui veut dire que ce taux va grimper enregistrant une augmentation très importante pendant cette crise économique.
  3. Phase de relance : pour assurer une relance économique et compenser les éventuels dégâts économiques et pertes financières au niveau des ménages et des entreprises survenues le long de cette crise, l’Etat du Maroc doit mettre en place une série d’actions :

– Sur hautes instructions de Sa Majesté le Roi Mohamed VI, le Maroc a vu la création du Fonds spécial pour la gestion du COVID 19. Cette caisse à but social, émanant des contributions du budget public, des employés et personnels des secteurs privé et semi privé ainsi que des dons des personnes physiques privés, est considérée comme un instrument d’aide financière par excellence au profit des salariés, travaillant des entreprises ou indépendants, en arrêt d’activité. Les dons en nature ont également fait partie de ces contributions, notamment en biens immobiliers. La continuité de cette aide précieuse est proposée dans cette phase de relance afin de satisfaire aux besoins des ménages toujours en arrêt d’activité assurant leur pouvoir d’achat et favorisant par la suite la consommation au niveau national.

– Parmi les facteurs de stimulation de l’activité économique, on trouve l’allègement de la pression fiscale. Cette action permettra de soutenir les entreprises en difficultés financières survenues lors de cette crise. En premier lieu, il faudra supprimer définitivement les impôts sur revenus et sur bénéfice pendant toute la durée du confinement, qui a connu un quasi arrêt des secteurs économiques. Deuxièmement, il faudra proposer des taux d’impositions moins élevés permettant aux différentes entreprises du royaume de continuer l’exercice de leur activité pendant la phase de reprise économique. Cette action de solidarité permettra la continuité des activités des PME même si leur seuil de rentabilité s’affichera nul pendant cette période difficile de reprise..

– Le secteur bancaire doit également porter la casquette de solidarité pour assurer la survie des PME suite à un arrêt de leurs activités courant la période de confinement. Cette action doit permettre aux entrepreneurs impactés par la crise du COVID 19 de bénéficier des crédits à o intérêts avec un différé de 6 mois, voir un an. Sur le plan comptable, l’annulation des intérêts financiers permettra de compenser une partie des éventuelles pertes enregistrées courant l’année 2020. Sur le plan économique, ces crédits permettront aux demandeurs de bénéficier d’un fonds de roulement nécessaire à la reprise de leurs activités.

– Mise en place d’un business modèle fiable et viable mettant au cœur de notre économie le secteur industriel qui a su répondre parfaitement aux besoins de la population marocaine courant cette crise, notamment par la fabrication des masques et appareillage de respiration. Suite à cette autonomie industrielle, le Maroc se doit de compter dorénavant sur ses talents pour favoriser d’avantage le développement de ce secteur.

Suite à cette analyse, l’idéal serait la mise en place d’une stratégie de sortie de confinement assouplie et progressive dans le but de soutenir l’économie et la production qui ont été fortement impactées par la crise du COVID 19. Un protocole de sécurité et de contrôle devrait être mis en place pour assurer la protection de la population et éviter une éventuelle propagation du virus. A ce sujet, les unités industrielles, les établissements public et privé, les magasins et les commerces doivent mettre en ouvre toutes les mesures sécuritaires et préventives prévues par les autorités sanitaires. Il est claire que la situation va être plus difficile pour le secteur de la santé car il y aura probablement des cas asymptomatiques dans la nature qu’il faudrait identifier et placer en isolement. Cette sortie de confinement ne signifie pas que tous les dispositifs de contrôle seront levés par l’Etat, il faudra juste s’assurer que les services de santé arrivent à gérer au mieux cette épidémie.